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doDDant de petits coups de pinceaux, faisant rcssoriir les reliers, piqnatit des clairs, hachant des ombres, éloignant des perspectives.
On conçoit déjà, d'après tout ceci, que l'impressionnisme se présenie, à priori, comme esseolieHeineni subjectif et qu'il n'affecte point les mômes modalités cho?. MM. de Concourt, Daudet ou Loti!
MM. de Concourt, quoiqu'ils en aient dit, n'ont pas élé, avant H. Zola, les chefs du naturalisme français.
L'aîné, Edmond, né en 1823, et son frère Jules, né en 1830, mort en 1870, ont produit en collaboration Sœur Philomène en 18(51, Renée Maupétin en 1864, Germinie Lacerteux en 186S, Manette Salomoti en 1867. Ckarlet Demailly, publié d'abord sous le titre de Un Homme de kitres, avait paru en 1860.
Ces diviTS volumes constituent proprement leur « œuvre impressionniste ».
Le naturalisme de M. Edmond de Concourt date de la Fille Elisa, ouvrage publié en 1876, longtemps après les premiers romans expérimentaux de M. Zola, quoiqu'avant l'Assommoir (1877).
11 a écrit seul, outre la Fille Elisa, les Frères Zemganno, la Faustin et Chérie, toutes études qui, h part la première, ont une tendance pathologique très prononcée et rentrent par conséquent dans la formule de Médan.
C'est que, vers 18T0, avait éclaté le succès du naturalisme. M. Edmond de Concourt se souvint que, dans Germinie Lacerteux, ils avaient, son frère et lui, étudié l'hystérie, et
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que la préface de ce livre dt^veloppail la théorie du roauu eipérimenlal eUrrClait la formule de l'arldevenuà lamode: ( Nous nous sommes demandés si ce que l'on appelle les basses classes n'avaienl pas droil au roman... Noos nous sommes demandés s'il y avait encore pour l'écrivain et pour le lecteur, en ces années d'alité où nous sommes, des classes indignes, des malheurs Irop bas, des drames trop mal embouchés, des caUstrophes d'une (erreur Irop peu noble >...
Plus loin ils ajoutaient :
> Aujourd'hui que le roman s'élargît et grandit, qu'il
commence à être la grande forme, sérieuse, passionnée,
; vivante, de l'étude litléraire et de l'enquéle sociale, qui
1 devient par l'analyse et par la recherche l'histoire ntorale
\ contemporaine, aujourd'hui que le roman s'est imposé Us
études et les devoirs de la science, il peut en revendiquer la
liberté et les franchises... ■
Même appareil scientifique, même morale indépendanle que chez M. Zola. Cela nous indique sans doute que ce dernier peut avoir pris cerlaines de ses thèses cbeï MM. de GoDCOurt, mais cela ne rend pas pins ceus-d chefs du naturalisme français, que M. Zola n'est lui-même vraiment réaliste, de préférence à Flaubert, par exemple. En fait, c'est M. Edmond de Concourt qui est entré \ dans le sillon de l'auleur de JVaMo. Les deux frères i avaient, dans Gominie, pressenti les côtés peuple et pathû- ', logique de la nouvelle eslhéiique. Après la mort de' son cadet, le survivant sembla s'attacher à reproduire dans son art les égarements du Maître, invoquant la science, se
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prétendant moraliste, déclarani avoir exécuté dans la Fille Elisa une œuvre « austère et chaste n,' se révélant hanté des idées d'hérédité, de tempérament, de milieux. Comme - H. Zola, il mêla à son pseudo-naturalisme un curieux alliage de romantisme attardé.
Mais s'il est naturaliste au sens français, par son pessimisme, sa recherche du détail physiologique et scabreux, il ne pourrait l'être vérilablemenl, parce qu'il n'aime pas la naturft. parce qu'il la dédaigne pour l'artificiel et parce que les choses le préoccupent moins que les mois. Voyant la réalité dans des souvenirs déformés qu'il force à entrer dans nn cadre conventionnel, M. Edmond dé Concourt n'a, avec le naturalisme, que des rapports apparents, factices, et bornés à ce qui, dans cette doctrine, s'éloigne le plus de la nature.
L'œuvre des deux frères est-elle différenciée ? Quel était l'apport spécial de chacun ? Tâchons de nous en rendre compte.
Les Concourt furent romanciers, historiens, dramaturges et mémorialistes. Nous n'étudierons ici que les romanciers, j
On peut varier d'appréciation quand on parle d'eux et de / leurs travaux. Mais nul ne niera qu'ils aient créé « l'impressionnisme littéraire » et donné une note inédite et curieuse, la plus aiguë certainement des temps actuels, comme on s'est plu S répéter.
Le premier phénomène qui nous frappe, c'est cette fusion parfaite de deux tempéraments qui n'étaient pas, loin de là, identiques. Très différents d'âge et de caractère, chacun
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a renoncé à sa propre individualité en faveur de l'associalioR consentie de leurs facultés et de la mise en œuvre de ces facultés.
