‹ Le roman en France pendant le XIXe siècleChapitre 51 sur 93 · ET LE ROMAN IDËAIJSTE · texte numérisé non relu

ET LE ROMAN IDËAIJSTE

comme l'a fait jadis remarque)' M. Driinetiëre, ne sont plus enfermés dans le cercle de la famille; Us sont en communicalion avec la société et ses lois, avec les préjugés et les règles du monde. Une foule de personnages, absents jusqu'alors du roman, y entrèrent à la faveur de ces préoccupations morales, pendant que, vers la même époque, Balzac les y amenait sous la poussée des préoccupations malérielles.

Les romans de G. Sand ressemblent d'ailleurs à la vie. Les gens qu'elle met en scène varient et se modifient au gré des circonstances, tout comme nous voyons faire aux hommes eux-mêmes. On pourrait reprocher à l'auleur de Létia d'avoir muhiplié ces oscillations.

La conformité de ses récits avec l'existence résulte epcore de l'absence totale de plan préconçu. G. Sand allait de l'avant, parlant d'une thèse, se fiant beaucoup au hasard pour disposer les péripéties de l'intrigue. D'où, certaines de ses histoires sont plus désagrégées, plus fantasques que la vie elle-même. C'est eu écrivant ses églogues que G. Sand a songé surtout à la réalité. Voici sa théorie du réalisme appliqué aux choses de la campagne : « Allons-nous-en par les prés et les senies, sans pari) pris » d'avance maïs avec le cœur aussi ouvert que les yeux. B D'autres peuvent prendre le réel par le côté âpre et » triste, et avoir du talent pour le peindre. Ce qui me u plall et me charme dans ta réalité est aussi réel que ce B qui pourrait me choquer. »

Elle n'a pas seulement analysé l'âme paysanne : elle a prouvé que, cette Sme, elle la comprenait et l'aimait, et cette chaleur du cœur l'a entraînée à la poétiser, mais sans cesser de la montrer réelle et vraie.

On a beaucoup applaudi sa teniativc, réaliste assurément, de rendre dans sa forme même, où l'on sent revivre Amyot, le naïf parler campagnard et le patois berrichon.

Mais en définitive, si G. Sand observe et imite la vie, ses rôves l'empochent d'être réalîsie au sons strici. Elle ne souffre pas de celle maladie qui affecte si généralement les adeptes du réalisme : le pessimisme. On relève dans son œuvre une teinte optimiste lies accusée. Nul doute que ses aspirations â l'idéal, jointes à sa conception de l'an, ne l'en aient préservée. Car celte dernière est autrement haute que celle des réalistes, qui l'abaissent à des préoccupations de métier. Flaubert a principalement en vne d'écrii-e des livres, de faire « impeccable ». Mais il sent son incapacité d'atteindre à la perfeclion qu'il rêve. De là Tiennent sa tristesse et sa misanthropie, et, par voie de conséquence, son dégoût pour la bôtise ambiante. G. Sand, elle, n'a qu'un désir : épancher le trop plein de son âme, faire porter sa pensée par son œuvre. Ce but louché, elle est satisfaite et calmée. Elle ne scrute et ne tourmente pas sa composition pour en découvrir les faiblesses et se décourager. D'autre pari, l'égoisme est la source la plus directe du pessimisme : il n'a guère de prise sur elle. Elle vil dans autrui et pour autrui, elle a la sympathie du milieu autant que Flaubert en percevait l'agacement et en cultivait la haine.

Enfin, l'amour de la nature, des beaux spectacles de la création, cet apaisement que les pessimistes recherchent dans l'entourage des horizons paciiiants, comme un dernier recours, G. Sand les a éprouvés plus que personne, et

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naïvement. Elle a compris l'harmonie des choses, el tine impression de paix immense est descendue en son cœur. N'est-ce pas avec les premiers de ses romans agrestes que nous voyons coïncider chez elle le calme définitif (1) ?

Ce réalisme gracieusement mitigé, ce lyrisme sans cesse alimenté par une ardente faculté de rêve, cet amour même, tout impérieux qu'il fût, ne sont que des éléments d'esthétique. Quel était, chez elle, le don supérieur qui mettait en ceuvre les pierres précieuses de l'art romanesque t L'individualisme. 11 domine tout, il mène tout, et c'est en recherchant ses manifestations que nous pourrons le mieux étudier les quatre -• manières » qui ont caractérisé le roman de G. Sand.

Soft premier ouvrage fut Rose et fllanche, écrîl en collaboration avec J. Sandeau. Mais sa notoriété date seulement de 1832, quand parut Indiana. Là, comme dans ses romans suivants, VaUnliiie, Lélia, Jacques, elle se montre ellemême, avec ses tristesses, ses rêves el ses révoltes. Tout ce qu'il y a en elle d'individualisme s'y affirme puissamment. Son moi s'y insurge contre les entraves apportées à ses droits par le droit des autres. G. Sand, après Rousseau, attaque ouvertement la société. Elle appelle l'émancipation de la | femme el combat le mariage comme un étal anormal oîi le ! faible est opprimé par le fort. Elle porte, d'autre part, toute kmélancolie de René, surtout dans f^/ja qui est un véritable

(I) Voir sur l'optimisme de G. Sand : P. Bodbget, Éludes et Pùftraits.

tn GEORGE SAND

Reoé-femme. L'opposition entre la nature et la civilisation, qui est également visible ici, accentue encore certaine ressemblance de G. Sand avec Chateaubriand. Elle décrit, en des pages brûlantes, la lutte de la passion contre les préjugés et les principes sociaux. Jtidiana nous montre « l'amour heurtant un front aveugle à tous les obstacles de la civilisation ■ et Mauprat, « la glorification d'un sentiment exclusif avant, pendant et après le mariage ».

C'est la femme surtout qu'elle met en scène dans ces premiers récits. Elle lui donne toujours le beau rAle, el ce r6le serait bien plus séduisant si, à cOté des qualités d'inspiration et d'idéalisme, G. Sand ne prêtait à ses héroïnes un despotisme révoilant et une verve aussi raisonneuse que fatigante. Comme elle est elle-même douée de sentiments masculins, elle aime à représenter l'homme faible et la femme forte. Elle ne soupçonne pas que celle-ci puisse être supérieure en restant de son sexe. Cette nuance virile dont elle affuble ses types féminins est déplaisante. Les effets du N personnalisme » n'ont jamais dépassé cela.

Tous ces romans, qui vont d'Indiana à Spiridion. sont des œuvres incendiaires où souffle une violente inspiration de vengeance, télia est le plus fameux. G. Sand s'y révoltait contre la société a qui a établi d'une manière injuste ei immorale les rapports entre les sexes u.

Ces revendications — ai-je à le répéter ? — sont désordonnées. Un irrésistible simoun de colère et de haine y fait rage, parmi les contradictions et les impossibilités. La thèse est ici : « la nécessité d'associer dans l'amour la sensation physique au sentiment moral. » (F. Godefroid). La forme

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