ET LE ROMAN IDÉALISTE ITT
poini l'idéal, cela est fort vrai, mais elle le fausse. Elle se foil de l'amour udc notion noble, mais elle enlève à ceux que son rêve enchante l'énergie nécessaire pour subir ta vie.
Avec sa sève et sa fécondité, son spiritualisme foncier, pouvait-elle atteindre un résultai différent ? Cela parait peu probable, car sa nature contemplative la rejetait dans les rangs des poètes plutôt que parmi les observateurs et les philosophes. « Elle incarne — c'est M. Faguet qui parle (1) :— en des êtres, de pures opérations de l'esprit, pour modeler ses idées sous une forme artistique. Cela les rend vagues et flottants mais fait leur charme et leur séduction »... « Ainsi, ajoute le critique, de cette grande tendresse et de cette intelligence vive sans profondeur, soutenues d'une imagination abrie et jaillissante sans concentration, le goût du romanesque devait naître, n Ce goût du romanesqiie présente surtout un aspect excessif dans la recherche des situations. L'auteur mêle des aventures impossibles k des histoires très naturelles. Il sait voir la réalité, mais cette réalité, qui se fond dans le fantastique, — le plus souvent dans la rêverie, — était nécessairement condamnée à disparaître, à cause même de la conception fausse et furieuse que G. Sand a de l'amour.
L'amour est partout dans son œuvre. Elle en proclame les droilB absolus, elle en exalte les fièvres dans ses premiers livres. Dans sa deuxième manière, elle l'envisage comme ressort de ses utopies de réforme et de bonheur pour les déshérités. Enfin, dans ses nouvelles campagnardes,/
(I) XIX' tiécle: Études littéraires.
elle l'observe en lui-même, là où il se manifeste le plus candide et le plus exempt de convention ou d'arlifice : aux champs.
A cAté de l'amour, et aussi fréquemment que lui, apparat! le lyrisme. Du grand nombre des romans de G, Sand sont de vi^ritables poèmes. On y découvre un senlimenl profond de la nature ; on y constate une absence totale de rouerie littéraire. Dans ces romans-poèmes, la phrase se faîl magnifique, d'une inspiration élevée et enveloppante. Mais le lyrisme a, pour l'auteur, celle conséquence fâcheuse, qu'il ne garde pas asuei la perception raisonnée de son art. Il se laisse emporter par la fougue de sa plume, perd le pouvoir de l'ordre, du plan, et cela communique à son lalcntquelque chose de vague, de hasardeux et de flottant. Celle imprécision, qui résulte surtout du manque d'unité, règne dan.s toutes ses pensées et nous avons remarqua déjà que ce grand poule de l'idéalisme est privé de la faculté, i-Jéalisalrice par excellence, de transformer ses sentiments en idées. D'idées propres, G. Sand n'en a vérilablemeut pas. Airain sonore qui l'etenlit à toutes les vibrations de l'extérieur, elle ne trouve pas en elle-même une conception de la vie qui règle et dépasse cette vie même.
Vouions-nous dire qu'il n'y eut pas en elle l'instinct du réalisme ? Non, mais dans quelle mesure se monlre-t-îl ?
La plupart de ses héros ■ existent s, le plus grand nombre des aventures parmi lesquelles elle les lance sont possibles, vraisemblables et conformes au cours des choses. '. De plus, elle a introduit dans le roman ce qui louche par dessus tout à la vie réelle : la question sociale. Ses types.