» Edmond, écrivait s(hi frère, est un passionné tendre ei mélancolique, tandis que moi je suis un matérialiste mélancolique... Je sens encore en moi de l'abbé du xvHi' siècle, avec de petits eûtes cruels du xyi* siècle italien, non portés toutefois au san^^, à la souffrance physique, mais à la méchancelé d'esprit. Chez Edmond, an I contraire, il y a presque de la bonnasserie. »
Dans la collaboration fraternelle, l'auleur de ces lignes représentait la « virtuosité », son frère, « la théorie »,
Non seulement ils ont répudié, chacun sa nature propre, mais encore, de cette nature commune qu'ils ont réalisée, ils semblent avoir éliminé tout ce qui ne devait pas profiter au sens littéraire. Us sont devenus les vrais types du gende- Ultre de notre temps. Ils ont été fiévreux et tourmentés — car l'impassibilité réaliste n'était point en eux. Aimant passionnément les lettres, ils fuient artistes maniérés mais sincères, épris d'un modernisme excessif, amis du paradoxe même, pleins d'intransigeance dans leurs jugements et de dédain pour ce qui n'est pas la littérature. On découvre , chez eux un cas typique d'envahissement 'de la personne par le métier ; ne pensant plus, ne sentant plus, n'agissant plus que d'une manière spéciale à « l'homme de lettres » on les a vus, sous l'empire de cette bizarre orientation de leur esprit, déformer toutes leurs visions.
Il en est résulté que les Concourt ont été affectés d'une nervosité et d'une impressionnabililé que seul peut-être
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Flaubertéprouvaaulanlqu'eux.llss'en sont rendus malades, sensibles comme des écoichés, ayant toujours leurs nerfs tendus, dans un état d'excitation anormale ei fébrile. Cela les a brisés au physique et au moral. Joignez à cette conlî- Quité d'un étal maladivement troublé, leur conception de la vie, a laquelle ils assignent comme unique grandeur le dévouement auxjmérèts de l'art ; tenez noie de ce qu'ils se sont 'désintéressés des grandes questions qui élèvent la portée de l'existence : religion, philosophie, économie sociale, et vous comprendrez qu'ils soient pessi^sles... Manifesté souvent d'une façon puérile et plaintive, ce pessimisme est pourtant poignant. Qu'on lise à ce sujet les révélations de leur Journal. Les GoncoUrl attendent l'heure de la célébrité qui ne veut pas sonner ; ils se voient dépassés par de tapageuses médiocrités; leur caractère s'aigrit de plus en plus. La renommée ne leur viendra que plus tard, quand, hélas ! l'un des deux seul en pourra jouir. '
L'amour- propre surtout a souffert chez eus, soit ! Mais quelle agonie muette, que d'angoisses, que de désillusions, que d'espérances trompées, par lesquelles il leur a fallu passer et qu'ils ont su clamer avec une douloureuse éloquence...
Amoureux de l'exceptionnel et de rartificiel, l'art des Goncourt irait directement à rencontre du réalisme, si, d'un autre côté, ces écrivains ne s'attachaient à regarder la vie à / la loupe et à peindre strictement ce qu'ils ont vu, comme ils / l'ont vu, et rien autre. Leur nervosité peut, comme nous venons de le dire, déformer leur vision inconsciemment;
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mais, en réalité — et c'est en cela que consiste leur impressionnisme — ils ont • surveillé • minutieusemerit, et ils paraissent même incapables de retracer autre chose que le détail dominant qui les frappe.
Impaifailemenl doués du cAté de l'imaginalioti , ils n'élaieni que médiocremeni inventifs cl le don de la composition n'était pas leur fort. J'ai â peine Ifcsoin de dire qu'ils ne furent en aucun sens moralistes. La société ne leur apparaissait qu'en surface, par ce qu'elle a de plus extérieur et de plus transitoire. Ils en ont vu un cAlé, curieux mais. insuffisant et trop variable, et ce c&té ils l'ont décrit avec pénétration, subtilité et passion. Car, s'ils n'eurent pas l'esprit généralisateur, ils possédèrent, par contre, «ne adresse exlraordinaii'e pour voir et rendre le petit détail des choses :
< Je veux dire d'abord, écrivait à ce sujet Jules Lemaltre, que MH. de Concourt sentent avec une extrême vivacité et perçoivent dans un extrême détail les objets, les spectacles qui les entourent, et que, tout secoués et presque souffrants de ces impressions multiples, délicates et quasi lancinantes, ils les traduisent sans les laisser s'amortir, dans une langue inquiète, impatiente et comme irritée d'être inégale à ce qu'elle veut rendre, et avec une fièvre où s'exagère encore l'acuité de l'impression primitive : si bien qu'on sent maintes fois dans leur style la vibration même de leurs nerfs trop tendus. »
Ce que les Goncourt ont été surtout — il y faut appuyer — c'est modeniisles. Ils l'ont été si fort qu'ils ne voyaient môme plus la nature, qui n'est ni ancienne ni moderne, mais éternelle. On a pu dire d'eux : n Ils ne comprennent