UN ISOLE I
r idéaliste. Mais ii esl observaleui", et soaobser- i valion apparaît à la fois inierne el externe. Je ne sais plus 1 quel critique a dit justement squ'il entrevit la juxtaposition possible du document psychologique avec l'imaginatif et | le réaliste ». I
Aussi, les romanciers naturalistes se réclament-ils de | Stendhal, autant que peuvent le Taire les psychologues. Les ' premiers, en effet, trouvent dans ses écrits du fatalisme, ' des transmissions physiques et morales, nue systématique ; irrésistibilité passionnelle- Plus de libre arbiti-e pour lui : le matérialisme le domine tout à fait.
Quant aux réalistes, il voient dans certains récits, comme celui de la Bataille de Waterloo, dans foule d'autres descriptions éparses au cours de son œuvre, s'annoncerleur . esthétique. Cependant cet original était bel esprit, ce qui ne j s'accorde guère avec les traditions réalistes ; mais il y est I ramené par son effroyable sécheresse, qui dépasse même : l'impassibilité de î'école. j
Stendhal rentre encore dans la théorie documentaire par son souci conslant de réunir le plus possible de petits faits, pour les ramasser en corps. 11 aime & noter les conditions exactes au milieu desquelles se développent les caractères. A son heure, cela n'avait guère de chances d'être apprécié. Aussi disait-il, un an avant sa mort : • Je pensais n'être pas lu avant 1880. J'ai renvoyé à cette époque les jouissances de l'imprimé. Quelque ravaudeur littéraire fera la ■ découverte de mes ouvrages. »
Il est de fait que son action et sa renommée ne se déployèrent que dix ans plus tard. Après unenouvelle éclipse.
UN ISOLÉ es
il doit, aujourd'hui à la renaissance de l'école psychologique une recrudescence de gloire posthume.
Ceci nous , amène à constater qu'il est, en réalité, psychologue à outrauce : il ne s'intéresse qu'à l'intimité des sentiments, aux mouvements de la conscience, dont il analyse toutes les pulsations. L'âme de ses héros devient un mécanisme dans lequel U pi^tend découvrir le ressort de toutes les passions, de tous les mobiles qui régissent l'universalité des hommes.et auprès duquel s'efface l'importance politique et sociale du reste du monde. Cette ame, il la fouille d'ailleurs avec pénétration, il la scrute après l'avoir compliquée, la démonte à merveille pour en mettre au jour les rouages secrets. Dans ce travail, il fait montre de plus d'adresse que d'élévation. Que de motifs pour élre exalté par les psychologues !
Nous ne pouvons songer à considérer, dans leurs détails, les œuvres, mêmes principales, de Stendhal. Tout au plus devrons-nous faire quelques remarques à propos de la Chartreuse de Parme et du Itouge et Noir, deux chefsd'œuvre, s'il faut en croire leurs admirateurs. Mais, avant tout, un mot du personnage.
Laid et mal fait, Henri Beyie n'en avait pas moins d'énor- f mes prétentions, dont la plus justifiée fut de paraître ênlgraalique et original. Il estima donner de suffisantes preuves de cette origiaalité en détestant sa famille et sa patrie, pour se naturaliser, de sa propre autorité, italien, « milanese » comme disait l'épilaphe qu'il se composa. En religion, il jugeait que Dieu avait pour seule excuse de n'exister pas : inutile d'ajouter qu'il sympathise avec l'idée révolutionnaire
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par sa perpétuelle révolte conlre la loi morale et par son incommensurable orgueil.
Voilà qui va nous expliquer ses œuvres.
Le Rouge et le Noir, cbroniquede 1830 (ou, selon d'autres éditions : chronique du dix-neuvième siècle) parut en 1831, après que Stendhal eût déjà publié un récit conçu dans la note fatale : Armance. Le rouge symbolise la révolution; le noir, c'est l'influence du clergé, de la Congrégation, de ce que le bourgeois libéral de l'époque appelle a le partiprëlre >. Tout le roman tend à mettre aux prises tes deux pouvoirs et l'on voit d'ici la partialité et l'injustice que, logique dans ses goûts et sa passion antireligieuse, l'écrivaio devait forcément y glisser.
La mise en scène de t'aventure est soignée ; le cadre, très suggestif, est décrit avec couleur et vérité. Il en faut excepter les peintures qui rentrent dans le genre pamphlétaire ; telle, celle du séminaire de Besançon.
L'intrigue est simple : dans l'histoire de Julien Sorel, Stendhal a mis beaucoup de lui-même. Même"" nature passionnée, vindicative et révoltée. L'égoïsme et l'orgueil ^ forment la base du caractère de Sorel, et nous savons nu'il en allait ainsi chez le romancier. A son exemple, son héros hait ses parents et reçoit une éducation fort ^nigmatique. Orgueilleux, il rêve les plus hautes destinées ; hanté par la grande figure de Napoléon, il se dit, après jivoir lu le Mémorial de Ste-Hélène, que l'armée le conduira à son but. Mais l'expérience le détourne de cette illusion : ic'estle s parti-prôtre « qui règne désormais. Aussi n'hésile- :t-ilpasàétudier latbéologie ; puis, décidéà toute hypocrisie, il
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s'introduit comine précepteur chez M. de Rènal, dont ii , séduit la femme. Plus tard, il entre au séminaire et finit par j ^ accepter la place de secrétaire du marquis de la MOle, à / Paris. Là, le bel oiseau prend son essor, jetle le froc, et I devient le chevalier Julien Sorel delà Vernjftg, lieutenant de / hussards. Il touche à la réalisation de sowréve, car il est/ sur le point d'épouser M'" de la Môle. Mais ici intervienj la plus invraisemblable péripétie. Au moment où ses audacieux désirs vont être comblés, Julien cède à rimbécilJ obsession de se venger de M"* de Rénal, qui jadis l'a dénoncé : il guette son ancienne maltresse à l'église et, a l'Élévation de la messe, lui brille la cervelle. Il expie ca crime sur l'échafaud.
Or, si Julien nous paraît un triple sol de briser sa triomphale carrière pour .satisfaire un inutile sentiment de vengeance, c'est alors surtout, c'est par ce coup de folie, qu'il se fait grand dans la pensée de Stendhal. Le caractère de Sorel ne manque pas, d'ailleurs, d'une certaine allure dans le cri me, mais, comme les autres, il est entaché de bizarrerie.Stendhal y a cédé à son goût pour ce qui est >,■ à horsdu commun ».
L'œuvre est, au demeurant, étrangement sèche et cruelle, bien qu'on y trouve des vestiges de l'influence exercée par Jean-Jacques Rousseau. En créant ce révolté, que le nivellement révolutionnaire et l'épopée napoléonienne ont grisé d'ambition, l'auteur a songé aux âpres revendications du philosophe genevois. Aristocrate d'intelligence, avec des passions insurrectionnelles, il a été frappé des convoitises ardentes que l'abolition des privi-