‹ Le roman en France pendant le XIXe siècleChapitre 35 sur 93 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

LE noKAIt SEItTIHENTAL £T PERSONNEL DURANT LA PÉRIODE ROMAnTIQOE.

Qne deveDait le roman senlinieiilal, à cOlé du roman historique et des brillantes fantaisies où nous verrons bientôt exceller Théophile Gautier t L'héritier direct des grands maîtres lyriques sera G. Sand. En face du réalisme, nous la surprendrons cm ployant l'observation des niœui^ aQ triomplie de l'idéalisme. Son œuvre marquant une évolution nouvelle, parallèle à celle que détermine Balzac, nous lui réservons des pages spéciales. Si, d'autre part, nous avons donné à Stendhal une place isolée, en raison de sa complexité qui lui fait dominer plusieurs genres, c est ici le moment de rappeler qu'il porta jusqu'à » l'hypertrophie ï (1) l'analyse et le culte du - Moi *. 11 lui. manquait le lyrisme, qu'il tenait pour rhétorique vide et pour fausse sentimentalité : mais sa psychologie avisée développa son individualisme à oiiirauce.

Les autres peintres du « Moi n sont surtout lyriques, étant tons des poêles, à l'exception de Saintine. Celui-ci est peu important dans l'ensemble des étapes du roman. Toutefois, il convient de citer son nom, que Picciola et Seul, deux petits récits intimes, font survivre.

Le mouvement romantique, à cette époque, agit surtout

{ij Le mot est de M. F. Bruneiière.

[ UNIVEHSIT DURANT LA PÉRIODE ROMANTIQUE "i^ C

sur le drame el la poésie lyrique par l'émancipation du « Afoi n. C'est chez les poêles, par conséquent, que nous trouverons des fils de René et de Werther.

Parmi les principaux, voici Sainie-Beuve avec Volupté; Vigny avec Stello et Servitude ; Lamartine et tous ses romans, Musset, enfin, auteur de la Confession d'un enfant du siècle. Il nous suffira de jeier un coup d'œil sur ce petit groupe. Il ne fait en réalité qu'accentuer la marche du roman vers le personNalismc et n'ajoute à l'œuvre de Betié aucun élément nouveau.

rff/M/j/^ écrit quelque temps avant l'Histoire de Port' Boyal, après la Vie el les pensées de J. Delo)-me. quand Sainte-Beuve étail poète romamique, compte parmi les romans les plus fameux. Adolphe et le Rouge el le Noir avaient dévoilé ce qu'il y a d'égoîsUt el de sec dans l'individualisme, landis que René et Delphine m avaient mis en valeur les faces sédui.sanies. Les premiers avaient étudié « l'Amour-chatne », les autres « l'Amour- passion » Sainte- Beuve entreprit de fixer « l'Amour-voluplé ».

Amaury, son héros, est un rêveur sensuel. Son activité, lanlôt éveillée et lantût endormie, se lasse, à l'instant même, du projet qu'elle vient de former ; elle s'égare allernativemenl dans les régions de l'idéal el dans celles du vice. Placée dans la bouche d'un évoque, celle confession, où s'amalgament le sacré el le profane, le sensuel et le mystique, le cynique cl le pieux — fort peu édifiante comme impression totale — celle confession est invraisemblable. Mais elle renferme des peinlures brûlantes, des analyses subtiles et profondes du cœur humain ; les fibres les plus

Hi LE ROMAN SENTIMENTAL ET PERSONNEL

délicates sont effleurées et vibrent. On y irouve un lact des j nuances, des qualités d'observation, de pénétration, auxquelles seul manque le ressorl qui donne l'intér^t^ Le style, d'ailleurs, diffus et abondant, fatigue. i

■Werlhérien, ce roman rentre dans l'esihélique du genre pessimiste. La Confession d'un enfant du siècle y touche encore davantage. Elle fui écrite en pleine fièvre romantique de l'auieur, Musset est épuisé par une jeunesse abandonnée et folle : mais il n'est point assouvi, II pleure l'irapossibililé où il se trouve désormais de goûter aux sources de l'amour pur. Dans cette confession, c'est tout son cœur désenchanté qui se brise. L.e lyrisme, dans la forme et dans la compréhension des sentiments, y triomphe encore. Musset, avec son extrême impressionnabiliié, ses monve- ' menis contraires et ardents, sa tendresse, sa colère, son égoïsme enfantin et naïf, si passionné et si douloureux, i avec ce besoin d'expansion qui fait éclater sa personnalité vibrante, est vraiment le fils reconnaissable de René ei de I Manfi^d. Toutefois, une nuance les divise : il croit aux i larmes régénératrices, il croit à l'amour, il comprend son i mal et l'explique, ce que René ne pouvait faire. Lisez, pour | vous en assurer, maint passage du début dé la Confession : |

H Alors s'assit sur un monde en itiines, une jeunesse soucieuse. . » ou bien : « Un senlimenl de malaise inexprimable commença donc à fermenter dans tous les jeunes cœurs., n ou encore ; « Ce fut comme une dénégation de toutes choses, du ciel et de la terre... n...» Ainsi les Jeunes gens trouvaient un emploi de leur force inactive dans l'affectation du désespoir... n

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