‹ Le roman du RenardChapitre 5 sur 23 · SUR LES NOMS DES ANIMAUX · texte numérisé non relu

SUR LES NOMS DES ANIMAUX

Renard. Ce nom écrit clans l'origine Reginhart, ou Raginhart. et même Raginohart et Ragnohart clans des pièces des septième , huitième et neuvième siècles, signifie conseiller et dérive du mot goth rayin , recjin c'est -à -dire consilkmi. Grimm , Massmann et Mone en donnent des preuves. On croit que le mot cjui a si souvent donné lieu à des conjectures, Rachinburgo ou Rachimburgus , consilium ferens , vient de la même racine.

Noble. Le lion, roi des animaux. Depuis bien longtemps le lion est regardé comme le plus noble des animaux. L'ancien nom persan Schirschah , changé en Xerxès par les Grecs, signifie Lion-roi.

Toutes les provinces belgiques portent cet animal clans leurs armes.

Robert-le-Frison, comte de Flandre, fut le premier de nos souverains qui le mit sur son écu en 1072.

Cependant bien long-temps après lui, ce n'était pas encore une marque distinctive dans les armes des souverains flamands.

Les chroniques rapportent que Philippe d'Alsace , après avoir vaincu en terre sainte, le roi Nobillion ( Noble-lion ) et son fils Nobiliter. fut le premier à

<9 47 fr-

;Ki()[)lcr Ie lion pour ses armes (1). Nous avons vu |)Ius haut que Chrestien de Troyes composa pour ce souverain un roman intitulé : Le chcvaliGr au lion , et que c'est sous son règne que notre Renard parut.

Pourrait-on trouver une époque plus propre à donner naissance à notre poème sur les animaux?

Firapel. Le léopard. C'est le mot français Fier-àpel, fier de sa peau.

Belin. Le bélier, neveu du Renard.

Nomen dat vitreo lana bclino , dit Reinardus. Probablement que ce mot sera venu de halarc, en français bêler, d'où bélier. Déjà en 1053 on trouve un Belinus clericus à Nevcrs. Voyez Martene, CoUectio t. 1 p. 424.

Tibert. Le matou. Dans les fobles latines , il est nommé Tiberyus. Son ancien nom est Dietbrecht on Biet-precht , ainsi qu'on le voit dans Heinricli dei' Glichsenaere, ce qui signifie brillant. Becanus et Kilian traduisent ce mot par diynus incretnento.

Cortois. Le chien, qui s'exprime en français^ ce qui prouve que déjà au douzième siècle, les Français étaient renommés à cause de leur courtoisie.

Martin. Le singe. Chez les Français, Martin n'est pas le nom du singe, mais bien de l'àne.

Cuwaert ou Couart. Le lièvre. Grimm fait dérivci'

(l ) Voyez \'rc(lii sigilla. p. 6, 96 ot 97: Bcancourt. lîcscliryvin^. van dcn IVossclie, p. 49: Raepsact. Analyse liistoriqiic siipplém., p. 274: ïiclewrl. observation sur le type dn nioycn-àgo de la monnaie (les Pavs-lias. p. 17.

ce nom de Couard en français , Codardo en italien. Cependant on pourrait trouver une autre etymologie qui serait plus en harmonie a\ec le contenu de notre poème.

Cuw nous parait être la même chose que Cou, comme dans Schuw pour Schouw , ruw pour rouw , kluw pour klouw. Anciennement on disait en flamand Koude au lieu de Koorts, la fièvre. Lorsque Renard demande à Couart ; Cuwaert , hebdi coude ? gi bevet. Couart, avez-vous fToid? vous tremblez. Il veut parler d'un frisson de fiévreux, pour se moquer de son compagnon. Dans les poèmes français il est dit que le lièvre a une fièvre dont il ne peut se défaire , et dont il ne parvient à se délivrer que sur le tombeau de Coppe, par une espèce de miracle. A Bruges et dans une gi-ande partie de la Flandre occidentale , le mot koude est prononcé comme s'il était écrit koede. C'est probablement de là que les Français auront tiré leur mot goutte qui s'appliquait anciennement à toute sorte de maladie , sans doute parc€ que tout état maladif entraîne la fièvre à sa suite. Même le mal de dent est appelé goutte, comme dans ce vers de Rcnart ,

La maie gote aies ez denz.

On trouve ce mot avec sa signification de fièvre , entre autres dans le fabliau de Guillaume au Faucon :

Une molle grant tlolor me tient \Ji\e goûte qui va et vient

Me tient es membres et el chief.

Ce n'est mie du mal du doit , Ainz est un mal qui fait suer Ccus qui l'ont, et souvent tranbler.

Enfin dans le latin du moyen-àge, comme on peut le voir dans Ducan[je , Koude ou goutte est Gutta avec la même signification. C'est la raison pour laquelle dans Relnardus, le lièvre porte le nom de Guttero. Ainsi Cuwart voudrait dire qui a froid , qui a la fièvre.

