‹ Le roman en France pendant le XIXe siècleChapitre 71 sur 93 · M. EMILE ZOLA · texte numérisé non relu

M. EMILE ZOLA

Tout ce qu'il peint esl ainsi dégradé dans le sens où le pousse la tournure de son espiit. M. Zola n'a pus respecté sa théorie t naturalisle h, puisqu'il a permis à son imagination do le diriger, en dépit du dogme fondamental qui ordonne de prendre la nature « sur le fait *. Sans doute on constate dans sa reproduction dos i-hoses, une paiience et un scrupule étonnanis, mais ce n'est pas la l'observation qui rétléchil, qui scrute Jes dessous. C'en esl une purement extérieure et bornée à des procédés. Il visite une église ' il passe un pont, il iuspecle une maison ou un appartement, il monte sur une locomotive, il descend dans une mine, il parcourt un champ de bataille et il croit avoir recueilli tous les documents humains nécessaires pour pholograpliior le monde ecclésiastique, les quartiers bourgeois, les chemins de fer, les mines, la guerre-, .

D'aprËs son plan, il devait ressusciter le second Empire, une époque déjà loinuine, depuis laquelle les mœurs ont beaucoup changé. Comment faire pour se documenter? Alternative ment, il transpose â vin{;t ans en arrière des aspects d'aujourd'hui, ou il puise dans les ouvrages spéciaux une vue des choses qu'il juge expérimentale. Or, ces procédés, s'ils sont permis à l'arlisle, sont interdits au naturaliste étroit que veut être M. Zola.

En résumé, il est réaliste surtout par sa tendance à décrire la laideur humaine.

Encore, ici, la réalité se transforme-t-elle chez lui en cauchemar, parce qu'il la voit à travers les hallucinations de son imaginalive. Ses livres, au lieu d'être imitateurs de la vie, sont travaillés d'après un plan uniforme, géométrique-

ET L'ÉVOLUTION NATURALISTE âSO

ment éiabli, ne laissant nulle place à Timprévii. Ses héros, malgré leur vitalité, ne sont pas des figures réelles, maïs des automates qui démontrent des thèses. Il fait entrer de force la nature dans ses conceptions, et cela — qui est le contraire du naturalisme — est un des grands défauts reprochés jadis au romantisme. Quoiqu'il ait peu d'imagination et de fantaisie, l'auteur de tAssommoir nous apparaît bien, en effet, comme un romantique attardé, suivant une expression qui restera.

Romantique, il l'est par cette vision agrandissante t nous avons signalée chez Balzac et chez Hugo. encoreparcettc candide illusion qui luijait considérer comme' résolus tous les problèmes de la science, et enfin par une tendance Invincible à la synthèse. Les acteurs des Bougon- Macqaarl, comme ceux des Misérables, sont moins des individualités que des èlres génériques résumant leur classe. Le romancier observe une foule d'individus, il recueille des détails sur chacun d'eux ; il en forge même d'imaginaires,iet concentre le tout sur la tète d'un seul qui devient un type.l Or, non seulement cela est faux, mais cela est le fait d'un romantisme directement opposé au réalisme. Même procédé pour les choses et les milieux. Notre-Dame de Paris symbolisait le moyen-âge. Ici, la Fortune des Rougon symbolise les II hontes et les folies de l'époque impériale «, le Docteur Pascal, la lutte de la science contre le dogme, Lourdes (1),

(1) Lourdes ne feit point partie des Rougon-Macquart. C'est le premier volume d'une série intitulée; les Trois Villes. Userait superflu de s'appesantir sur le formidable échec àeLourdea.Toas les lettrés, sans distinction d'opinions ou de convictions, sont

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