LE PRÊTRE, LA MAITRESSE, L'AMANT
l'amant, entrouvrant la porte.
Mon supplice est-il terminé ? — Ont-ils fini de se parler à voix basse? — (// s'approche du lit.)
le prêtre, à genoux. •
Mon fils , ne troublez pas cette âme en prière.
l'amant.
Chère maîtresse, tournez un peu vos yeux vers moi.
la maîtresse, d'une voix faible.
J'éprouve un bien-être indicible ; — je respire plus librement ; — que c'est doux la paix du cœur, et qu'il fait bon mourir avec elle !
le prêtre.
Prenez ce crucifix et le serrez avec ferveur sur vos lèvres !
l'amant.
Maîtresse, réponds-moi; — je suis à tes côtés et je te parle.
la maîtresse, en extase.
J'entends là-haut des voix qui m'appellent.
L AMANT
Mais non! chère femme, c'est moi qui t'implore, c'est moi , c'est ton amant.
LE PRÊTRE
Mettez-vous à genoux, mon fils, et priez pour elle.
l'amant.
A genoux? — Pourquoi faire? — A genoux? — Ma place est dans ses bras. — Ecartez-vous donc, monsieur, vous m'empêchez de m'approcherde ma femme.
la maîtresse , de plus en plus affaiblie.
Restez à mes côtés , mon père ; — exhortez-moi } soutenez-moi.
l'amant.
Miséricorde ! Elle ne m'aime plus ; on lui a dit de ne plus m'aimer!
LA MAITRESSE
Je vais à vous, mon Dieu.
l'amant, fondant en larmes.
Oh ! je le savais , je le savais !
LE PRETRE
Courage, ma fille; Dieu vous regarde et vous tend les bras.
l'amant.
Oh! un regard! ton dernier regard! Un baiser! ton dernier baiser! Amante, amie, maîtresse, femme, tourne-toi vers moi, une fois, une fois encore ! Celte dernière caresse qui tremble au bout de tes lèvres , pour qui donc la gardes-tu , à qui veux-tu la donner?
la maîtresse, baisant le crucifix.
Mon Dieu , je vous aime. (Elle meurt.)
l'amant.
Elle est morte ! elle est morte ! (// tombe sur un siège, la tête dans ses mains.)
LE PRÊTRE
Que son âme courageuse repose en paix dans le Sei-
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gneur! (// se lève, ferme les yeux de la maîtresse , lire les rideaux du lit, puis s'approche de V amant.)
l'amant.
Morte, sans me parler! morte, sans me dire adieu!
LE PRÊTRE
Mon fils, Dieu ne bénit jamais les unions criminelles ; que cette mort vous soit du moins un salutaire exemple !
l'amant.
Morte, en rougissant de moi ! morte en me reniant!
LE PRÊTRE
Revenez à Dieu, mon fils , c'est le seul maître qui console.
l'amant.
Merci, monsieur.
LE PRÊTRE
Dieu vous gué1' r de cette affection funeste.
DU l'Ail AD 1S
L AMANT
Je désirerais pleurer en paix , monsieur ; je vous salue.
LE PRÊTRE
Vous n'êtes pas à ce point enraciné dans le mal...
l'amant, il se lève.
Monsieur, la douleur rend quelquefois méchant ; je vous conseille de vous retirer. Vous m'avez enlevé ma maîtresse, vous m'avez pris son amour, son dernier regard, sa dernière caresse, toutes choses qui m'appartenaient; il n'y a plus rien a emporter ici ; — croyezmoi, allez-vous-en.
le prêtre, se retirant.
Le malheureux !