INTRODUCTION
Pendant près de trois siècles on s'est disputé diins le monde littéraire sur le mérite du poème du Renard , sur l'époque à laquelle il fut composé et sur son premier auteur.
Enfin on parut s'accorder à dire que le Reine Ae en bas saxon surpassait de beaucoup en originalité et en beauté tous les autres poèmes de ce nom, et méritait d'être regardé comme une des meilleures productions, sinon la plus gaie de la poésie allemande.
A cette époque , l'attention de quelques savants , parmi lesquels brillait surtout le profond antiquaire et P^ philologue Jacob Grimm , se fixa plus particulière- /^'^ f ment sur les poésies flamandes du moyen-âge. • /à :? u/ <"
De ces recherches il résulta .pour le juge impartial,
la preuve que le plus ancien récit épique, dans lequel le Renard ou le Loup jouait un des principaux rôles, ne pouvait être contesté à la Flandre , et que le poème saxon devait être regardé comme une traduction du flamand.
Dans le cours des dix dernières années on a beaucoup travaillé pour faire connaître et apprécier à sa valeur, ce poème sous les rapports de son mérite poétique et historique. En Allemagne, Grimm, Moue, Hoffman, von Fallerslebcn , SclieTîer, Langer et Ettmulleri en France, Méon, Raynouard, Robert, S' - Marc - Girardin ; en Hollande , Scheltema , Ten Broecke Hoekstra etGroebe, ont tous plus ou moins dirigé leurs efforts vers ce but. De son côté , M. Wil- Icms attira l'attention de ses compatriotes sur ce chefd oeuvre de la poésie flamande, par un article inséré au Messager des sciences et des arts de la Belgique , de Tannée 1 833 , et par une traduction en vers flamands modernes, de la plus ancienne partie du Renard , qui parut Tannée suivante à Eecloo.
Malgré toutes ces élucubrations , il paraît cependant que cette chasse au Renard, s'il m'est permis de me servir de cette figure, nest pas encore à sa fin.
On dit que Grimm aurait encore découvert dans la bibliothèque de Bourgogne, à Bruxelles, cjuclques pièces qui appartiendraient au cycle de ce poème, entre autres un dialogue danimaux , sous le titre à'Ecbasis, et une fable latine rimée du Renard et du Coq. Mone aussi a continué à recueillir des renseignements à ce sujet , et rentrera probablement dans
la carrière pour prouver les allusions historiques de Reinardus Vulj)es , en réponse aux observations de Grimni et de Raynouard , principalement comme ce dernier nie complètement l'existence de tout rapport historique.
La moitié seulement du Renard flamand en vers était publiée , lorsque M. Willems apprit qu'un lieau manuscrit sur parchemin . comprenant le poème entier, avait été délaissé par le célèbre bibliophile William Heber, et allait être vendu à Londres. Sur la proposition de MM. Willems et Serrure, le Gouvernement belfje donna Tordre d'en foire l'acquisition, et bientôt nous pûmes nous réjouir de voir ce manuscrit à la bibliothèque de Bourgogne. Depuis le mois de mai dernier, M. Willems fut chargé d'en préparer une édition , et il se mit à l'ouvrage avec son ardeur ordinaire. Il vit à la première inspection que le texte était bien différent des deux fragments que nous avaient donnés Grocter et Grimm, et contenaient un récit bien moins ancien que le Reinaert du manuscrit dit de Coinhurcj, aujourd'hui à Stuttgart. Il trouva que plusieurs vers manquaient, et que presque à chaque page il y avait une quantité de fautes de copiste, qui rendaient le sens obscur et quelquefois incompréhensible. En général, il considéra le manuscrit comme défectueux, et certes nullement en rapport avec le prix très-élevé quil avait coûté, quoiqu'il soit vrai de dire que de pareils monuments de la gloire nationale ne peuvent jamais être payés trop cher.
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Pour son travail M. Willems s'aida donc de la première partie du poème, éditée par Grimm et comprenant 3474 vers, et mit en variantes les clianjjements.
Il divisa le poème en deux livres , dont le premier forme Tancien Renard du douzième siècle, et le second , la suite qui ne fut écrite qu'au treizième.
L'ancienne traduction en prose , imprimée à Delft en 1485, et éditée de nouveau par Suhl, les frajyments donnés dansVOdina und Teutona de Grœter, et dans le Reinhart Fuchs de Grimm, ainsi que la traduction saxonne connue sous le nom de Reinekc, mirent le nouvel éditeur à même de remplir les lacunes de son manuscrit, de corriger les fautes des copistes, de rectifier les erreurs, en un mot de livrer au public un texte plus épuré.
Finalement, il faut observer que les trois planches de l'édition flamande, celle en regard du titre , celles des pages 4 et 49, sont copiées sur le manuscrit même, tandis que les autres sont imitées du Reineke latin de Hartman Schopper , excepté la danse de la cour, qui est prise de l'édition de luxe , de Gottsched.
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