ET LE ROUAN IDÉALISTE
un formulaire inplacablemenl stricl. L'amour qu'il étudie, c'est toujours l'amour- passion, et le voilà émule de G. Sand. 11 est vrai qu'avec J. Sandeau il en démontre les conséquences irrémédiables et funestes.
Cette analyse qu'il fait de la passion est inquiète et troublante. En lisant ces drames, on sent tressaillir en soi — suivant une remarque de J. Lemaltre — l'effroi antique devant les fatalité» de la chair. Mais le conteur nous abuse sur la fréquence des cas qu'il ausculte, traduisant en l'ëgle l'accidentel. Il prétend d'ailleurs rester vrai puisque l'on voit de ces catastrophes, et romancier, parce que l'art du roman • consiste à écrire l'histoire des sentiments exceptionnels pour leur prêter l'intérSt et la dignité du vrai ».
L'amour t intéressant > davantage la femme qu'il n'impressionne l'homme, c'est par ses médaillons de femmes que Tœuvre de Feuillet nous séduira surtout. Les hommes y sont coulés dans un moule assez uniforme. Ils sont effacés. Si l'on excepte Camors, une des dernières incarnations du don Juan moderne, les autres sont tous des « cercleux », habillés de même, menant même vie, tenant même langajge ; âu fond, plutAt distraits et légers que pervers.
Mais, dans les créatures féminines, quelle variété I
Depuis ta femme honnête et réservée, tendre, patiente, un peu sacrifiée, qui est l'exception et sert à faire valoir les oulrancières, jusqu'aux névrosées tragiques, quelle galerie ! On y classe d'abord les « rédemptrices» : Sibylle de Ferias, Charlotte (te Journal d'une femme), Aliette (la Morte), etc. La rédemption est une des thèses fevoriles d'O. Feuillet, et l'héroïne, qui se sacrifie pour sauver V&me de celui qu'elle
Ki GEORGE SAISD
aime, un de ses types d'éfeclion. Mais il en est deux qu*it a, plus tréquemment encore, mis en relief. Le premier, c'esl celui de la femme-idole, celle qui a tout pour elle, jeunesse, beaulé, naissance, fortune : il l'illumine d'une auréole d'apo- Ihéose ; elle traîne l'univers à ses pieds, elle contemple, front haut, les rangs de ses admirateurs éblouis. Celle-ci n'a besoin ni de vertus ni de vices -: elle règne.
L'autre figure est celle de la perverse, exaltée dans son amour jusqu'à lafolie.Comme Feuillet a été excessif dans la conception de la première, il l'est aussi dans la création de la seconde. Julia de Trécœur, M"" de Campvallon, M" de Talyas, Sabine Tallevaut n'hésitent pas â pousser leurs sentiments aux dernières conséquences, le crime. < Pour vaincre elles tuent, vaincues elles meurent (1). » Ce sont des nerveuses et même des névrosées. Leur superbe éclate eil paroles cinglantes et Ironiques, leur amour dévie en cris de haine. Mais, avant tout, il faut voir en elles des amoureuses. Elles ne vivent que pour ces fièvres : les femmes de vices moyens, les coquettes qui ne savent pas v adorer >, qui ont des franfreluches à la place du cœur, ne figurent pas ici. Les « rédemptrices u même, en renonçant, par dévouement, à la satisfaction de leur passion, tiennent à ce que le salut soit opéré par leur grâce irrésistible. Or, les femmes raffolent d'ôii'e ainsi comprises : Octave Feuillet est leur romancier de prédilection. Reconnaissons d'ailleurs que, s'il y a beaucoup d'exagération romanesque dans ces caractères, il y faut noter aussi une grande part de vérité. La séduction
(1) LÉON DE HOHGE. Étude sur Octave Feuillet.