Canteclair. Le coq. Ce mot vient du latin Cantuclams.

Tiecelin. Le corbeau. Dans une glose sur la loi salique, titre 7, Tépervierest nommé Sucelin (1), ce qui est sans doute le même mot.

On trouve Tiezelinus dans des chartes de 998 et de 1067 , dans Mirœus et dans Mieris (2).

Isejigriii.Le loup. Du neuvième jusqu'au treizième siècle on rencontre souvent ce nom, dans des chartes d'Allemagne. Pertz,dans m&MonumentaGermaniœ historica, t. 1, p. 94, fait mention d'un évêque du nom d'Isangrim.

L'étymologie de ce mot est toute flamande^ Il vient de Isen, ou Ysen , Isar, Iser , signifiant fer , de fer, et grimmen qui représente lidée d'une figure ridée et grimaçante.

Brun. L'ours. Il était ainsi nommé à cause de la couleur de son poil. Un passage de notre poème prouve qu'il était seigneur des Ardennes.

(1) Walter. corpus jiiris gcrmanici antiqiii, t. 1 , p. 17.

(2) Mir.-ciis, t. I, p. 663; 3Iieris, groot chartcrboek, t. 1 , p. 5.5.

<»50 ^ Baudouin. L aiic.

Balduinus senior bona qui fiducia fertur.

dit Ie vers 369 du livre 2 du Reinardus.

Ermeline. Femme da Renard , dont le nom fait allusion à la douceur de sa fourrure, au toucher.

Hersinde. Femme du Loup. L'ancien nom était , Hersiiint que Grimm traduit par Fortis bello.

Les autres noms d'animaux ne donnent lieu à aucune remarque, et leur signification étant clairement indiquée, nous ne croyons pas devoir nous étendre plus longuement sur cet objet.

Celui qui voudrait étudier avec plus de soins l'histoire littéraire du Renard, peut consulter les ouvrages suivants :

31 or hof, unterricht von der teutschensprache und Poésie, p. 333,

Fauchet, Recueil de l'origine de la langue et poésie française , p, 197.

Bïassieu, Histoire de la poésie française , p. 177.

Hackmanni, programma de morali apolog opoetico , qui nostra vernacula de Reineke Vos appellantur, Helmstad, 1709, in-4^

Guiliehni Neubrigensis Historia anglicana , edit. Hearne, t. 3, p. 743.

Gottshed's Neuestes aus der anmuthigen gelehrsamkeit, 1757, p. 112.

Lanylet du i^re^w^oy ^ bibliothèque des romans. t. 2. p, 313,

Dreyers Nebensteunden, t. 1 , p. 1 — 256,

Herders Zerstreuten blatter , t. 5 , p. 219.

Reinmanns Litterarisohe hist. der Teutschen , t. 4,p. 664.

Pantzcr Annales typogr. 1, p. 372.

Vis-sckerSj Naamlijst, p. 9.

Meerman origines typogr., t. 2, p. 291.

Flógel, Geschichte der Komischen litteratur ., t. 3. [). 28.

Roquefort^ De la poésie française dans le douzième et treizième siècles, p. 171.

Nasser, vorlesungcr iiber die geschichte der deiitsche poésie, L 1, p. 145.

Koch' s comjjendium der deutsche litt. gescli , 1. 1, p. 146.

Neuer deutscher Merkur, 1796, t. 2, p. 121.

^i7zrfpr/m^> Geschichte der N.sachsischensprachc, p- 5,-359.

Bragur, t 3, p. 326 , t. 4, p. 186.

Saxh Onomasticon^ t. 7, p. 355.

Jôrdens Lexikon deutscher dichter, t. 4, p. 307.

Eichorns Geschichte der litteratur, t. 2, p. 225.

TVörfen^ Gelehrtes Ost-Friesland , 1. 1, p. 19.

Spangenbery , Vaterland Archiv., t. 5, p. 79.

6^?'MZ)er^Wôrtenbuchder Aesthelik,t. 1, p. 147,519.

Bouter wek, Geschichte der poésie, t. 5, p. 57, t. 9, p. 347.

VonderHagen , Grundriss zur geschichte der Teutsche poésie, p. 422.

Jenaer Literatur zeiting, 1814,Ergânzungs blàtt, 1. 1 , p. 49.

Dihdin, bibliotheca spenceriana, t. 4.^ p. 244.

Scheller Biicherkiinde der Sassiscli Niederd. spraclie, p. 111.

E bert j Allg^emeinesBibliographisches Lexicon, t. 2, p. 603.

Hoffmann^ Hora? Belgica3, t. 1, p. 125.

Hanovrisches Mayazin , 1828 , p. 680 : 1829 , p. 321-335.

Biographie universelle de Michaud , t. 17, p. 331 \, t. 39, p. 335.

Page 1