‹ Le roman du Chaperon-RougeChapitre 15 sur 59 · LE PRÊTRE, LA MAITRESSE, L'AMANT · texte numérisé non relu

LE PRÊTRE, LA MAITRESSE, L'AMANT

l'amant, entrouvrant la porte.

Mon supplice est-il terminé ? — Ont-ils fini de se parler à voix basse? — (// s'approche du lit.)

le prêtre, à genoux. •

Mon fils , ne troublez pas cette âme en prière.

l'amant.

Chère maîtresse, tournez un peu vos yeux vers moi.

la maîtresse, d'une voix faible.

J'éprouve un bien-être indicible ; — je respire plus librement ; — que c'est doux la paix du cœur, et qu'il fait bon mourir avec elle !

le prêtre.

Prenez ce crucifix et le serrez avec ferveur sur vos lèvres !

l'amant.

Maîtresse, réponds-moi; — je suis à tes côtés et je te parle.

la maîtresse, en extase.

J'entends là-haut des voix qui m'appellent.

L AMANT

Mais non! chère femme, c'est moi qui t'implore, c'est moi , c'est ton amant.

LE PRÊTRE

Mettez-vous à genoux, mon fils, et priez pour elle.

l'amant.

A genoux? — Pourquoi faire? — A genoux? — Ma place est dans ses bras. — Ecartez-vous donc, monsieur, vous m'empêchez de m'approcherde ma femme.

la maîtresse , de plus en plus affaiblie.

Restez à mes côtés , mon père ; — exhortez-moi } soutenez-moi.

l'amant.

Miséricorde ! Elle ne m'aime plus ; on lui a dit de ne plus m'aimer!

LA MAITRESSE

Je vais à vous, mon Dieu.

l'amant, fondant en larmes.

Oh ! je le savais , je le savais !

LE PRETRE

Courage, ma fille; Dieu vous regarde et vous tend les bras.

l'amant.

Oh! un regard! ton dernier regard! Un baiser! ton dernier baiser! Amante, amie, maîtresse, femme, tourne-toi vers moi, une fois, une fois encore ! Celte dernière caresse qui tremble au bout de tes lèvres , pour qui donc la gardes-tu , à qui veux-tu la donner?

la maîtresse, baisant le crucifix.

Mon Dieu , je vous aime. (Elle meurt.)

l'amant.

Elle est morte ! elle est morte ! (// tombe sur un siège, la tête dans ses mains.)

LE PRÊTRE

Que son âme courageuse repose en paix dans le Sei-

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gneur! (// se lève, ferme les yeux de la maîtresse , lire les rideaux du lit, puis s'approche de V amant.)

l'amant.

Morte, sans me parler! morte, sans me dire adieu!

LE PRÊTRE

Mon fils, Dieu ne bénit jamais les unions criminelles ; que cette mort vous soit du moins un salutaire exemple !

l'amant.

Morte, en rougissant de moi ! morte en me reniant!

LE PRÊTRE

Revenez à Dieu, mon fils , c'est le seul maître qui console.

l'amant.

Merci, monsieur.

LE PRÊTRE

Dieu vous gué1' r de cette affection funeste.

DU l'Ail AD 1S

L AMANT

Je désirerais pleurer en paix , monsieur ; je vous salue.

LE PRÊTRE

Vous n'êtes pas à ce point enraciné dans le mal...

l'amant, il se lève.

Monsieur, la douleur rend quelquefois méchant ; je vous conseille de vous retirer. Vous m'avez enlevé ma maîtresse, vous m'avez pris son amour, son dernier regard, sa dernière caresse, toutes choses qui m'appartenaient; il n'y a plus rien a emporter ici ; — croyezmoi, allez-vous-en.

le prêtre, se retirant.

Le malheureux !

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