ET LE BOHAN IDÉALISTE
mais ils soni excepiionnels. I^ mesquinerie, l'ëtroitesse de conduite, les « seniiments moyens ■ dans le bien et dans le mal, sont plus fréquents encore et c'est leur combinaison avec les sentimenis excessifs qui produit la vie. Dans le monde d'Octave Feuillet, ces nuances en ■ demi-teinte n son! rares et les natures outrées forment la règle. On n'y connaît guère que le grandiose, dans la vertu ou dans le crime. Les qualités et les vices ordinaires, les tempéraments bourgeois et tempérés, sont admis au seul titre de repoussoirs. Voilà en quoi le roniancier idéalise l'existence, voilà comment il est surtout romanesque.
Il importe de disiinguerdeuxinspiralionssuccessives dans l'œuvre d'Octave Feuillet. La première, où l'imagination r^;ne absolument, triomphe dans le Roman d'un jeune homme pauvre ; la seconde, dans laquelle s'est inrdtrée l'influence réaliste, est celle que M. de Camors inaugure et personnifie. L'auteur écrit d'abord pour réagir contre la littérature matérialiste et contre le réalisme de Flaubert, de Feydeau et de Champfleury. Il tombe ici dans le défaut contraire à celui qu'il veut combattre. Plus tard, son idéalisme se fait moins despotique : le romancier observe davantage, il descend de l'empyrée et se retrouve sur terre. Ses romans sont alors d'une morale moins stricte et moins directrice, mais leur touche est plus forte, leur analyse plus exacte et plus serrée : ils sont, en un mot, moins flottants dans leurs contours. L'optimisme idéaliste de Feuillet ne se change pas pour cela en pessimisme : à peine y perçoit-on une ironie plus mélancolique. Ses héros conservent la même tenue correcte, la même urbanité sereine de langage et de
manières. Il continue à peindre des ëlres supérieurs par la race, l'esprit et les mobiles qui les poussent, — de même que Flaubert décrit systématiquement des natures basses et grossières. Le réalisme acquis de Feuillet reste donc toujours fortement entravé par son aristocratie naturelle. Mats ce réalisme approximatif même, jusqu'à !U. de Çamors, il l'a tenu pour inexistant.
H. Jules Lemallre rattache notre écrivain aux romanciers de l'école amoureuse du svii* siècle, en sautant par dessus Geoi^ Sand et Musset. Sans discuter ces origines, on peut hardiment relier son romanesque au romantisme, par lequel il a passé comme toute sa génération. Dans Onetla, son premier récit, tout l'attirail romantique des duels, rapts, suicides, etc., entre en jeu. Ce goût pour les coups de théâtre, pour ce qui frappe et stupéfie, lui est resté et forme le fond d'imaginatif débridé qui affaiblit l'intrigue de s^ romans. Voyez comme il garde l'amour de l'extraordinaire, comme il supporte malaisément que, dans ses fictions, le cours des ctioses s'accommode de la réalité, comme il fait sortirsetipersonnagesdcsvoies suivies et comme il s'obstine i placer le bonheur dans le devoir sans doute, mais dans le devoir accompli au milieu de circonstances peu en rapport avec les règles de la vie usuelle! Ne fînit-il pas toujours par s'échapper dans l'exceptionnel et l'impossible t 11 est même juste de noter ici un manque d'envergure, un effort continuel que fait le romancier, plutAl assimilaleur. que créateur, pour retenir et émouvoir : son imagination s'y trahit médiocre, et bien inférieure à ses visées.
Ce romanesque ne se borne pas à l'atmosphère vitale.