‹ Le roman en France pendant le XIXe siècleChapitre 53 sur 93 · ET LE ROMAN IDÉALISTE 18S · texte numérisé non relu

ET LE ROMAN IDÉALISTE 18S

des faibles s'y épanouissent. On doit noter ce sentiment tout nouveau de charité, de pitié, de tendresse pour les petits et les souffrants, que G. Sand m^e â ses fictions et qui nous la découvrent socialiste par le cœur plus que par la réflexion.

Mais la révolmion de 1848 vint détruire bien des illusions dans l'âme de la • bonne dame de Nohant >. Elle renonce alors au socialisme, el, de ce troîs'ème avatar, datent sa grande originalité et ses plus incontestables titres à la gloire. Cette phase nouvelle commence avec la publication de ses romans champêtres. La puissance du personnalisme s'affaiblit encorn en elle ; le souci du réel, lié à l'i m personnalité, s'impose à ses préoccupations littéraires el diminue ce que son idéalisme avait d'exclusif.

En se dépouillant d'elle-même, en s'occupant des malheureux, G. Sand avait été conduite à l'observation, puis <i une espèce d'observation « attendrie ».Ses premiers regards se portèrent sur son entourage campagnard. Elle connaissait et aimait ces obscurs attachés h la glèbe ; elle voulut leur donner droit de cité dans le roman. Tout ici était neuf, le cadre et les êtres. Rousseau avait peint les paysages de la Suisse, Chateaubriand et Bernardin, ceux des terres lointaines, mais les coins pittoresques de la France avaient été négligés tout autant que la psychologie de leurs occupants. Le paysan français était presqu'exclu de la littérature lyrique. L'idylle paraissait contraire â l'esprit national, policé et raffiné. On n'avait guère fait, dans cette voie, que des imitations des anciens. Car c'est à peine si l'on ose nommer les ouvrages de Restif de la Bretonne,

qui, d'ailleurs, ne s'occupcal que du » terrien « perverti par la ville.

Geoi^ Sand releva de cet oubli le paysau de France. Noussavonsqu'onl'a accusée d'avoir trop flatté son modèle. MatR n'oubliail-on pas que si l'homme des champs a des mœurs rudes, des instincts matériels el l'esprit lent, il est néanmoins sensible, dévoué aux siens, pitoyable aux plus éprouvés que lui, patient dans l'adversité ?

Ce besoin u d'embellir n était une tendance innée chez l'écrivain, nous le savons déjà. Dans une étude sur 0. Sanii (1), Taine dit excellemment en parlant de ces romans :

■ Pour les goûter il faut se mettre au point de vue, prendre intérêt û la peinture d'une humanité plus belle et meilleure. Celle-ci est de deux ou trois degrés supérieure à la nAIre ; les hommes y ont plus de talent et de génie, les femmes plus de cœur et du dévouement que chez nous ; tous parlent mieux et plus éloquemment que nous-mêmes ; ils sont encadrés dans un décor plus beau, dans des paysages et des appartements arrangés par dos mains d'artiste ; c'est un monde idéal... »

Déjà dans Jeanne, qui date de 18(4, le goût de l'auteur de IJlia pour l'idylle avait été entrevu. Il se donna carrière dans la Mare au diable, la Petite Fadetle et Fratiçoië te Ckampi.

^ Ces récits représentent, dans les étapes du roman français,

(i) Derniers Essait de critique et d'histoire, par H. Taiwk, p. i5î.

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