‹ Le roman en France pendant le XIXe siècleChapitre 15 sur 93 · ET LE ROMAN POÉTIQUE · texte numérisé non relu

ET LE ROMAN POÉTIQUE

» Je crus lout-à-coiip, dit-il, que les bois me seraient délicieux >.

De cette sensibilité orgueilleuse, de ce désenchanietnenl ^ incurable, devait naître le pessimisme. Comment pourrait-il èlre heureux, celui qui s'analyse sans relâche, dissèque tous ses sentiments, en découvre le vide, en perce le néant et finit toujours par reconnaître l'impuissance de sa volonté à, réaliser ses rêves ?

Par malheur, cette tristesse est trop chère au héros, trop savoureuse à son âme, pour nous émouvoir profondément. Sa rhétorique nous parait trop habile, ses altitudes trop étudiées : en un mol, il a trop peur d'être consolé.

La jeunesse solitaire et peu entourée d'affection par laquelle Chateaubriand avait passé, ses rêveries et ses aventures avaient jeté dans son cœur le germe de ce mal. Ajoutons-y i)ne prédisposition de nature, la fraternité de son âme avec celle de Jean- Jacques et, enfin, son éducation littéraire. D'ailleurs, nous l'avons dit, le pessimisme étaitedans l'air », Il tenait aux fièvres que sa génération avait traversées; il était fait, à la fois, de l'amour de l'existence, porté à ('extrême par contre-coup des exécutions terroristes, en même temps que du dégoût de cette vie devant l'épouvante «I la lassitude qui les ont suivies. Il avait enfm sa source dans l'abolition de toute illusion consolante, ceci, le fait des encyclopédistes.

Les âmes solitaires se connaissent merveilleusement, si, par contre, elles ignorent souvent la psychologie des autres âmes. Voilà tout le secret de la perfection d'anafyse qu'on admire dans René.

Le pessimisme séduisant de celle œuvre produisit, nous

St CHATEAUBRIAND

l'avons aussi constaté, une impression plus pt^nétraotc encore que celle d'Alala. Malgré les imitations, qui affluèrent jusqu'à tomber dans le pastiche exagéré m maladroit, Chateaubriatid avait réussi a développer le goùi du roman et avait entouré celui-ci d'un éclat suprême. Le genre érail désormais renouvelé dans sa forme, sod esprit et son esthétique. Le génial novateur remuait Tâme loui eu enflammant l'imagination et, reprenant l'œuvre de Rousseau, il faisait du xix* siècle, dès la première heure, le siècle romanesque par excellenc«.

Artiste par nature et par goilt, quelle est sa poétique f Elle prend sa source dans la répulsion qu'il éprouve pour le xvnr siècle et pour la littérature classique. L'imitatioa des pseudo-classiques le révolte . Refondant toute la littérature en faveur avant la Révolution, il veut doter la France de lettres chrétiennes, nationales, modernes. 11 fait appel au moyen âge, à l'histoire et aux mœurs françaises, à la personnalité.

En quoi Chateaubriand profïle-t-il de sa vive et souple imagination? En ce qu'il sent magnifiquement les œuvres de Dieu, en ce qu'il a l'amour des choses et la compréhension de leur langage ; sou pessimisme n'effleure pas la nature ; s'il lui arrive de maudire l'existence, il n'insulte pas la création comme font les véritables pessimistes. 11 trouve pour la peindre des couleurs inimitables, une palette chaude et vibrante.

Iniipirateur de nos descriptifs modernes,rauteur du Génie leur enseigne « l'art plastique > et leur révèle le sens de la beauté des choses. Il aimait à se dire « l'ancélre du roman-

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