‹ Le roman en France pendant le XIXe siècleChapitre 10 sur 93 · ET LE ROUAN POÉTIQUE · texte numérisé non relu

ET LE ROUAN POÉTIQUE

avaient été crueltemeni trahies. Celte fiëre société a vu l'ivi-esse orgueilleuse de la raison aboutir à la pire barbarie. Je despotisme effréné régner au nom de la Liberté, les utopies de solidarité fraternelle et d'égalité éclaboussées du sang des victimes qu'elles ont faites : partout le chaos, la débâcle, la mort. Le résultat de cet effondrement de tant d'illusioQS est un malaise, une épouvante universels.

La tourmente apaisée, on retourne aux aspirations religieuses remises naguère en faveur par les livres de J.-J. Rousseau. Elles sont vagues, n'ayant ni précision ni consistance. Mais, désonnais, la fatigue de l'incrédulité remplace l'athéisme souriant ; le peuple a soif d'espérances nouvelles après tant de déceptions ; de croyance, après tant de sarcasmes ; de paix, après tant de clameurs. Qui pouvait guider ces aspirations ? La religion se tenait dans l'ombre, la littérature avait été desséchée par le philosophisme. Seuls, la tristesse et. le découragement y régnaient. Gœlhe " en Allemagne, Ugo Foscolo en Italie, célébraient le dégoût de la vie, le désespoir et le désenchantement. Byron en Angleterre, devait, un peu plus tard, se joindre à eux. Les âmes restaient malades du bouleversement général et (es élans vers le renouveau, manquant de cohésion et de guide, étaient timides, hésitants.

C'est à ce moment précis qu'apparaît le génie qui va répondre à ces besoins, consoler ces âmes désemparées, montrer la grandeur de cette religion bafouée et raillée, effacer des imaginations le souvenir des tragédies qui viennent de se dérouler, en leur substituant le majestueux spectacle des forêts vierges et des continents inexplorés.

Ce génie, c'est Chateaubriand.

Au sortir du Directoire, tout le mande lit Atala, et c'est alors dans les esprits, malgré l'acharnemenl de Morellet et les critiques des pseudo-claasiques, c'est une délicieuse impression d'accalmie. Atala esXvta produit, sans doute, de l'émotion et de l'art humains. Qui niera cependant que l'atmosphère de foi et de morale chrétiennes, dont la poésie s'apparente si bien à l'état des âmes d'alors, constitue une des innovations capitales introduites par Chateaubriand dans le roman?

Mais disons un mot de l'homme, afin d'apprécier plus aisément son œuvre.

 cdté de la France jouisseuse de la fin du xviii* siècle, à c6lé de la noblesse corrompue et débridée qui entourait le trône, il y avait une France chrétienne, une noblesse de province, simple, honnête, quiavait salué avecuneespérance admiralive ce qu'elle rencontrait d'hostile au rationalisme dans les idées de Jean-Jacques. Elle avait applaudi la campagne du tribun contre le mensonge, la fausseté des mœurs, les raffinements de la civilisation; les premiers grondements de l'orage révolutionnaire vinrent légitimer ses appréhensions.

A cette race appartenait François-René, vicomte de Chateaubriand, né à St-Malo le 4 septembre 1768.

Doué d'une âme ardente, d'un tempérament violent et d'uno constitution robuste, porté invinciblement à la mélancolie, d'abord par don de naissance, ensuite par cet air ichanlement qui régnait. Chateaubriand eut use terne, rétrécie et solitaire. Peu choyé de ses parents» lignit plus qu'il ne les affectionna.

Page 1