‹ Le roman en France pendant le XIXe siècleChapitre 54 sur 93 · ET LE ROHAN IDËALESTE · texte numérisé non relu

ET LE ROHAN IDËALESTE

une oasis de fraîcheur où l'on entre direcieraeni après avoir traversé des régions arides ou orageuses. La vie ruslique n'y est pas l'accessoire, mais le principal du tableau. Les parties Jes plus belles sont des scènes champêtres. Voyez dans la Mare au diable : le labour, le "départ sur In G'ise, etc. Dans la Petite Fadetle, brillent surtout des analyses de l'ânie villageoise et de certaines natures passionnées, sensibles el souffrantes. Le pathétique domine dans François le Champi.

N'oublions pas d'appuyer sur ce point, qu'en pareille matière G. Sand a été vraiment créatrice. Une foule d'écrivains marchèrent sur ses traces et chantèrent les mœurs agrestes de leur pays. S'il est vrai qu'avant elle Balzac avait donné ses Paj/aaris (1845), -c'est d'après ses exemples que E. Souvestre étudia et fit connaître Vime des Bretons; aujourd'hui encore, que Jules de la Madelène etSandeau, le chantre de la Creuse, ne sont plus, nous rattacherons à celte descendance MM. E. Pouvillon, F. Fabre, A. Theuriet, G. Beaume, Paul Arène, J. Ajalhert, etc.

Cette manière, qui lui procura des succès si mérités, ne devait pas fixer définitivement George Sand. Elle était dégoûtée des romans à thèse et avait épuisé les peintures berrichonnes. C'est alors qu'elle écrivit ce qne M. Paguet appelle justement des « idylles boui^oises ». Ici, le cadre est pris à l'un ou l'autre coin de la France que l'écrivain visite et dont il note les principaux caractères : dans ce décor, il insinue une délicate mais simple histoire d'amour. C'est là tout le procédé de ,tf«"'= la Quîntinie ou du Marquis de Villemer. Le romanesque s'allie dorénavant à une

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sensibililé émouvante. Ces récils ajoutèrent à la gloire de G. Sand tout ce qu'en a retranché la trop prolixe Histoire ae ma vie.

Le vrai mérite de ces idylles bourgeoises, c'est l'étude plusserrée et plus pénéLrante de la psycholi^e féminine, ou, mieux encore, virginale. La vraie n jeune fille ■ était rare alors dans le roman français, ni Rousseau, ni H*"* de Staêt ne l'ayant décrite. Chateaubriand seul l'ayant ébauchée. i Empruntons au critique dont nous citions tout à l'heure le nom, U. E. Faguel, une bonne définition de ce personnage séduisant dont G. Sand se fit l'introductrice dans la fictionjl),;. ~ ~

« La jeune fîlle réelle, non point l'enfant ni la jeune » femme, mais la femme naissante, naïve, timide, douce,

> avec ses coquetteries ingénues, ses dépils légers qui font ï sourire, ses petites audaces craintives, son tour d'esprit

> invinciblement romanesque avec l'éternelle pudeur de

> paraître tel. seslongs espoirs muets et ses longues attentes » discrètes, et l'orage du cœur sous le calme du front, tout » ce petit monde si vibrant, tout concentré et replié, diffi-

> cilement entrevu, qu'il faut deviner et peindre d'un trait » si l^ër et si fin. sans rien alourdir ni écraser : tous les » autres y échouèrent et G. Sand aussi quelquefois, mais ï non pas toujours. >

A cAté de ces brillantes qualités, n'avons-nous pas des défauts a signaler î Oui, souvent le plan du roman de

(!) Emile Fagukt ; Le xix» Siècle : Élude aur G. Sana.

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