‹ Le roman en France pendant le XIXe siècleChapitre 55 sur 93 · ET LE EOMAN IDÉALISTE · texte numérisé non relu

ET LE EOMAN IDÉALISTE

6. Sand esl faible, el sa composiiion mal pondérée. Ces débuts, moins sensibles dans ses dernières œuvres, s'accusent dans celles qui tiennent à la première el à la deuxième inspiration. Si ce plan est vacillant, nous savons que c'est parce qu'elle ne l'a point fait d'avance, ce qui occasionne un manque d'âquilibru dans ses meilleurs ouvrages.

Sa plume se laisse trop facilement aller â vagabonder : il en résulte de la diffusion, un fflcheuic excès de rhétorique. D'autre part, elle ignore les tâtonnements. Du premier coup, l'auteur de Consuelo moule ses idées dans une ■ phrase > magnifique. • Elle écrit comme la source coule » a-t-OD dit.

Aussi la phrase reste le grand prestige de son talent. Sonorité, limpidité, elle a tout pour elle. Elle est d'une poésie enveloppante qui n'offre qu'un danger : la pléthore des images, pioche voisine de l'incohérence. Ce style, d'une souplesse si transparente et d'une force si sobre, ne devient incorrect que par excès de rapidité. Mais, là où il s'observe, il a l'éclat, la couleur, la vie, les harmonies d'une musique enchanteresse. Son lyrisme atteint les plus hauts sommets, et, dans les idylles, il sait descendre aux plus fines nuances de la familiarité.

G. Sand, à raison de la place considérable qu'elle occupe dans l'histoire littéraire du xix° siècle, nous a retenus quelque temps. Il fallait établir comment elle renouvela particulièrement le récit champêtre, et dire les transformations qu'elle sut opérer dans le roman. Se gardant des puérilités, échec ordinaire des aventures, et prenant au réalisme ses précieux éléments d'Information, sans accepter sa sèche-

resse, son étroitesse ot sa brutalité, elle a créé une manière à la Tois vraie et « romanesque », sensible et poétique, maiscorruptrice.Sonœuvreet son influence seront durables. 11 était beau de donner au roman une dtreclîoa nouvelle. Malheureusement, en répandant les pires sophlsmes, par rariiQce d'une langue charmeuse, elle a Ûatté de dangereuses passions. Les écrits de la grande artiste suivaient et servaient les idées les plus subversives, les plus impatientes de tout joug et de toule loi. Avec Eugène Sue el Victor Hugo, elle fit accepter le roman social, genre ditBcile el perSde, dont les fruits dissolvants mûrissent aujourd'hui.

Jules Sandean.

Jules Sandeau réagit contre l'indépendance morale des romans de G. Sand. Mais il se rattache Hllérairemeat à l'auteui" du Marquis de Villemer par l'alliance de l'idéal avec la réalité.

On dislingue chez lui deux personnalités bien tranchées : celle du conteur et celle du moralbte. Le conteur est, presque toujours, original et charmant.

C'était un « bonhomme », si l'on veut bien donner à ce terme sa plus française signification, et l'appliquer au mélange piquant de finesse un peu narquoise et de bonté, qui semble l'apanage de certains écrivains de souche vraiment gauloise. Une mélancolie sans amertume n'était

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pas absente de cette nature si aisément ironique et pétil- Jante : il en résultait une émotion contenue, unie à de l'iiuiDOur de bonne compagnie bourgeoise. Épris d'idéal, disons-nous, il ne néglige point le réel. 11 s'inspire du premier pour embellir ses rêves, et dessine d'un irait aiguisé les tableaux que lui fournit le second. Son godl est toujours enquis, son pathétique vrai ; jamais sa sensibilité ne glisse k la sensiblerie, pas plus que sa gaîlé ne devient grossière.

Cesl par les côtés les plus saillants de son art qu'il se rapproche de G. Sand. Comme elle, il a un faible pour le romanesque, tout en gardant le don du naturel. Il montre delà perspicacité dans l'analyse psychologique, et beaucoup de cette verve railleuse, déjà signalée comme une note spécialede son talent. Ayant l'imagination moins vagabonde que sa brillante collaboratrice de la première heure, il se perd moins dans les chimères. Sans doute 11 n'e.st pas universel au même point qu'elle, il n'a pas son prestige ni l'éclat de sa langue. Mais ces infériorités sont, dans une certaine mesure, compensées par une observation plus directe et plus féconde, par plus d'habileté dans l'agencement du roman, plus de fini dans les détails et de sobriété dans les couleurs.

Sandeau a toujours une forme élégante, mais surtout un fond solide. Ce serait en outre lui faire tort, que de méconnaître ses qualités de paysagiste descriptif. II a aimé et peint la Creuse, sa terre natale : il en a crayonné dos fusains attirants, qui le rangent parmi les premiers des romanciers rustiques. Calhei-ine, pour ne citer qu'un de ses plus aimables livres, abonde en croquis qui palpitent el frémissent de vie.

1» GEORtiF; SAND

Mais si î. Sandeau appai-rient a l'écoln de l'auteur d'IiiUiaita par le mélaQge du romanesque et d'un réaliame modéré, il s'en sépare nettement par ses ihéories, et ceci nous amène à considérer en lui le v moraliste ».

11 faut s'entendre. Ce romancier est un moraliste sans être an dogmalisie élroil. Il ne prêche point, mais il d^age des Taits les plus sédulsamment contés d'excellentes leçons.

La pensée qui domine toute son œuvre peut se résumer en quelques mots. 11 montre la félicité et le calme que l'âme humaine puJse dans un sincère retour au sérieux de l'esistence, après les tourments d'une poursuite exaltée de l'idéal. Il ne condamne pas celui-ci, mais ses excès. Il ne vante pas la réalité brutale, mais la réalité élevée par sa communion avec la Beauté supérieure. Il a un sentiment protoiid de la famille, des joies intimes du foyer ; il s'attache à en décrire les séductions durables opposées aux mirages de la passion.

G. Sand avait déclaré le mariage une institution injuste et néfaste ; elle en avait fait tantôt une lourde chaîne, tanlût un récif contre lequel tout le bonheur d'une vie vienl échouer. Eile avait célébré l'amour libre, entourant cette apologie de peintures ardentes et dangereuses. L'auieurde Catherine plaide la cause précisément contraire. Aux. héroïnes affolées, il oppose les jeunes femmes réservées et tendres, prêtes à tous les dévouements, mais aussi capables de lutter contre les exigences les plus tyranniquesdu cœur. Il rend le mari sympathique au Heu de le berner ou de le rendre odieux.

En un mot, il prend toujours le parti de la <r morale » et

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