DU ROMAN FRANÇAIS AU XIX- SIÈCLE I
]Lvri* siècle, el méconnu des philosophes railleurs du xviii*. Elle va devenir, pour le genre, un élément essentiel et des plus séduisants. Comme il y a inauguré la poésie de la nature, Rousseau y instaure la poésie de l'âme. II oppose en tout la philosophie du cœur à la philosophie de la raison, seule adulée et admise jusqu'à lui. En ouire, ce sens de la nature extérieure, que Jean-Jacques a retrouvé, sera des plus importants pour l'évolution du roman. Cai-, très rapidement, de la contemplation de la nature confidente et consolalrice, le poète est arcivé au dogme de la bonté suprême de l(i nature. Sur ce dogme, il fonde sa thèse du droit de l'instinct et des passions, qu'il était réservé à George Sand de reprendre plus lard et d'approprier k son temps avec une si pernicieuse puissance.
Quelle fut l'impression causée par celte œuvre révolutionnaire ? Pour trouver son influence sur le roman luimême, il nous faut attendre Chateaubriand. Mais sa portée sur les mœurs et sur les idées fut saisissante. Le siècle, en face des théories et des apostrophes de J.-J. Rousseau, a tressailli. Ses œuvres antérieures avaient déjà fait connaître l'écrivain comme un poêle inspiré, doué d'une éloquence incomparable ; sa généreuse colère contre les faussetés et les bassesses du monde dégénéré.sa tendresse pour les souffrants et les opprimés, lui avaient attiré la sympathique curiosité des masses qui attendaient un prophète... Dans l'apologie du bonheur do l'homme, obtenu par son retour à l'état de nature, la société n'a pas vu le sophisme. Elle n'a vu que tes horizons séduisants qui lui sont ouverts au moment où les excès de la civilisation l'étouffent.
aO LES ORIGINES IHHËDIATES
Dès 1740 on avaii vu le triomphe des pastorales dans les tableaux de Boucher. Maintenant, elles s'exagèrent, grSce à Gessner et aux autres idylliques allemands mis à la mode par Marie-Antoinellc. Les € Grands ■, fustigés par les prosopopées rbétoriciennes du Iribnn, gofllent un plaisir singulier à jouer au Tircis, à l'homme simple et ingénu. 11 ne fallut guère moins que les premiers grondements de la Révolution pour désenrubanner les houlettes et jeter l'effroi parmi les bergers.
Avant d'entrer, par l'élude de Chateaubriand, dans le vif de notre sujet, nous ne pouvons nous dispenser de dire un mol du premier des disciples de Rousseau, Bernardin de Saint-Pierre.
Ame froide, nature peu sympathique, caractère positif s'il en fut, l'auteur des Hattnoniet de la nature n'en a pas moins écrit les pages les plus sentimentales et. les plus attendries que l'amour et la contemplation du motide créé aient inspirées. Paul et Virginie, paru en 13SS^ restera toujours un des chefs-d'œuvre gracieux do la langue. Il | représente le roman naïf et poétique par excellence. ,
Plus que Rousseau, Bernardin de Saint-Pierre s'exprime i élégamment, peut-êire parce qu'il aime davantage la nature | pour elle-même, alors que son devancier n'y voit guère \ que le cadre de ses tourments et de ses joies. Dans Paul el Virginie le paysage n'est plus l'accessoire, mais le prin- ' cipal. C'est ici l'aventure qui semble choisie pour faire ressortir les aspects des lieux où elle se meut.
Tandis que Rousseau brosse de larges fresques, comme fera Chateaubriand, Bernardin peint avec émotion et caresses, avec douceur et harmonie.
DU ROUAN FRANÇAIS AU XIX< SIECLE St
Paysagisie avant tout, il est le premier à introduire en France l'exotisme dans le roman. 11 le fait avec un art prestigieux, L'auieur de la Nouvelle Héloise avait copié les sites qui s'offraient à lui. Il avait appris aux Français les jouissances que procure la vue des splendeurs du sol européen, des spectacles se déroulant sous leurs yeux. Bernardin de Saint-Pierre voyage au loin. Il évoque d'un pinceau enchanteur et brûlant les terres des Tropiques et les Iles de la Her du Sud. 11 ouvre des horizons merveilleux dont SCS contemporains ne se doutaient qu'à peine. Donnant pour scène à son poème de la beauté morale et du bonhem' naturel, les majestueuses solitudes des Savanes, avant Atata, avant René, avant les Nalchez, il acclimate dahs le roman français la poésie des terres vierçes et le charme mystérieux des mers lointaines (I ).
(I) Notons pourtant que Bernardin <le Saint-Pierre a écrit un voyage en Normandie, vers <7TS, voyage encore inédit où il peint beaucoup de paysages perclierons qu'il insinuera plus tard, en les colorant un peu, dans ses savanes.
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