‹ Le roman en France pendant le XIXe siècleChapitre 74 sur 93 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

l'impressionnisme.

MH. Edmond et Jnl«a de OouconFt.

L'impressionnisme, forme toute moderne du réalisme, tient par diverses attaches au naturalisme dont cependant il diffère en ceci : tandis que le oaluralisle, d'une scène ou d'un paysage prendra indifféremment tous les détails élémentaires, les entassera l'un sur l'autre, et, par celte accumulation, atteindra parfois un aspect d'ensemble, l'impressionniste, dans ce paysage ou dans cette scène, distinguera d'abord le détail dominant, et c'est ce détail qu'il mettra eu valeur pour obtenir l'impression totale (1).

Cette interprétation de l'esthéliquo romanesque contemporaine n'a rien qui doive étonner, si l'on admet que le roman, en tendant de plus en plus au réalisme, c'est-<idire en serrant toujours de plus près la réalité, devait immanquablement en venir au détail de la réalité.

Voici donc comment travaille l'impressionniste : sa vue s'habitue d'abord à percevoir dans un ensemble la tache caractérJstique du tableau, et, cette tache bien saisie, il met tout son art à communiquer & ses lecteurs la même

(0 Voyez : Lb Goffic : les Bomanciers d'aujourd'hui.

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impretsion qu'il en a reçue. De celte opération première, l'écrivain passe à une autre qui est plus analylique. Le détail qui donne la sensation totale est souvent quelque chose de fugitif et d'insaisissable ; cependant, l'impressionnisttt, après l'avoir fixé, cherche à le décomposer, à exprimer chacune des nuances secondaires qui sont renfermées en lui. Cela fail, il lui reste à former, à l'aide des divers détails ainsi analysés, un tableau général. C'est assez exactement ce que fait, â son point de vue, le peintre. Ainsi, tandis que le naturalisme de M. Zok et de son école consiste à transposer les procédés du savant dans la littérature, on peut dire que l'impressionnisme, avec plus de raison aasurémeni, applique aux lettres les procédés de la peinture {!).

[ Comme les réalistes et les naturalistes, les adeptes de cette

< méthode traduisent les sentiments en sensations, et retracent,

; sous formes d'images sensibles, les pensées, les mouvements

' du cœur et de l'Ame. Ils ne parlent que par images,

attachant aux mots, sans se préoccuper de leur sens usuel,

une valeur intrinsèque et plastique, des qualités de beauté,

de coloration et d'harmonie. Leur phrase est courte, émail-

lée de néologisraes, de mots inventés spécialement en vue

d'une sensation unique à rendre ; elle est peu alourdie de

verbes, mais fournie d'adjectifs et dadverbes accentuant la

détermination des objets.

On relève aussi dans leur style des « trucs » de peintre,

(1) Voir aussi sur ce sujet ; M. Brunetière : l'Impressionnisme dans le roman.

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