ET LE ROHAN POÉTIQUE
Élève aui collèges de Rennes, de Dol, de Dinan, les premières années de jeunesse de René sont austères, quoique peu remplies de lectures. Cependant il conaaii Horace, les Confessions de St-Augustin, Tibulle, le Télémaque, Massillon, Virgile. Ce qa'U préfère dans le commercedesauieurs, ce sont précisément ces descriptions des désordres di3 l'ame qui développent sa native tristesse.
Il fait en 1780, avec grande piété, sa première communion. Dans l'entre temps des années qu'il passe au collège, il vil à Combourg, au fond d'un vieux domaine romantique de sa famille, récemment racheté par son père. De quinze à dix-sept ans, il y fait un séjour qui va marquer dans sa destinée. Quelle vie y mène-t-il? Vie d'oisiveté forcément monotone el déprimante, vie de rêveries solitaires et de poétiques méditations. Dès lors se déclare en lut la grande maladie de René : l'ennui. ■ Je me suis ennuyé dès le ventre de ma mère, » disait-il plus lard, et, ailleurs : « Je m'ennuie, je m'ennuie, je remorque mon ennui avec ma vie. > Il est fatigué de l'existence à dix>sept ans, et, comme Jean-Jacques, îourmenié de désirs el de rêves combattus par le découragement.
Desiiné, par sa famille, d'abord Jt l'éiat sacerdolal, ensuite à la carrière maritime, il laisse partir, au dernier moment, l'Jndien, le navire qui devait l'embarquer. Cependant il est hanté de l'idée des voyages. A ce moment son père, qui venait d'exiger de lui qu'il pril du service dans l'armée du Roi, meurl. L'auteur futur d'Alala, après une courte apparition à la cour, dégoûté de l'affeciation qui r^ne à Versailles, retourne en Bretagne. Il rencontre
alors H. de Malesherbes, auquel il reparle de son goDt pour les voyages. Le vieux gentithorame lui indique comme bul l'Anoérique. Déjà Chateaubriand s'était senti séduit par le mystérieux attrait du Nouveau-Monde. Il rêvait, dit-on, d'y faire quelque découverte. D'ailleurs taal ■ inconnu > était pour lui prestigieux.
Les premiers évériemenls de la Révolution française, dont certaines théories — celles précisément qui se trouvaient en germe dans les idées de J.-J. Rousseau — avaient gagné le jeune breton, l'eurent pour spectateur. Un hasard te rendit même témoin du retour du Roi, de Versailles â Paris. Écœuré de ce qu'il a vu, il se décide à quitter la France pour l'Amérique. Il y demeure jusqu'à ce jour fameux où, trouvant à l'improviste un morceau de journal relatant l'airestation de Louis XVI, il sent frémir dans son fourreau l'épée des vicomtes de Chateaubriand... Il quitte alors, sur-le-chatpp, les rives enchanteresses du Héschacébé et accourt pour servir son Roi. II prend du service dans l'armée de l'émigration, ei, laissé pour mon après l'expédition de Thionville, il réussit à passer en Angleterre où il souffre d'une misère affreuse. Revenu en France, la mort de sa mère, celle d'une de ses sœurs, le ramènent aux sentiments religieux qu'une vie aventureuse avait quelque peu obscurcis dans son âme.
Il commence k songer au Génie du Christianisme, car • il rêve de réconcilier l'esprit français avec la reli^on chrétienne en lui montrant, ses beautés morales et, comme on disait alors, < sensibles >. Les romans, qui forment des épisodes du Génie, sont précisément nés de œlle préoccupation.