CHAPITRE VII
LE ROMAN SOCIAL
Chacun sait quelle effervescence des esprits précéda la Révolution de 1848, On réclamait avec passion des réformes dans tous les ordres. La philosophie et l'économie sociale, par les voix de Sainl-Simon, de Fourier, de Lamennais, de P. Leroux, de Cabet, de Proudhoo, don- DÔrenl le premier branle à l'opinion. Le roman se jela bieDidl dans la mêlée. Par des moyens de séduction habile, par l'éveil de curiosités irrésistibles, il devait exercer une action durable sur le j^oût et la conscience publics.
Les instincts les plus effrénés, les exigences les plus absurdes,ies utopies les plus enfantines se choisirent, dans le roman social ou dans le roman socialiste, de bruyants porte-voix. Des paradoxes subversifs y furent exposés' el défendus de façon attrayante, éloquente, lyrique même. Ces écrits acquirent donc rapidement des partisans innombrables et enthousiastes. A côté d'hommes de valeur, des imbéciles, dénués de toute •autorité, trouvèrent des lecteurs plus sots encore qu'eux-mêmes. Le nombre fut grand de ces jocrisses d'apostolat, bien que peu de leurs noms aient été sauvés de l'oubli.
L'influence des romanciers sociaux sur les idées religieuses, morales, philosophiques, l'ut exclusivement démocratique. Ils continuaient, en l'accentuant, le travail de la Révolution, et substituaient à l'apothéose de la bourgeoisie,
aa LE ROUAN SOCIAL
celle du prolétai'ial. Ils élevèrent sur le pavoi les classeï
infimes de la société, non point dans ari senlimenlde cba^
rite évaiigélique et de justice, mais par courtisanerie pool
la démocratie ascendante, et sous l'action d'une arrièrel
pensée mercantile. Laissons dans l'oubli les auteurs et lel
œuvres éphémères.
AprÈs G. Sand, dont nous avons signalé plus haut l'évo lution socialiste, Eugène Sue et le Victor Hugo dt Misérables sont les deux grands représentants du geni spécial qui nous occupe ici. A leurs cOtés nous pourrioas ranger Erekmann-Chatrian et Louis Reybaud, bien que les premiers aient tenté de créer surtout le roman natiorti^, et que le second ait été un humoriste plutôt qu'un tribun.
Dans Madame Thérèse, l'Invasion, Waterloo, le Conseril de 18^3, l'apologie de la Révolution, la propagande pour ses idées, le désir d'aifaiblir le prestige napoléonien s'allient aux tableaux rustiques et à l'amour du sol natal. Des nouvelles plus nettement démagogiques (Maître Gaspard Fix, eic.) ont fait regretter dans MM. Erekmann-Chatrian, devenus ennemis de tout idéal chevaleresque, les contears sentimentaux que VAtni.Fritz rendit célèbres.
Dans Jérôme Paturot à ta recherche d'une position sociale ( 1 843) et Jérôme Palurot à la recherche de la meilleure des républiques, M. Louis Reybaud fit la satire spirituelle et judicieuse, remplie do verve et d'allure, du régne de Louis-Philippe et de la République de 184S. Ce fut un écrivain moins préoccupé de l'art et des lettres que des théories économiques.
LE ROHA.N SOCIAL
ËDgène Sue débuia, nous Je rappelons, par des r maritimes. Il' lui reste l'honiieur d'avoir créé le genre. PUck et Plork, Atar-Gull, la Salamandre, la Vigie de Koat Veii donnent une peinture fantaisiste mais mouveraenlée des choses de la mer. Le style en est vigoureux, les conceptions ori{;inaIes et dramatiques. Par rinvenlion,la force créatrice, la sève débordante, cet auteur ferait parfois songer à Balzac.
Il abandonna bieniOi celte veine, pour s'adonner un ÎDsiani au roman hislorir|ue, et publia successivement Lalréaumom, Jean Cavalier, le Marquis de Lelorrière. Hais il ne Tit que travestir l'histoire, aveuglé qu'il était par sa haine contiM! I^uis XIV et contre la monarchie. C'est ainsi qu'après avoir défendu les idées aristocratiques, il s'enr&la soudain sous le drapeau démagogique.
