SCÈNE III
Une clairière dans les bois. — L'homme de lettres est étendu sur le dos, un cahier sur le ventre, un crayon entre les dents.
l'homme de lettres.
J'ai beau me torturer la cervelle et m'enfoncer mes poings dans les yeux, — rien!... Pas la tète d'une phrase, pas la queue d'une idée. — J'ai cependant promis mon roman pour demain, sans faute... Ah!
mille poils de chèvre! moi qui suis venu aux champs pour travailler de meilleur goût. . .
(Paraît le Chaperon-Rouge.)
chaperon-pouce, chantant.
Je suis bâtard d'un papillon El filleul d'une sauterelle, J'ai l'œil fin et la taille grêle Comme une patte de grillon.
Qu'il pleuve, qu'il neige, qu'il grêle, Sans parapluie et sans ombrelle, Je cours la plaine et le sillon.
{Parlé.) Oh ! oh ! un homme qui travaille ; voilà une singulière idée. (S'avançant vers V homme de lettres.) Monsieur est artiste, sans doute?
l'homme de lettres, se soulevant sur le coude. Où voyez-vous cela, ma charmante enfant i
A quel autre aurait pu venir la pensée de faire d'une forêt un cabinet de travail?
l'homme de lettres.
Ma foi, oui, je suis artiste romancier, et j'étais venu ici pour écrire d'après nature. . , Mais. . . je ne me
i8 LE ROMAN
trompe pas. . . Je vous ai vue quelque part. . . Ah ! je vous connais, vous êtes le Chaperon-Rouge.
Dame! on le dit.
l'homme de lettres.
Non ! c'est impossible ; je rêve les yeux ouverts. — Vite un peu d'eau bénite ; vite un signe de croix, que je chasse cette vision du diable.
En voilà bien d'une autre à présent !