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CHAPITRE IV

LE ROKAn PANTaISISTB PENDANT U PERIOOE HOXANTIQUE. TbtepUto Gautier.

Nous ne suivrons pas les manifestations tapageuses de h fraction exagérée du romantisme. « Jeune-fVance » et nBousingotSï sont négligeablesen matière d'évoliillon romanesque. Les cdtés faibles du mouvement romantique étaient surtout celle haine forceiiÉe du convenu et du banal, qui poussait certains de ses adeptes aux inventions les plus baroques, sous prétexte d'art neuf, ce mépris hautain du n bourgeois n qui les incitait aux plus risibles extravagances eu vue « d'épaler > etde n hérisser.» le a philistin n. Ce fut recueil où échouèrent les Pelrus Borel el autres conteurs < chevelus ».

Cependant nous rendrions trop incomplètement l'aspect du romantisme si, à côté du roman historique ou fantastique, à côté des confidences sentimentales, nous ne signalions pas les nouvelles d'Alphonse KaiT, d'Henri Mûrger (1), de Gérard de Nerval et les œuvres de Théophile Gautier. Ce groupe poussa quelque temps le roman vers la fantaisie et Gautier garde, aujourd'hui encore, un grand prestige. Ses théories esthétiques trouvèrent trop d'écho

(1) Mûrger ne vint, il est vrai, qu'après l'école romantique, étant né en 1822.

PENKAST LA PERlOlfE KOMANTICUE 11»

chez nombre d'arlisies contemporains pour que nous oroctiions de les rappeler.

Alphonse Karr fui un fanlaisisle indépendant de toiile école. Son premier roman, Sous les Tilleuls, tombait dans la sensibilité emphatique. Les innombrables nouvelles qu'il publia ensuite et .ses pamphlets acérés, les Guépet notamment, lui valurent un renom d'originalité cl d'cspiit mordant : il est, avant tout, humoriste; il réussit à donner un tour piquant et imprévu à ses idées et à colorer ses. excentricités ; il jongle avec les paradoxes et les boutades. Mais son o'.uvre demeure épisodique. Le bon sens aigu et la finesse barbelée qui en forment les principaux mérites sont, en effet, inimitables. Par son style inégal, il dénonce , une possession imparfaite du génie de la langue française.

H. iUQrgcr attira un instant l'attention vers le monde des » bohèmes », avec ses Scènes île la vie de Bohème dont la drôlerie, on peu déteinte et démodée aujourd'hui, s'unit à une émotion assez pénétrante et assez humaine pour faire vivre le livre. Mûrger est même parfois poignant.

La fièvre romantique avait donné l'essor â toute une volée d'artistes, poètes, peintres, musiciens, philosophes, plus riches.d'idéal entrevu, d'ambitions déchaînées d'aspirations vers la gloire, que nantis de la « forte somme »,

C'est l'existence et la physionomie de ces compagniesfranches d'oiseaux tapageurs et frivoles que Mûrger excelle à raconter. Nadar, Chamfleury, Vilu, une cohue d'autres se divertirent à le faire également, mais sans égaler l'auteur de ïa Vie de Bohème. Schaunard, Marcel, Barbemuche, Colline, incarnent ainsi des types curieux d'une

laO LE ItOUAN FANTAISISTE

époque qui nous semble aujourd'hui aiisi^i loiniaiuc que rage de jtierre. Au resie, c'est ù l'école réaliste aillant qu'au groupe romacilique que nous pourrions relier Miirger. Il a vu un côlé très restreint, 1res momentané et très bizarre de la gueuserie sociale ; il Ta observé .et peint, en l'exagérant beaucoup, mais avec une verve remarquable. D'autre pari, le fond de poésie qui est dans ses œuvres, sa nature même, le ramènent sous le drapeau romantique. Il a, lui aussi, la brûlure pessimiste. Sous ses éclats de Hre, prenons garde que des sanglots se dissimulent, el, l'orgie terminée, assurons-nous bien que ses héros ont de douloureux et navrants réveils. Qu'il est loin, dès lors, de l'impassibiliié réaliste ! 11 s'accorde aussi toutes les libertés de jar.gage que le mouvement anii-classique a mises à l'ordre du Jour, lia «fait abus de la gattécharivarique.des plaisanteries féroces, des hyperboles excentriques, des métaphores incohérentes : il a irop muliiplié les images de ce genre : ■ sa figure éprouva un (rcmbtemenl de lene »... « il jeia sur In dinde des regards capables de la faire rôtir... » {1}

En même temps que Miirger, il faut rappeler Gérard de Nerval. Cet écrivain, qui a laissé dans le o l'écil de voyage» un clief d'œuvre, le Voyage en Orient, tenait à Musset par un goûl inné d'élégance, l'ardeur inquièle de l'espril, une mélancolie attristée, un tour é%iaque dans les idées. Sa passion du pittoresque tapageur en a fait un frère d'armes de l'auteur des Jeune-France.

