PENDANT LA PÉRIODE ROKANTIQUE IS
S'il avait peu d'idées, il manquait aussi de sensibilité. - C'est un impassible, el, sous ce rapport, il nous annonce déjà le réalisme. Son cœur ne bat que pour l'éniolion artistique. L'émotion humaine lui est inconnue. L'amour, chez lui, ne souffre pas, ne s'exalte pas, ne palpite pas, « Théo » ue sait ce que sont la passion et ses fièvres, il ne conçoit l'amour que comme une admiration froide pour la beauté plastique, u sculpturale » comme it aime à dire. Cependant, préiend-on, il est sensible, puisqu'il est pessimiste ! Il est pessimiste, puisqu'il a écrit !a Comédie de ta mort, qui est une des œuvres les plus désespérées et les plus frissonnantes que la peur de la Camarde ail inspirées !
Mais cette « peur delà moit >, ce pessimisme ne louchent pas à la sensibilité : ce sont des impressions physiques. C'est toute l'horreur et le dégoût de la créature pour l'anéantissement, qui parlent en lui : c'est une sorte d'effroi tenaillant et instinctif, comme celui qui, dans les ténèbres. étreÎRt les petits enfants Il n'est ni réfléchi ni analysé.
Gautier, n'ayant ni psychologie, ni amour de la vérité, ni souci de la morale, ignore les cordes qui, en vibrant, captivent vraiment l'intérêt des hommes.
Qu'a-l-il donc qui attire el séduise ? Quel don mystérieux le sacra chef d'école ?
Ce fut un virtuose de la plume, un charmeur de mois comme il s'en renconire peu. Il fit, dans l'art d'écrire, une vraie révolution, Th. Gautier, on le sait, s'était d'abord consacré à la peinture : toutes les couleurs de sa palette, il les transporta dans son style. Celui-ci a des nuances chatoyâmes, des éclats splendides, des éblouissements-
lU LE ROHAM FANTAISISTE
Parfois celte exubérance devient fatigante, au même degré que la pi-éoccupation d'étonner u le bourgeois ».
A ce culte de la forme, â cetle esthétique purement plasiiijue, dont son style n'est qu'un reflet, le romancier a tout sacritié. On en peut trouver la preuve dans la préface de cette œuvre dissolvante par excellence, Mademoiselle de Maupin, qui est un chef-d'œuvre de dépravation.
Ainsi la magie même de son talentle rend plus dangereux, et ses hardiesses furent exagérées comme à plaisir par ses imilaleurs. Notons ici qu'il n'était pas inconscient, mais qu'il aimait k poser pour te û dilettante en scandale n.
Nous ne pouvons nous arrêter aux beautés descriplivea dont fourmille le Capitaine Fracasse, qui est le vrai type du roman fantaisiste : mais disons que tout y vil, y grouille, y suivit, burini^^ avec un réalisme parfois trivial, avec une « furia n échevelée, mais saisi sous un jour piiloresque ei imprévu. Le Château de la misère, les Comédiens du Chariot de Thespis, les Bosses sont des tableaux dont le regard a peine à se détacher. Pourtant il manque au Capitaine Fracasse je ne sais quoi de fondamental. Car la fantaisie peut improviser et décrire des épisodes superbes : seul le don de l'invention conserve et soutient (1).
Praliquantdeladoclrine/*.4ci;«»Kr/'(ir/, comme il en était le théoricien, Gautier voulut être impersonnel. En réalité, c'est lui-même qu'il mit toujours en scène et, à son insu, il
H) Il est impossible, â propos du Capitaine Fracasse de ne pas évoquer le nom de Scarron, auteur du Roman Comique où se retrouve l'idée première de l'œuvre de Th. Gautier,
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Tint grossir l'armée individualiste. Cependanl il prétendait faire tenir toute sa fonnule esthétique en ces deux termes : voir l'objet avec un coup d'œil de peintre, le reproduire impassiblement quelqu'attirant, repoussant, noble, vulgaire, ou même ineignifiant qu'il soit. Assujettissant le fond et l'esprit à la forme plastique dans l'art du roman, il a enseigné le souci d'une phrase vive et serrée, picturale et musicale. Que n'a-t-il davantage prémuni celle dernière contre l'abus des néologismes et des termes techniques ! Hais avait-il qualité pour le faire, lui qui disait : « Il faut qu'il y ait, dans chaque pa^^, une dizaine de mots que le boui^eois ne comprenne pas : c'est ce qui relève pour lui la saveur du morceau. » ?