‹ Le roman en France pendant le XIXe siècleChapitre 65 sur 93 · AVENEMENT DU BOMAN-FEUILLETON · texte numérisé non relu

AVENEMENT DU BOMAN-FEUILLETON

PaulFéval (1) nous apparaît bien supérieur. Dans ce charmant esprit, dans ce lettré à l'âme haute, il faut distinguer deux manières : cel[e qu'accusent ses romans bretons, délicats, spirituels, patriotiques, pleins de poésie et d'inlimitii : le Drame de la jeunesse, la Fée des grèves, les Contes de Bretagne, etc. ; ensuite, celle qui se manifeste dans de * grandes machines feuilletonesques » ; Jean Diable, les Compagnons du Silence, les Mystères de Londres, les Amours de Paris, etc. On y perçoit l'homme de métier, mais aussi l'artiste. Il sut observer et décrire les mœurs, pénétrer même dans le cœur humain. Son imagination était puissante. Que ne parvint-il à la borner ! 11 abuse en effet de l'épisode, complique les événements et les enchevêtre avec une fougue débridée. Par contre, sa tendance au merveilleux, jointe à la poésie foncière de sa nature, à la linesse mêlée d'humour de son esprit, lui permet de dessiner des croquis pleins de vie et de relief. Quelquefois ses H comiques » sont lourds et rabâcheurs. Son style rapide et coloré est souvent emphatique et déclamatoire. Comme caractère, Féval s'est honoré encore par sa u conversion » qui lui fit, vers le milieu de sa carrifîre, défendre ouvertement la religion et la morale chrétiennes.

Dans la voie du roman de « cape et d'épée « — où il est fils de Dumas — il avait également suivi Roger de Beauvoir, l'auteur de l'Ecolier de Cluny {1832).

Tout différent est A. Assullant qui, hanté par les succès d'Ed. Aboul, eut le tort de viser â l'esprit même au

(t) P. Féval commença d'écrire vers 1841.

31S AVf,NEUEJNT DU ROHAN-fEUlLLETON

persifflagc ; sa nalurc était peu folâtre, aussi ses inventioas plaisantes, clairement écrites, manquenl-elles de naturel : on le voit dans son célèbre Capitaine Corcoran. Un autre feuilletoniste, A. Achard, excellait ù parsemer de gailé et d'un Rn réalisme les scènes [)iltoi-esqnes de lavieboui^oise. Uniforme, prolixe, it manquait également de simplicité et d'aisance. Son style, assez agréable, est parfois manière : la Robe de dessus jestera comme un de ses meilleurs romans.

Citons encore, d'Em.Goaialès: les Danseuses du Caasate, d'Elie Borthet : le Val d'Andoire et la Mine d'or, narrations ingénieuses et attachantes ; de Pierre Zaccono ; le Boide la Bazorhe et d'autres ouvrages où revit le monde dea forçats et des bagnes. Gaboriau possédait, à l'exli'ôme degré, l'habileté de l'intrigue, le don de secouer les nerfs, de suspendre l'intérêt, dans ses « romans de cour d'assises i dont il a fait un genre spécial et recherclié du gros public. <Jue de gens lisi'nt encore l'Affaire Lerouge, M. Letorq, le Dossier n° 113, etc. ?

Viennent enfin, au milieu de la foule, quelques noms énumérés plus haut et dont la liste complète importe peu : Albert Dclpil,au style banal, à l'avide recherche de l' actualité (1), E. Richebourç et sa Fille maudite, F. du Boisgobcy ; Ernest Daudet, écrivain plus distingué que maint autre feuilletoniste dans le Défroqué, tes Reins cassés. Pervertis, le Mari, la Maison de Gravitte, etc. ; Ad, d'Ennery, Pierre Ninous, Ernest Capendu, non sans valeur ; A. Belol,

(I) Disparu, le JFils de Coralie, etc.

Page 1