‹ Le roman en France pendant le XIXe siècleChapitre 69 sur 93 · IV- PARTIE · texte numérisé non relu

IV- PARTIE

CBAPITRE I.

H. ËUILBZOU ET L'evoLUTlon nATURALlSTB.

M. Emile Zola.

Le naturalisme et l'impressionnisme sont les deux étals par lesquels le réalisme a passé depuis G. Flaubert, M. Emile Zola a été considéré comme le législateur du premier, tandis qu'on voit généralement dans les Goncourl les grands maîtres de l'impressionnisme.

Remarquons d'abord l'antagonisme profond qui existe entre la notion du vrai naturalisme, celle qui, dérivée du sens propre de ce terme, s'est vue réalisée chez les Anglais et les Russes par exemple, et, d'autre part, la formule qui fut professée par M. Zola dans ses nombreux arlicles de critique et qu'adopta son école {!).

(1) Vojez te Rotnan expérimentai et les Romanciers naturalistes, par E. Zola.

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Dans sa vraie acception , le naturalisme serait u ne d ç^ctrine litieraire basee su r rn l [Sf'"''ti''" rnmpn io n a f Hn W nature. Cette interprétation admise, on peut dire que Ifs germes d'une telle préoccupation se retrouvent chez presque tous les grands romanciers du siècle. Tous ont voulu ou cru suivie la nature et la réalité. Tous s'en sont partiellement inspirés en obéissant à leur génie et à la rhétorique du temps. J.-J. Rousseau peignant les égarements de la passion au milieu des sites montagnards. Chateaubriand et B. Constant s' analysant et offrant le résultat, de leurs expériences psychologiques personnelles, Vigny, Mérimée, Hugo, reconstituant les milieux historiques, G. Sand introduisant dans son œuvre la question sociale, ne pourraientils revendiquer une large pai't dans le mouvement qui porta le roman du six' siècle vers l'observation de la nature el la peinture des réalités ?

A côté de cette initiation partielle, à côté de l'action, plus directe, do Diderot el de cet odieux Restif de la Bretonne, S cOté de celle de Stendhal,- de Balzac, de Flaubert, des Concourt il faut signaler l'influence des romanciers anglais, Dickens, Tackeray, G. Eliot, et des auteurs russes, Gogol, Tourgueneff, Dostoievsky, Tolstoï, qui précédèrent les Français dans le naturalisme.

Malheureusement cette direction, .toute magistrale qu'elle fût, ne suffit pas à maintenir nos écrivains dans les règles logiques. Voyez Flaubert, qui, pourtant, représente seul, pour beaucoup de lettrés, le vrai naturalisme français: il avait la probité de l'observation, quoique cette observation fût incomplète ; mais a-t-il témoigné de la moindre

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s)'iDpaihie pour les classes souffrantes? A-l-il, hormis dans Vu Cœur simple, vibré de celle pitié affectueuse pour les humbles, qui est de l'essence d'un naturalisme intègre et qui, opposée aux sarcasmes railleurs et cruels des Français, caractérise l'art des Anglais el des Russes ?

Quant à la simplicité dans l'exécution, iudispeiisable aussi, elle est plus rare encore à rencontrer.

Ce que M. Zola, pour en revenir à lui, a réalisé sous le nom de «roman naturaliste», u roman espérimenlal»» «roman physiologique», n'a que de lointains rapports avec ce naturalisme-là. Il confine même très peu au réalisme. Je ne veux pas dire, bien entendu, qu'il ne doive rien à Balzac ei à Flaubert. Mais si, en matière scientifique, Claude Bernard e.st son maître, s'il se réclame eu philosophie de Smart MiM, de Spencer et de Taiiie, son plus direci iuitialeiir titléraire c'est Restif de la Bretonne.

