L'IMPRESSIONNISME
l'œuvre de Dieu qu'auiant qu'elle a élé interprétée et Iraos- i posée par l'homme. En face de la nature ils ne voient rien ■ qui ne soil un l'appel et un souvenir de l'art. Dans un pay- , sage, ils aperçoivent des coups de pinceau, des frottis [ légers, des dessous de sanguine, des lavis d'encre de' Chine, des tons de bitume, des teintes d'aquarelles, comme \ si c'était la nature qui -s'essaya a copier les procédés de 1 l'œuvre d'an (1). »
De l'union de leur impressionnismeavec leur modernisme est née celte conception étroite qu'ils se sont faite du roman', celle sorte de photographie de la réalité dû moment, prise par instantanées. Qu'ont-lls donc saisi el reproduit de la vie présente ?
Ils y ont cherché surlotit des névroses, se sonl altachés à l'examen patient, mais faussé par des théories préconçues, de cerlaines lésions du système nerveux, de certaines irritahilités morbides, surexcitations, exaltations, allant de l'hystérie à la manie el à l'hypocondrie. C'est le côlé scientifique de leur œuvre. D'autres lendances, leurs goûts de collectionneurs pcut-élre, les ont arrêtés au décor de l'existence moderne, et encore d'une modernité bornée à Paris, à l'aspect extérieur, changeant et subjectif des choses et des eires,aiix modes versatiles, aux engoiiemenls passagers : ils onl décrit raéticuleusemenl, avec une réalité flagrante, les endroits inconnus ou louches, les boutiques d'antiquaires, les bureaux de rédaction des journaux boule vardi ers, les
(I) R. DouHic : Porlrails d'écrivains. Voir l'étude très intéressante consacrée aux Concourt.
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1-estauranls, les bars, les ateliers, les théâtres et les antres même de la débauche claDdcsltne ; ils ont exploré enfm les bagnes de Paris, les mauvais glies et les bouges où pullule une population innommable.
A cdié de cela, ils sont tombés dans le gom immodéré des. bibelots pris comme accessoires littéraires, ils se sont faits les hisloriographes des modes, du japonisme, des vieilleries fanées, des reliques rococo...
Cétail la conséquence de leurs théories. Il est une loi qui commande à l'art de se renouveler sans cesse, de chercher des interprétations toujours plus au courant de la réalité. Celte loi, ils l'ont trop étendue, pour en faire une contrainte de l'esthétique. Ils ont soutenu que fouf est dans le moderne, et, s'allaclianl à l'exciiplionnel, à l'accidentel, à ce qui est à la fois neuf, éphémère et futile, ils ont fulminé contre l'art classique et Iradilionnel, — qu'ils appellent académique, — d'intarissables anathènnes.
Les personnages qu'ils ont aimé à mettre en lumière, et qu'ils ont réussi, il faut le reconnaître, à rendre curif^us et atlachanls, ce sont surtout certaines personnalités bizarres du monde littéraire et artiste: peintres, actrices, journalistes.
Charles Demaill^, leur héros préféré puisqu'ils ont rassemblé sur lui tous les traits qu'ils ont pu découvrir en eux-mômi^s, est précisément le type d'un écrivain dévoré par le virus liliéraîre et transformé en « gendeleitre n fiévreux et martyr. Beaucoup d'autres encore de leurs caractères sont vraiment fouillés, — car leur amour de l'exactitude et de la précision les a servis; — mais on dirait parfois que ces figures ont été étudiées et poussées au tragique par UQ Murger pessimiste et prétentieusement documentaire.
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Si de la physionomie exlérieure de ces personnages nous passons à la psychologie qui leur donne l'être, nous Irouvons dans tous, à peu près, des créatures compliquées, contradictoires et impulsives plutôt que passionnées ou / logiques. Toujours ces jumeaux du roman vécu s'acharnent \ au cttlé insaisissable et fugitif de la nature humaine, à ce qui est entortillé, lOurraenlé, complexe; ils s'épuisent en t douloureux efforts pour le reproduire ; et presque tous leurs 1 acteurs sont des malades que mènent leurs sens et leurs 1 nerfe. Ajoutons qu'on ne nous les développe pas suivant I une succession régulière et progressive. Les impression- ' mstes excellent dans les portraits que la minutie du détail peut rendre parfaits, mais ils suivent difficilement un caractère, parce qu'il y faut déployer un art d'ensemble qui leur manque.
Les Concourt ont exercé sur la langue du roman une réelle action. Leur style est moins pour l'oreille que pour 1 la vue. Peu leur importent les répétitions de mois, les rimes, / les assonnances et les dissonnances. Faire voir et faire j sentir est l'unique but de l'écriture qu'ils ont créée et appelée.' l'écriture artiste. Si celle-ci emprunte à Théophile Gautier la forme, le rendu plastique, les couleurs, si elle veut se rapprocher de la langue de Flaubert par l'barmonie, il ne faut pas oublier qu'elle s'éloigne absolument de la correction, de la mesure, de la splendeur rythmique qu'ont su atteindre ces^deux maîtres de la prose.
Traduction directe des sensations les plus subtiles, expression aiguisée et curieuse des plus fugitives nuances de l'art, bizarreries, tournures redondantes et recherchées.
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\ pléonasmes, néolof;ismes, mois d'une invention liraillée, malheuretise et vaine, insistances et redoublements de ' ' synonymes, vocables techniques ou abstraits, abus de l'épi- ; thète, toul cela constitue le slyie laborieux el précieux des . Goncourt. Pourquoi nier cependant que cette laugue tor- : turée, qui vise au renouvellement et à la souplesse, est ! parfois d'une justesse frappante et bien inspirée dans ses trouvailles ?
Sans doute, les romanciers ont dédaigneusement rejeté par dessus bord la grammaire, comme une cai^aison rance et inutile au styliste moderne : ils ont désarticulé la phrase, lui faisant exécuter des culbutes el des voiles acrobatiques,délruisaiil son moule et y jetant, au basard,de5 mots heureux et des mots maladroits. Hais il est certain que, étant données les sensations qu'ils voulaient l'endre, les aspects qu'il leur fallait décrire et les teintes qu'ils cherchaient à fondre, ils ne pouvaient se contenter d'une langue saine et peu faîte pour les nuances maladives. Ils ont merveilleusement adapté leur outil à la tfkche qu'ils s'étaient fixée. Par malheur, ce travail fébrile, ce papillotage énervant, cette obsession d'éviter le poncif qui le fait voir partout, ont rendu les Goncourt véritablement victimes du verbe, comme d'autres le sont de la pensée.
Le recul n'est peut-être pas encore suffisant pour tenter de porter un jugement détînilif sur leur influence. Pourtant, nous pouvons, dès maintenant, dire que leur style a eu des imitateurs ; il a pour ainsi dire ouvert la voie à ce décaden~ tisme de la langue dont déjà il semble qu'on revienne. D'un autre cOté, les Goncourt ont certainement développé