C'était au moment précis où les questions sociales commençaient à dominer la politique elle-même. Le * fouriérisme », le «■ communisme », i' s Icarisme », toutes ces utopies éphémères et tapageuses, menaient ardemment la bataille du travail contre le capital. La minute était favorable.
Eugène Suc lança les Mystères de Paris, api-ès avoir remporté quelque succès avec Mathilde, qui, reproduisant les vices fastueux des libertins de haute volée, réalisait un rêve matérialiste de grande vie.
Les Mgslères de Parts (1842) suivis du Jui( Errant (1844) et des Mystères du Peuple (1849-50) constituent les principaux romans socialistes d'Eugène Sue, en môme temps que les plus retentissants ii feuilletons h du siècle. Pesonsen la valeur littéraire et philosophique.
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Il faur, avant loul, reconnaître qu'ils sont forleinent rharpeniés, conçus avec une indéniable pui^nce et qu'ils préscnienl beaucoup d'art de mise en scène. On y relève peu (le hors-d'œuvre ou de digressions. Mais l'imagination luxuriante de l'auteur, son fanatisme pour l'imprévu dramatique des situations, le font tomber dans l'outrance. Il '^arrive facilement aux tableaux exagérés et aux déclamalions paradoxales. Certains romans haiifs, engendrés par les besoins d'une vogue singulière, l'entraînèrent plus bas encore et jusqu'aux fictions incorrectes et aventureuses. La correction manque d'ailleurs à son style. Il fourmille de n^ligences et d'impropriétés ; Sue n'est point un narrateur incisif, mais un coloriste violent et tapageur.
Au point de vue philosophique, le jugement doit être plus sévère encore.
Le romancier semble s'acharner à ruiner la morale et la religion chrétiennes, au profil d'un panthéisme social et humanitaire, codifié scientifiquement par le fouriérisme. / La responsabilité individuelle disparaît devant la respon- 'sabilité collective. C'est la société qui réduit le prolétaire au crime et la fille â la débauche : seule la société doit répondre des misères découlant du vice et de la prostitution. Elli! excusera les individus et iSchera de se réformer elle-même, pour atteindre une félicite chimérique. Qelleci, le romancier la fait consister dans les jouissances matérielles, dans la satisfaction immédiate donnée aux goùLs instinctifs de l'homme. Eugène Sue paraît croire qu'il n'y a ici-bas d'autre bonheur que les délices physiques. Ainsi se fait-il l'ardent propagateur des revendications
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démagogiques et des passions anii-sociales. Conséquemraent, la religion el l'arislocratie, qui représentent les deux grandes forces conservatrices, sont en butte à ses attaques.
Le Juif errant, tes Mystères de Paris et les Mystères du Peup/f demeurent comme le monument de ses haines. Mais il n'est pas seulement sensualiste : il est aussi pessimisic. 11 n'a vu la société que sous un jour désolant. Le Mal y triomphe constamment du Bien. Comme il l'a vue, il a Toula la peindre. De là ces tableaux voluptueux el dissol- Tants, ces oi'gies, ces accumulations de types, vrais peul-| " être mais malsains, choisis sciemment parmi les plus^ bidonx. Après avoir, d'une plume brûlante, fixé les) débauches des hautes classes^ il descendit dans « la pègre » et se fit le narrateur attitré des moeurs el des scènes detavernes louches.
Eugène Sue, sous ses dehors philanlropiques, n'est guère qu'on dangereux manieur de paradoxes. C'est un romantique enivré par son imagination grossissante. Chez lui, la réalité se pose moins encore brutale que déformée. 11 irrita les plaies populaires sans les guérir. Il jela, dans le cœur des misérables, d'insatiables désirs, qui, après le rêve, les disaient retomber plus rudement sur ta terre. En décrivant !a suprématie du mal. il poétisa ce dernier et découragea la réaction vertueuse. Jamais le Devoir n'est exalté par lui, jamais la lutte de l'ame contre la chair n'est applaudie. D'après le fatalisme qui élreint toute son œuvre, les hautes -■ classes sont nécessairement adonnées aux « vices dorés », les inférieures sont forcément poussées au crime ou aux luxures grossières.
