ET LE ROUAN IDÉALISTE
du o bon sens » contre leurs ennemis. Attitude assurément cuiiragciise <i garder au milieu des triomphes du roman indépendant ! Un rapide coup d'œil jeté sur les œuvres principales du romancier permettra de saisir plus aisément la portée de son action moralisatrice.
Une de ses premières productions, Marianna (1839), participe encore beaucoup de la manière de G. Sand. Elle est pleine d'imagination, d'éclat et de mouvement, mais Irup déelamaloire, trop enflammée, trop lyrique. Malgré sa teinte de fatalisme, le roman a une tendance bien défmie : il prouve que, dès ce monde, un châtiment terrible est souvent la rançon des amours coupables, Sandeau y entre dans le détail et l'étude des misères de l'adultère ; toute la thèse semble résumée dans le dernier regard que Marianna glisse surle toit conjugal et dans ses paroles mélancoliques: t Le bonheur était là >.
Le Docteur Ilerbeau apporte une note bien différente. C'est uu mélange très nouveau d'émotion et de badinage ironique : on pourrait le caractériser par l'épilhète de « sensibilité railleuse a. Quelques détails scabreux n'empèchent point ce roman d'être rempli de délicatesse.
On y admire surtout un portrait de médecin de village qui est à la fois très louchant et très plaisant. L'auteur avait saisi là un genre bien approprié à sa nature, bans Fenuind, il revint à sa thèse favorite avec uneverve rajeunie et une décision bien airôtée. Fernand est le type du jeune siruggle fort lifer d'alors, qui, semblable à ceux d'aujourd'hui, croit pouvoir jouir d'un bonheur paisible après avoir pleinement satisfait ses vices et atteint l'heure des
lassitudes. Il s'imagine n'avoir plus qu'à rejeter, comme un fardeau encombrant, les liens qui l'attachent à son amour misérable, pour goûter les délices d'une union chaste. Sans faiblesse et sans pitit^, I. Sandeau élablit la vanité de ce rfive ; it déclare la chaîne imbrisable et l'union nouvelle maudite dès la première heure. Un événement tragique vient accentuer la vigueur de l'enseignement. Ce récit est éttncelant, quoique d'un art sobre et discret : il ne renferme ni tirades, ni mise en scène de pessimisme romantique ou de drame outré. Les épisodes sont naturellement amenés, ce qui constitue la force du livre. Peu après, Madeleine inaugurait des croquis d'une teinte plus douée : l'apologie du travail y fait la contre- partie d'une critique amère de la race éternelle des fanfarons sceptiques et vicieux.
Mademoiselle de la Seiglière vint prouver la diversité toujours renouvelée da romancier. Celte nouvelle, qui passe pour son chef-d'œuvre, parut en 1848. Comme dans Sacs et Parchemins, comme dans la Maison de Peitarvan, Sandeau penche ici vers une satire facile mais conforme aux tendances de ses contemporains : celle de l'aristocratie déchue. Dans \a Maison de Peita)-van il la met aux prises avec la vie réelle ; dans Sacs et Parchemins il la voit ruinée, se déballant contre la question d'argent, et luttant de ruses avec la bourgeoisie enrichie.
A part sa gaîté et son ironie peu généreuses, W"* de la Seiglière n'est que charme et talent. La narration pétille d'entrain et de mouvement ; les caractères sont bien tracés, les délaits gracieux, les paysages pittoresques et vrais.
Nous pourrions citer encore Valcreuse, VaiUanee, Jean