‹ Le roman en France pendant le XIXe siècleChapitre 57 sur 93 · ET LE ROUAN IDÉALISTE IW · texte numérisé non relu

ET LE ROUAN IDÉALISTE IW

de Tkomtaeray, etc. Mais ces récils ne nous feraient admirer que les mêmes scènes dflicieuses, la même finesse, la même souplesse de style et le même souci du devoir.

Sandeau aimait trop à persifler l'arislocratie, et c'était là peut-être sa façon de servir le goAt public. Telle ne fut pas la note donnée par te comte A. de Pontmartin. Ses nouytà\es appartiennent au même esprit de réaction que celles de Sandean. Mais il vanta la noblesse dans des pages où l'on reconnaît un rêveur fier, délicat, sérieux et attendri. li eut moins d'imagination, mais plus de jugement réfléciii peut-être, que l'auteur de Mariaiina. Il voulut, lui aussi, accorder la poésie el la raison dans Marguerite Vidal, les Mémoires d'un notaire, tes Contes d'un planteur de choux, la Fin duprocèsson meilleur roman, peut-ëlre, et faisant, avec beaucoup d'esprit, la contre partie de Sacs et Parchemins de Sandeau. Au fond, c'est un mélancolique qui regrette le Passé.

Octave FeoîUet

Par la tournure romanesque de son esprit. Octave Feuillet descend en ligne directe de George Sand : il suit, comme elle, le grand courant sentimental du roman. Ses tendances de moraliste le rapprocheraient plutôt de J. Sandeau.

On a justement remarqué qu'il n'est point non plus sans parenté avec Alfred de Musset el même avec Dumas père. Celui-ci, dans le temps où le jeune Feuillet était son collabo-

raieur, imprima à se» idées un tour forlemeni romantique, lui enseigna l'an de nouer une intrigue, el dul lui communiquer quelque goût pour l'ex Ira ordinaire, les coups de théâtre, l'invraisemblance. De ce goût, notre romancier s'est trop peu défié. D'autre part, il sut mêler à sa manière, non pas l'ironie iine et bienveillante de Sandeau, mais quelque chose de fringant el de cavalier dans l'allure, de spirituellement impertinent dans le style, à quoi l'on reconnaît Musset.

Moraliste, caractérisé par l'amour du raisonnement, conteur, dominé par son imagination, telles sont les deux faces sous lesquelles Octave Feuillet nous apparaît. Ces deux intluences se font jour, équiiablement réparties, dans un ensemble de récits attrayants, où la subtilité de l'esprit s'allie de façon séduisante à la peinture des passions tragiques.

Occupons- nous d'abord du conteur : il est ù la fois poète el romanesque, et ses romans sont des romans idéalistes. Cet idéalisme du romancier ne veut point dire qu'il ne tienne aucun compte de la réalité, et qu'il fasse fi de l'observation au profit de l'exclusive imagination. Mais il signifie que i'auleur de Sibylle poétise l'hamanilé. Quand nous jetons un regard sur la comédie du monde st sur ses acteurs, ce qui nous frappe, c'est un mélange heurté de grandeurs, de basasses et de senlimenls moyens. Grandeurs ou bassesses dans les âmes, dans les intelligences et dans les cœurs. Nobles mobiles, vertus privées ou publiques, actions sublimes des créatures d'élite, cOtoyant des passions criminelles, des vices typanniques : ces contrastes existent,

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