SO LE ItOMAN' SOCIAI.
Par lous ces points, ]u portiîc sociale des écrits d'Eiigfine Sue diil'èrc de l'action exercée par G. Sand. L'auieur de Lilia avail prêché l'émancipation des naiiires supérieures, y des créatures d'élile. Lui, il se laii le proiagonisie des droits prétendument violés des masses ; il réclame un nouvel éiat social, non plus pour tel individu isolé, mais pour la société enlière. G. Sand restait toujours dans le « bleu ». C'élail pour un bonheur illusoire mais spirilualisé qu'elle luitait. Chez Eugène Sue, le but de la guerre est, comme on l'a vu plus haul, la conquête d'une féliciré bornée à la satisfaction des appétits matériels.
L'habile bâtisseur do « machines » qui était en lui, Gl le succès du romancier. Auprès des touches élevées, il réussit en éveillant la curiosité et en servant des h Mngales n per\'erses pour l'horrible et l'extraordinaire. Il l'ut bien accueilli également des prolétaires, parce qu'il les montrait à la fois malheureux et terribles, ce qui flattait l'orgueil et les aspirations <( l'ordre du jour. Son apologie de la puissance individuelle suivait aussi le courant à la mode. Rodoljihe, dans tes mystères de Paris, symbolise l'exaltation de l'individualisme, au même point que Julien Sorel dans le Bovge et lé IS'oir. Il domine le monde social, réparc ses maladresses et ,'ies injustices, et apparaît comme le Messie des déshérités.
Si l'on veut aller au fond des choses, ce sont les mémos théories que nous retrouvons dans les MJsérablet de Victor Hugo, élude splendide malgré sa confusion, épopée ijui ennoblit vraiment le roman social et humanitaire.
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Le |>oèlediSbme par une déclaration nGlteetreienlissanle: « Tant que les trois problèmes du siècle, la dégradation de l'horame par le prolétarial, la déchéance de la femme par la faim, l'atrophie de l'enfant par la nnit ne seront pas résolus, tant que, dans de certaines régions, l'asphyxie sociale sera possible, en d'aulres termes, el à un point de vue plus étendu encore, tant qu'il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront n'être pas inutiles .«
On le remarquera d'abord, le poÈle ne vise àrien moins qu'à changer corapiètemenl, non pas la société, mais la nature humaine. L'utopie esliciaisémentsaisissable. Un peu plus loin, nous traçant le périrait de son héros, Victor Hugo appuie. sur la thèse. Jean Valjean synthétise l'impossibilité du relèvement pour l'homme que les lois. ont stigmatisé : l'auteur transforme la sentence prononcée contre lui en une sorte de malédiction, obstacle perpétuel à sa réhabilitation. Il veut, par là, instruire le procès du monde social, lui reprocher ses duretés, ses implacables arrêts, le peu de compte qu'il tient du repentir el l'éternelle suspicion qu'il fait planer sur le malheureux qui s'est oublié.
Celte thèse est belle en soi : elle a des proches affinités avec la charité. Mais, par malheur, le romancier, pour frapper plus fort, frappe à faux ; pour rendre son élude plus dramatique, il force la note. Où voit-on, où a-t-on vu un jury condamner à cinq ans de galères le misérable, au passé sans tache, qui, poussé par la faim, a volé un morceau de pain ? Où voit-on les lois punir — comme Jean Valjean, devenu l'honorable M. Madeleine, s'attend à être puni —
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l'homme qui a consacré de longues années i revenir au bien el que les circonstances conlreignent à s'accuser d'une faute dont l'auteur est demeuré inconnu ? Voit-on souvenl la jeune fille, séduite et rendue mère, repoussée avec l'implacable cruauté, le mépris insultant et tenace qui poursuivent Famine T Est-il naturel, enfin, que des êtres, doués d'une nature exquise comme Coselle et Marius, étalent l'étroit égoïsme dont l'auteur les affuble au dénouement ?