L'éducation de Gérard de Nerval, faite en Allemagne,

(1) Fréd. Goilefroid.

CENDANT L\PER10DË ROMANTIQUE lil

avait beauboup développé ses penchants à la rêverie : il s'y élail inoculé le romanlisme allemand, alors naissant. On conçoit l'enlhousiasme avec lequel, en France, il se jeta ilans la mêlée. Tout le monde sait comment, de cette exaltation poétique, i) vînt à la folie et au suicide.

Ses premières productions, ta Main île gloire, qui dut foire partie du volume des Jeune- France par Gautier, puis la Bolièine galante, pélillenl de verve paradoxale, de sève hétéroclite, et sont tout à fait dans la note de son groupe. S'il n'alla pas jusqu'au bout dans le sens du baroque, c'est que son tact littéraire le sauva. Sa fougueuse inspiration l'a entraîné à écrire des pages d'une biiarrerie déconcertante, et cependant son nom ne quillcra point le tableau des lettres. Outre ses dons merveilleux de poète, l'auteur de Syloîe sut manier une langue nette, brillante, élevée, qui le sacra « styliste n.

Si nous voulons, toutefois, personnifier dans un auteur de l'époque, cette fantaisie romantique dans ce qu'elle a de plus essentiel, c'est à Théophile Gautier qu'il faudra nous arrêter,

« Peu d'écrivains contemporains ont laissé un monument littéraire aussi important que celui de Théophile Gantier et pas un seul peut-être, parmi les plus célèbres, ne possède à son actif un ensemble de travaux plus colossal (1). »

Romancier, poète, critique d'art, voyageur, Gautier a

(1) Ainsi s'eiipriine,dans ses Lundis tf un chercheur,le vicomte de Spoelberch de Lovcnjoul, aux reclierclies inappréciables de qui de\Tont recourir tous ceux yui voudraient connallre, de façon approfondie. Th. Gautier, G. Sand ou llaizac.

LE HOMAS KASTAISISTE

abordé tous les genras. Dans lous son action semble s'être porlée avant tout sur l'enveloppe de l'œuvre. Il est le grand initiateur du mouvement qur poussa les écrivains i l'adoration de la forme plastique, et les partisans de CArt pour l'arl n'ont point de patron plus oi-thodoxe. Dans le Cénacle, il fut une des figures les plus envahissantes : aussi toute une période du courant romantique peut se synthétiser en lui : celle qui, par divers cAlés, se rapproche surtout du réalisme, il Ht d'abord partie des Jeune-France, qu'il railla ensuite impitoyablement dans le livre auquel il donna leur nom. Nul ne ridiculisa comme Gautier l'engouemont gothique et féodal, et nul ne décrivit, avec une telle intensité de relief, les accessoires dramatiques du romantisme : aubei^es, coupe-goi^es, vieux pignons vermoulus, chSteanx-forts, etc.

Admirablement doué pour h forme, le rutilant auteur du Capitaine Fracasse fut, comme romancier, pou i-iche de fond et d'idées, 1^ musique voluptueuse de sa phrase «xceptée, il ne parait point qu'il doive rester de sou œuvre romanesque quelqu'imprcssion durable et prafonde. Ses conten pas plus que la libertine Mademoiselle de Maupin, pas plus que Fortunio, ne renferment une pensée philosophique ou morale qui les fixe dans l'esprit, des types qui soient humains, ou des scènes dont l'originalité puissante s'impose. Gautiej' ne se gloritiait-il pas d'ignorer tout ce qui l'ait Vart du romancier? Il dédaijjnait, disait-il, de trouver une intrigue captivante, de créer des Cires qui vivent et agissent, qui pensent et parlent tomme des hommes. Toutes ses productions se tiennent surtout par leur fantaisie extraordinaire.

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