Celui-ci eut également de vaniteuses et puériles prâtenlions scientifiques. « Ce n'est pas ici, disait-il en annonçant un de ses ouvrages, une Jolie fadaise à la Marmonlel ou à la Loovct. C'est un utile supplément ù l'histoire naturelle de Ruffon. b

Comme M. Zola, il se crut réformateur el moraliste, tout en introduisant ses lecteurs dans les recoins des plus mauvais lieux, a J'ai sacrifié quelquefois au plaisir, ajoutait-il, mais je puis répéter que toutes ces dépenses avaient un caractère d'utilité : j'étais forcé de m'inslruire pour écrire sur certaines matières el on ne peut êlre profondément instruit qu'en faisant soi-même. « Dans ses procédés, Restif poussa le naturalisino aussi loin qu'il peut ,

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aller. Il s'égara jusqu'à imprimer, lout vifs, dans ses romans, les noms véritables de ses modèles el les lelires {l'amour qu'on lui adressait (1).

Nous pouvons sans doute conslaier qu'il y avait dans le naluralisme sincère des éléments qui eussent été précieux pour amener le Iriomplie d'un art plus juste et plus franc que l'art romantique. Ce dernier — nous le rappelons — avait le grand tort de n'être pas une doctrine, mais un ensemble de négations el de révoltes abritées sous le pavilloa d'une formule incertaine : la liberté de tari. Trop étroit sans doute, trop vague aussi, le principe de l'imilalion de la nature savait au moins v^rs quoi il tendait ; ce que débrouillait mal le romantisme.

Seulement, durant une période assez longue, un matb^ a imprimé son unique direction au roman. De nombreux disciples ont marché dans sa voie, en répandant ses doctrines el en copiant sa manière. C'est donc sur lui que nous concentrerons nos observations.

M. Zola a écrit des ouvrages de critique littéraire, des articles de polémique, des pièces de théâtre, des nouvelles et des romans de caractère. L'œuvre qui le résume est sa fameuse série des Rovgon-]^acquart, histoire naturelle et sociale d'une famille sous te second Empire. Cette nouvelle Comédie humaine — qui serait plutôt la € comédie bes-

(I) Voyez sur ce parallèle intéressant le Roman naturaliste, parM.F. Brvnëtiëre.

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liale », pour compléter la trilogie commencée par la Divine comédie du Daiiie, — comprend les romans suivants ; ia Fortune des Bougon (publié en 1871, étude de la bourgeoisie provinciale), Pot-Bouille (la bourgeoisie parisienne), la Curée (les gens d'affaires), le Ventre de Paris, (les Halles), la Conquête de Plassans et la Faute de l'abH Mouret (le monde ecclésiastique). Son Excellence Eugène Rougon, (les hautes sphères politiques), l'Assommoir (l'ouvrier parisien), Une page d'amour, la Joie de vivre, le

Rêve Germinal (l'ouvrier mineur), Nana (la galanterie

et la pTosihution), Au Bonheur des Dames (les grands magasins), l'Œuvre (les artistesl, ta Terre (les paysans), la Bête humaine (les chemins de fer), l'Argent (les boursiers], ta Débâcle (l'armée), le Docteur Pascal (la science).

La répugnance qu'inspirent aux honnêtes gens et atix lettrés délicats plusieurs aspects de cet ensemble imposant — quelques qualités de puissanceel de vigueur qu'il faille lui reconnaître — ne tient pas au choix des milieux adoptés par le romancier. Sans doute, il aime it étudier les couches sociales inférieures. Mais les classes les plus humbles ont droit d'entrée dans le roman, si l'écrivain sait les ennoblir par un rayon d'idéal, ou, simplement, s'il parvient h les rendre intéressantes. Non, le dégoût vient d'ailleurs. Dans l'élaboration des Bougon- Macquart, M. Zola a semblé avoir, comme seule pensée directrice, la mise ^n lumière du vulgaire et de l'odieux. Il a conçu surtout des' caractères ignobles et révoltants : il n'a cherché, dirait-on, qu'à avilir l'humanité, à assombrir encore les couleurs du monde qu'il envisageait, renforçant, par l'action de son style matériel.

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