Cette exagération de l'iniquité, sociale ne tient pas seulement ^u cerveau grossissant du romancier : il lui fallait ' l'adopter pour servir sa thèse, pour pouvoir influencer et bouleverser les esprits, en suggérant à Jean Valjean les réflexions suivantes : * Puis il se demanda s'il était le seul qui avait eu tort dans sa fatale histoire... Si sa peine compliquée des ^^ravalions successives par les tentatives d'évasion ne fmissait pns par être une sorte d'allenlal du plus fort sur le faible, un crime de la société sur l'individu, un crime qui recommençai! tous les jours, un crime qui durait dix-neuf ans. Ces questions faites et résolues, il jugea la société et la condamna. Il la condamna à sa baine. »
Haine de la société, c'est bien cela ! C'est moins un procès impartial que l'auteur fait à l'ordre, qu'un réquisitoire vindicatif el passionné qu'il prononce contre lui. « Damnation sociale, — dira-t-il encore, à pj-opos de ces légiojis de misérables dont son œuvre édifie le martyrologe, — damnation sociale créant artificiellement, en pleine civilisation, des enfers, et compliquant d'une fatalité humaine la destinée qui est divine, b
C'est donc la massé qui, seule, est coupable des crimes
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des individus : c'est ellfi qui laisse subsister le proIéUriai, la prostitution, l'ignorance. C'est elle qui châtie celui qu'elle a perverti, celui qu'elle a laissé abandonné à tous les besoins, livré aux pires conseils de la misère, et celui quelle finit par flétrir irréparablement. Si la société est seule auteur du mal, elle absout devant Dieu les individus, quels que soient leurs actes : n'est-ce pas l.à la thèse d'Eugène Sue ? N'est-ce point son principe fataliste qui nie la liberté et la responsabilité individuelles? La conséquence de ce système est que, l'ordre public étant mal conçu et mauvais, il faut le changer. Il faut réformer les lois et les mœurs qui corrompent l'homme et le rendent malheureux," ^ abolir le prolétariat, proclamer que la collectivité a le devoir de reconnaître à tout individu le droit au travail, qu'elle est tenue de lui permettre d'user de ce droit et de lui garantir «ne .suffisante rémunération. Ces conséquences peuvent entraîner au pire socialisme. Le remède appelé par les vœux du grand écrivain est purement utopique, sans compter que c'est un sophisme de prétendre que les maux des petits viennent de la seule ignorance, que le prolétaire est, pour ainsi dire, forcé de commettre le crime et la femme réduite inévitablement à déchoir ! La révolution, le droit à l'insurrection, la justification de tous les excès, l'excuse de toutes les révoltes, sont les seules théories non chimériques que contienne cette illusion.
Remarquons d'ailleurs que le poète s'est donné beau jeu. Il retourne contre la société les vices ou les vertus qu'il lui prête ; il a de la justice légale une idée aussi fausse que sa conception de la justice sociale est outrée.
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On constate choE lui une exubérance d'idéal qui lui déforme les vraies proporliotis des choses. Ce qu'il excelle à peindre, eu siupi^fianl rimaginaiion, ce sont les drames intimes de la conecience. Hais il en fait des cauchemars. Véritables comtiats de géants, ceux que tes bons instincts et les mauvaises passions se livrent dans l'âme de .ses héros. . Partout nous heurtent,dans les Mùérables,ane vie exagérée, une manie du grand, une vision démesurément grossie, un besoin d'excéder. Cependant V. Hugo n'a pas négligé d'être habile. L'ordre public attaqué est personnifié par Javert, un « argousin » sinistre et méprisé, et la justice qui rend les arrêts y porte un bandeau d'imbéciiité. De même, la description de l'enfer social est précédée d'un tableau louchant : l'intérieur de l'évêché de Mif Myriel. Le romancier sait aussi recourir au pouvoir de la charité chrétienne pour émouvoir de façon plus sUre et plus profonde. En faisant de la pitié et du repentir, qui sont par excellence des senlimenls attirants, le ressort de son roman, il prouvait sa connaissance du cœur humain.
