‹ Le roman en France pendant le XIXe siècleChapitre 63 sur 93 · I AVËMEHEMT DU ROUAN-FEUILLETON S · texte numérisé non relu

I AVËMEHEMT DU ROUAN-FEUILLETON S

dans ce stock de fantaisies que les grands-maîtres du geore avaîenl semées à profusion dans les moindres épisodes. Des poncifs se créèrent, des lîeux-coinniuns, I des ficelles *.

Le roraan-feuilleion affecia généralement d'amugantes prétentions historiques. Ou croyait tracer un vivant tableau des âiges écoulés : on n'en donnait qu'une ébauche chimérique où des masques conventionnels remplaçaient les vrais visages.

I<es causes criminelles, la pathologie médicale fiirent exploitées à leur tour. Ou assista à l'apothéose du « roman de cour d'assises » et tes Mémoires de Vidoeq, ou ceux d'autres policiers renommés, firent prime.

II était inutile de chercher dans ces œuvres les appareaces même de style qu'avaient gardées tes initiateurs du genre. La vérité de l'observation en était aussi absente que la mesure et la pondération. Ces longues odyssées, à queues ioierminabies, qui enfiévraient les veilles des grisettes et s'adaptaient à l'intelligence courte des petits bourgeois, faussaient le goût sans que rien de durable en subsistât ponr l'art. Peut-être, toutefois, ont-ils contribué à développtT les « genres spéciaux ». Eugène Sue, le feuilletoniste le plus fameux, créa le roman maritme que cultivèrent a sa suite Romieu, Jal, de fjinsac, Corbière, Louis Fleybaud, de la Landelle, et qui compte aujourd'hui parmi ses fidèles H. Pierre Maël (1). Nous verrons, plus

(1) Mer bleue, Mer sauvage, le Pilleur dépaves, eic.

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tard, combien s'est élendii ce besoin de spécialisation dans i le roman.

II est impossible d'établir sans conclusions sévères le I bilan du roman-feuîllelon. Si la fiction y a gagné de pénétrer, à la faveur de l'entraînement universel, parmi de nouvelles classes de lecteurs, elle y a perdu énormément de sa valeur littéraire. Au lieu de viser à réjouir les délicats et à mériter l'estime des lettrés en faisant œuvre d'art, en châtiant leur style et en creusant leur invention, les auteurs se sont livrés aux caprices tyranniques d'une masse aveugle. Ils n'ont pas songé à former le goût, â faire prévaloir l'idéal ou l'observation. Ils n'ont pensé qu'à | plaire, à enrichir le journal qui leur donnait l'hospilalilé el à « s'arrondir u eux-mêmes : ils sont devenus les courtisans du public, dont ils ont épousé toutes les passions. La sensiblerie prit la place du senliment, l'affectation celle du naturel, la trivialité celle de l'humour. Les romanciers doués d'une âme artiste furent contraints de borner désormais leur ambition aux suffrages restreints d'une élite hautaine, comme fit Mérimée,

Au premier rang des maîtres du feuilleton, nous trouvons les noms d'Alexandre Dumas père et d'Eugène Sue. La manière du premier a été cai'aclérisée à propos du roman historique. Quant k Eugène Sue, il nous arrêtera bient&t, quand nous parlerons du roman social.

Bien que la plupart de ses productions n'aient pas paru d'abord en feuilletons, l'espèce de lecteurs auxquels s'adressa uniquement P. de Kock nous décide à le nommer ici.

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Ija gallé française, la verve gauloise, alliage de satire et d'indulgence, étaient bien éclipsées quand surgit le plus iniarissable et le plus naturel des auteurs gais. Les d^fauls de ses productions sont saillants : le manque absolu de distinction, la recherche des allusions polissonnes, le dédain de la langue, l'absence de méthode, de correction et de délicatesse dans la phrase. Mais il faut accorder à l'auleur de Gustave le mauvais sujet une allure irrésistible, une aisance qui lui fait prendre toujours le mot tel qn'il se présonlo, une vérité d'observation qui donne la vie à tous ses personnages.

Son art particulier de saisir les mœurs et les travers de la petite bourgeoisie, sa malice, sa sensibilité parfois iDaitendue au milieu des éclats de rire, l'adresse qu'il possède d'encadrer de romanesque les réalités plaisantes de l'existence, tout cela forme un ensemble de qualités non méprisables.

Elles sauveront de l'oubli le joyeux père de Mon Voisin Raymond, de Monsieur Dupont, du Tourlourou et de tant d'aulres récits, gaillards plutôt qu'immoraux et dépourvus de toute perversité,

A la suite de ces romanciers marquants, il faudrait dresser le catalogue étendu de ceux qui continuèrent — et perpétuent — leur œuvre : F, Soulié, Ponson du Terrail, Paul Féval, Roger de Beauvoir. Alfred Assoliant, Araédée Achard, Emmanuel Gonzalès, Pierre Zaccone. ElieBerlhet, Gaboriau, Richebourg, Fortuné du Boisgobey, X. deMontépin, Gourdon de Genouillac, F. Champsaur, P. Ninous, Philibert Audebrand, Arsène Houssajc

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