‹ Le roman en France pendant le XIXe siècleChapitre 7 sur 93 · LES ORIGINES IMMÉDIATES · texte numérisé non relu

LES ORIGINES IMMÉDIATES

note les battemenls : il resle en scène de la première p^ à la dernière. Comme, d'autre part, c'esl l'esprit de sociéU parvenu à son apogée qui, de concert avec le classicisme. a ruiné la personnalité et étouffé le lyrisme, Rousse: invinciblement hostile à cet esprit.

. Il est aussi un sensilif à l'excès, un des ëlres les piu! impressionnables qui aient existé. Il va, tous lesnerfei vif et perpétuellement tendus.

Dans un temps où l'esprit étrangle la nature, il arri« avec des sens enflammés, une envie démocratique démesurée, une vanité furieuse, des goûts de libertinage sou^ nois, en un mot des appétits de jouissances insatiables que contrarie un tempérament douloureux et tourmenté.

Lisez ses Confessions et vous verrez comment tout, depuis qu'il put sentir, l'a heurté, exaspéré, enchapi* et désespéré tour â tour. Un rien froisse les sensilifs, ei'é souffrent de tout. Aussi Rousseau aera-t-ii le véritablt inspirateur de cas mélancoliques et de ces révoltés qui viendront après lui, •

Du moins exprime-t-il sa mélancolie avec une splendeur. II saisit les idées, les pétrit do sa substance, les brille à sa flamme et les précipite dans le creuset d'une éloquence jusqu'à lui inconnue. Et voilà, avec la Nouvelk Hêloise, la plira,ie du roman refondue à son tour. Elle gagne l'ampleur, elle se développe en périodes hai-monieuses el sonores, elle suit, en tous ses mouvements, !) passion elle-même. Tandis que, jusqu'à Rousseau, ceui des écrivains qui avaient le don du style le faisaient servir à exprimer seulement ce qui, dans leurs idées ou leurs

DU ROMAN FRANÇAIS AU XJX^ SiECLK H

senlimenls, élail en commuriaulé avec les idées el les senlimenls des auii-es hommes,, l'auteup à'Héloïse l'applique à répandre ce qui précisément le différencie du reste des mopiels. Son éloquence esl d'autanl plus irrésistible que celle note spéciale, c'est, nous le verrons bientôt, son goût pour la nature ; il n'a dés lors qu'à Iqisseï' parler la nature en lui.

Ce qu'il y a de uouveau dans la Nouvelle Héloise. se ^ confondra à peu près avec les caractères que présentera ie roman français pendant presque tout le xix' siècle : introduction de la personnalité caractérisée par l'analyse du Moi et son pouvoir d'absorption ; substitution de la sensibilité à h raison, du /j/mme à l'ii-onie et à la satire, de 'l'éloquence à l'abstraction et à la froideur mesurée de la langue ; enfin, envahissement de la mélancolie rêveuse et^ du pessimisme.

Une des plus importantes de ces noies, c'est le lyrisme qui, à l'aurore du siècle, embrase tout. Aussi est-ce entre lui et l'esprit impersonnel des temps prûcédenis que se concentre d'abord la lutte. Chateaubriand, dans Atala, continue sur ce point la Nouvelle Héloise.

Des réformes introduites par celle ci devait on naître une dernière, plus spéciale et plus localisée, dirais-je, dans le roman : la conception nouvelle de l'amour.

11 n'est point de passion dont la fiction s'inspire autant que de l'amour. Or, avant la Nouvelle Héloise, l'amour échouait presque toujours dans le marivaudage ou dans la volupté brutale. Rien de profond ni de douloureux, rien d'ému dans ces passions à fleur de sens qui font le sujet des

le LES ORIGINES IHHËUIATES

œuvre:) aimables ou libertines des disciples de Marivaux ou de Crébtllcin.

La première Ihëse que soutient la IVouvelle Hélaite, au contraire, c'est la glorification de l'amour : U doit élever rbomme â toutes les vertus. L'auteur, il est vrai, ne s'abuse point sur la valeuVde ses théories. L'amour, tel qu'il l'entend, c'est-à-dire passionné, ardent, sincère, mais dépravé — comment sa nature l'eût-olle pu concevoir autrement? — est funeste, dissolvant, coupable. C'est là encore une des contradictions de Rousseau. Victime de sa sensibilité exacerbée, toujours ennuyé el inquiet, il porte partout cette vague tristesse, ce malaise de désir, ce tourment rêveur. Il a déjà, avant 1800, le mat du siècle. Mais il y joint un nouvel élément d'exaltation, qui a besoin, pour s'épancher, de la complicité de la nature, Saint-Preux et Julie fuient les salons où le cœur, à l'étroit, rend les sentiments faux et guindés. C'est parmi des paysages enchanteurs que les héros de la Nouvelle Héloise doivent s'aimer ; c'est dans les cataclysmes des éléments que les orages de leurs passions se doivent déchatuer.

Arrière, désormais, la sèche compréhension de la nature qu'ont seule atteinte les poètes descriptifs, arrière leur création bien ordonnée, bien ratissée, bien en règle et morte comme la floi'e d'un herbier !

Confidente des tourments des amoureux, consolatrice de leurs souffrances, la terre palpite et vil dans l<f Nouvelle

'.oïse, associant ses voix el ses asjwcts aux impressions personnages. La rêverie pénètre dans le roman, la

erie, sentiment inconnu aux écrivains pompeux du

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