Après cela, reconnaissons que, malgré son intrigue touffue et confuse, malgré le fatigant abus de la vigueur, l'enflure constante des épisodes, malgré l'absence de goût qui nous choquent souvent, /es Mtbéiables sont une épopée magnifique. Un chjos peut-être, mais un chaos génial. Les caractères décrits sont originaux, fortement conçus. Sans doute les principaux pei sonnages se rattachent plus aux abstractions psychologiques qu'à la vie réelle. Ils défendent avant tout des thèses. Comme l'auteur les charge d'incarner des utopies réformatrices, comme il les transforme en
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avocats d'une cause déterminée, il en résulte qu'ils sont raisonneurs, sophistes, ei qu'Us abusent du monologue. Hais les scènes grandioses, les morceaux épiques, les tirades enllammées'tbnt oublier les digressions el les horsd'œuvre. Quand on compare les Misérables aux obscurs romans sociaux qui les suivirent, on est i>ris d'un sentiment d'indulgence. On ne songe point à tout ce que celle force a de peu naturel, on passe sur l'afTectation de ces anlitbôses multipliées et, le style élan! vivant, coloré, harmonieux, on pardonne presqu'à l'illuminé en faveur de l'artiste.
En arrivant aux années contemporaines, (1) nous décou- Tfrirons que le genre romanesque, sous l'influence des idées nouvelles, sous l'action de la littérature allemande et russe, est aujourd'hui parcouru tout entier d'un souffle laniOt humanitaire, tantôt presqu'anai'chiste. Nous pourrions même, en cherchant quelque peu, compo-ser une bibliographie de romans nettement socialistes: /a CoH!'«'sioHrf',4nrfj'é ■ Savana!/, de M. Georges Renard, le Hîlatéral de Rosny, certaines nouvelles de M. Paul Adam, l'Agonie de Byzatice de J. Lombard, la Fourmillière d'A. Roguenant, etc.
(I) Nous ne pouvons laisser (tans l'oubli les noms de Michel Masson et Raymond Brucker. Michel Masson fut un précurseur et fit du roman social même avant George Sand et E. Sue. Après leur roman, le Maçon, écrit en collaboration, par Hasson et Braclier, le premier de ces écrivains publia les Contes de l'atelier ou Daniel le Lapidaire (1832-1833). fuis vinrent Hyacinthe l'apprenti, les Romans de ta famille el les Souvenirs d'un enfant du peuple. Quant k Rrilcker l'estime en laquelle le tenaient Veuilloi et Barbey d'Aurevilly suffit b faire son éloge.
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Uuelqucs-im!] de ces écrivains nous retiendront, du reste, l>ar d'auires aspects lie leur art, Ces ouvrages, pour la plupart, s'adressant à un public d'initiés, restent en dehors du mouvement purement littéraire et traitent la question sociale par le raisonnement plutôt que par l'émotion. Si donc nous voulions recueillir les traces du roman socialiste tel qu'il fut conçu par V. Hugo, G. Sand, E. Sue, c'est au Germinal de M. Emile Zola, un aux Va-iiu-pieds de M. Léon Cladel qu'il faudrait nous reporter. Car ce sont moins des romans que de saignantes autobiographies, ces pages retentissantes de Vallès ; l'Enfant, le Bachelier, l'Insuii/é, réunies sous le litre de Jacques Vingtras, et son épopée en prose des Béfraclaires. Jules Vallès fut un nihiliste sauvage et convaincu, un ouUaw déchaîné dans un élan iirésistible et aveugle. Aigri par une enfance de douleur, porté à toutes les outrances de sentiments et de perceptions, par la nature la plus sensible, la plus a écorchée n.la moins capable de spéculations philosophiques, la plus excessive en un mot qu'on puisse rêver, il ne cessa de montrer le poing à l'ordre social. La famille, sur laquelle cet ordre est londé, il passa sa vie k l'invectiver en phrases souvent éloquentes, martelées avec une vigueur qui saisit, parfois ridiculement surchargées d'onomatopées et d'images hétéroclites, mais toujours frémissantes d'une vibration douloureuse et grinçante. La destruction, l'abolition des derniers vestiges des pouvoirs établis, l'anéantissement de tout par le sang et par la mort, tel fut l'idéal du malheureux Vallès.