‹ Le roman en France pendant le XIXe siècleChapitre 62 sur 93 · ET LE HOHAN IDÉALISTE · texte numérisé non relu

ET LE HOHAN IDÉALISTE

raateur de Lélia, le sophisme de la falalittï du mariage et le défend j >ar l'artifice des couleurs les plus tragiques.

Dans ce remous idëallsle vinrent aussi se jeicr plusieurs éoivains que nous retrouverons plus lard. Il imporie cependant de consacrer dâs maintenant une mention spéciale iE . FromenlineiaM . Victor Cherbuliez. Le roman unique du premier, Dominique, restera, comme une excellenle œuvre psychologique. Le sacrifice, dans ce qu'il peut ren- " fermer de plus"grànd et de plus noble, ainsi que te tourment créateur de l'artiste y sonl analysés avec une pénétration aigué, des nuances fines, étonnamment diverses.'Lcs caractères paraissent merveilleusement débrouillés, les descriptionsfratchesetillusionnantesde vérité. Le peintre-romancier se ^rap proc he surtout de G, Sand par sa manitre naturelle et précise de voir les choses simplement, et par sa sensibilité.

Il ne semble pas, quand on lit M. Victor Cherbuliez, que le réalisme et le naturalisme lui aient seulement fait lever la léte. 11 s'atlache au sillon de G. Sand, de Sandeau, de Feuillet, poursuivant allègrement une besogne qu'il aime, écrivant successivement le Comte Kostia, le Roman d'une honnéle femme, l'Idée de Jean Téterol, rAventure de Ijidislas Bolski, la Revanche de Joseph IVoirel, le Fiancé deM"^ Saint-Haur, la Ferme du Chocqtiart, Miss Rovel, Mêla Holdenis, la Vocation du Comte Gbislain, Olivier MauganI, la Bête, Une Gageure, le Secret du précepteur.

L'ohservalion est chez lui superficielle, le style aisé, spirituel, personnel : il aune certaine saveur dû terroir qui, sans être banale, agace quelquefois par ses affeciaiions de ^ces savantes.

SIO GEORGE SAND

L'originalité de M. Cherbuliez — à défaut d'aulre — est de coniiiiuer h narrer de pures aventures en un iemps où la' pathologie et la science envahissent lout ; c'est encore de mépriser l'école dite documenlaii'c, pour n'eslimer qu'un certain mélange de bon sens, d'adresse et de fantaisie rêveuse. Il, aime la nature pour son charme grandiose ou bien ordonné, pour l'élégance des descriptions qu'elle lui suggère : il ne songe point à la considérer comme ua d mi lien ».

Le romancier, dont les intrigues sont souvent compliquées, prend le lecteur par la surprise : il croque des bonshommes assez énigmatiqties, les affuble de manies excentriques ou de défauts drôles; il léussilà piquer la curiosité, parce que le philosophe qui est en lui, le dilettante d'art et de science, qu'il est à un très haut degré, donnent à ces types un vernis où le bizarre s'unit à une exactitude plus apparente que réelle, mais caplivanle. Car M. Cherbuliez est un. philosophe cousu à un romanesque : philosophe sceptique et volontiei^ paradoxal, romanesque tempéré par la lucidité de l'esprit. C'est ainsi qu'avec un grand goût pour l'extraordinaire, l'imprévu, l'étrange, il cesse rarement d'être vraisemblable. Pour conclure, disons qu'il tient à s'afficher comme indépendant en morale, en philosophie, en littérature.

AVENEMEM du ROMAM-PEUILLETON lipKIVEPi^ CHAPITRE VI.

AVËNEMSNT DU RDHAN-FBUILLKTOR.

PeadanI que les chefs-d'œuvre de Balzac et de G. Sand donnaient l'élan délinitir aux deux courants romanesques, Dne méthode nouvelle naissait en France. C'était une révolulioa opérée moins dans l'esprit — bien qu'il en dât souflrir — que dans la forme du roman. II est assez facile d'établir l'origine du roman-feu illelon : il s'agissait tout simplement de plaire au public, en excitant journellement sa curiosité.

Ce fut une spéculation industrielle.

Le maître du réalisme et G. Sand, par leur fécondité surprenante et par la prédominance illimitée qu'ils accordaient à l'imagination, doivent être tenus comme responsables, dans une certaine mesure, de l'engouement généra) des Français pour le roman. Les lecteurs réclamaient une pâture sans cesse renouvelée. Les inventions souvent bizarres de Balzac les avaient,.de plus, rendus peu sévères pour les intrigues recherchées et les complications affolées. Elles leur en avaient communiqué le goût.

Pour satisfaire ces appétits, allumt^s dans toutes les classes, on avait commencé déjà à publier, dans les Revues, des romans découpés en tranches et, k chaque livraison, interrompus au bon endroit. Un passage palpitant hypnotisait les naïfs devant ces mots alléchants : la suite au proehtàa n". Dès l'apparition de ce fascicule annoncé, le lecteur enfiévré, qui s'était durant quinze jours livré aux

ai2 AVÈNEMEKT DU ROUAN-FEUILLETON

hypothèses les plus contradictoires concernant cette suite, s'empressait d'acheter la revue, s'il n'était abonné. Et la vente marchait, marchait. Cette invention était due au docteur Véron. Il la mit en pratique dans sa Revue de Paris.

Mais le besoin maladif de s'enivrer de fictions gagnant de plus en plus les petites classes bourgeoises el populaires, il fallut songer k étendre le procédé. Emile de Girardin, qui avait une idée par jour, eut celle d'appliquer l'initiative prise par Véron à la presse quotidienne. Son journal, la Presse, inaugura, au milieu d'un grand tapage de réclame, le feuilleton de chaque jour consacré au roman. Peu après, E. Sue vendait ses Mystères de Paris au Journal des Débats pour 100,000 fr. selon les uns, pour S0,000 selon d'autres.

II est impossible de ne pas reconnaître dans celle innovation fameuse, — reflet, sans doute, de la démocratisation sociale, — une cause de la démocratisation littéraire du roman. Les réifacleurs sérieux des journaux graves furent débordés. Les lecteurs venaient si nombreux, les plus petits mordaient si goulûment à l'hameçon, le Pactole coulait si abondamment dans les caisses directoriales, que toutes les digues furent rompues. Aux habiles de la première heure, aux Sue, aux Dumas, aux Soulié, aux P. de Kock, aux Féval, aux Ponson du Terrail, se mêlèrent ou succédèrent les plus grossiers et les plus éhontés imitateurs. Une banalité baroque déshonora des élucubraiions aussi immorales qu'esthétiquement condamnables. I^es invraisemblances naissaient de la rapidité exigée, et passaient à la faveur de l'étonnement provoqué. Les sujets étaient pris au hasard,

Page 1