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dans les milieux littéraires ce que nous appellerons, après bien des critiques, le gendelettrisme, défini au début de ce chapitre.
Leur moins contestable action s'est exercée,- répétons-le en nous résumant, dans le sens de Vimpieisioimisme et aussi dans celui, plus superficiel, de la mode ; Ils ont posi- Ëvement créé l'engouement pour les rocailles Louis XV, les bibelots et les curiosités d' Eslrême-Orienl,
U. Alphonse Dandet.
M. Alphonse Daudet ^eul être tenu pour l'un des plus brillants élèves formés à l'école impressionniste des frères de Concourt.
II serait injuste de juger son talent en prenant pour base ses dernières productions. Rose et Ninelte ou même la Petite Paroisse qui, bien supérieure pourtant k l'élude précédente, n'en accuse pas moins la fatigue et l'effort.
Pour apprécier l'auteur de Tarlarin en toute impartialité, il faut envisager la carrière parcourue p7r lui depuis Jack jusqu'à tlmmorlel. Elle a fourni une œuvre romanesque manquant il est vrai d'ampleur et parfois d'originalité, mais étrangement attirante.
Il y a quelque Irenle ans, débarquait à Paris, venant de Nîmes, là bas dans la lointaine Provence aux ardeurs
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méridionales, uq jeune homme qu'une vocation encore «ndqrmie poussait vers les lettres. C'était H. Alphonse Daudet. On peut dire que la fée du Rêve l'avait touché de son aile. Tout petit, dans les tristes cours d'nne fabrique, au monotone tic-tac des métiers k tisser, il avait rêvé : il s'était livré aux choses avec une scnsibililé intense, et il en avait, nerveusement, saisi l'âme secrèle et la poésie. Il avait rêvé, laissant paresseusement ta vie couler autour de lui, échauffant son cerveau aux rayons torrides qui, selon son expression si pittoresque, « fait bouillonner les cervelles sous les crânes... > Or, dans le conteur fiévreux que hantèrent les visions provençales, il est toujours resté un petit rêveur, épris de réalité et de fantaisie, observateur et Imaginatif.
A byon. ses jours s'épuisèrent en courses à travers les bois, in canolades sur le fleuve. Mais une catastrophe, — la ruine paternelle — survint, et le jeune homme fut obligé de gagner sa vie dans l'ingrate profession de surveillant de collège, de pion méconnu et exécré.
Ah ! la misère et l'humiliation de ces galères, il les a connues et retracées en des pages qui nous font, dès i présent, noter chez M. Daudet cet impressionnisme qui s'attache au détail caractéristique et dominant et qui, de plus, dénonce une différence essentielle entre son naturalisme et celui de l'Ëcole.
Il est personnel et passionné, tendre et vibrant, et, aa lieu de l'impassibilité indilTérenle, il a pour les humbles et les souffrants cette pitié sympathique qu'éprouvèrent Dickens, G. Eliot, Uosto!evsky, Tolstoï, mais qui manque i
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H. ZoJa et aux Goneourl comme elle manquail à Flaubert. Son dernier livre accentue plus que jamais ce fond de mansuétude, qui semble spécialiser l'inspiration de quelques-ans de nos meilleurs romanciers, aux heures finissantes du xix* siècle (i), La Petite Paroisse est une étude de laja/ouÂÎe sans doute, mais c'est aussi un plaidoyer brûlant en faveur du pardon. L'église de Napoléon Uérivet, où jamais nul n'est entré sans en sortir consolé, a des côtés un peu puérils, je le veux bien, mais elle symbolise ingénieusement et noblement la religion pacifiante et indulgente de M. A. Daudet.
Pour pénétrer dans l'intimilé de l'auteur, reportons-nous à ses premières années et empruntons aux pages de début du Petit Chase, qui' passe avec raison pour un roman autobiographique, la citation qui nous le fera connaître.
Songeant à ses années de piouiiat, il s'écrie :
( Je voudrais en parler sans rancune^ ces tristesses sont si loin de nous I Eh bien non ! Je ne puis pas, et, tenez, Jt l'heure même où j'écris ces lignes, je sens ma main qui tremble de fièvre et d'émotion. II me semble que j'y suis encore. Eux ne pensent plus à moi, j'imagine ! Ils ne se souviennent plus du petit Chose, ni de ce beau loi^non qu'il avait acheté pour se donner l'air plus grave...
» Mes anciens élèves sont des hommes maintenant, des hommes sérieux, Soubeyrat doit être notaire quelque part là-haut dans les Cévennes ; Veillon (cadet), greffier au
(I) Paui, Marguehitte : la Tourmente ; 1. H. Hosnï : l'Impérieuse bonté ; E. Rod : les Roches blanches, etc.
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tribunal ; Loupi, phannacien ; Bouzanquet, vétérinaire... Ils ont des positions, du ventre, tout ce qu'il faut.
I Quelquefois pourtant, quand ils se rencontrent au cercle ou sur la place de l'église, ils se rapellent le bon temps du collège et alors, peut-ôtre, il leur arrive de parler de moi...
— Dis donc, greffier, te souviens-tu du petit Eyssette, notre pion de Sarlande, avec ses longs cheveux ei sa figure de papier mâcbé? Quelles bonnes farces nous lui avons faites !
... ( C'est vrai, messieurs ! Vous loi avez fait de bounes farces et voire ancien pion ne les a pas encore oubliées!... Ah ! le malheureux pion !... Vous a-t il assez fait rire! L'avez- vous fait assez pleurer ! Oui, pleurer, vous l'avez fail pleurer et c'est ce qui rendait vos farces bien meilleures!...
» Que de fois, à la fin d'une journée de martyre, le pauvre diable blotti dans sa couchette a mordu sa couverture pour que vous n'entendiez pas ses sanglots. .
I) C'est si terrible de vivre entouré de malveillances, d'avoir toujours peur, d'êlre toujours sur le qui-vive, toujours méchant, toujours armé! C'est si terrible de punir — on fail des injustices malgré soi ! — si terrible de douter, de voir partout des pièges, de ne pas manger tranquille, de ne pas dormir en repos, de se dire toujours, même aux minutes de irôve : « ... Ah ! mon Dieu ! Qu'est-ce qu'ils vont me faire maintenant ! >
N'esl-il pas vrai que nous voilà loin de l'impassibilité ■ réaliste 1
Sans doute, M. Daudet, lorsqu'il écrit ses romans parisiens, n'intervient pas aussi directement dans le récit — à
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part dans Jack, qui est encore l'histoire de sa jeunsésse, histoire idéalisée, lournée au tragique et au sombre. Cependant cette même note de vibranle sympathie se perçoit toujours et forme un des traits capitaux de sa physionomie.
Enthousiasmes, abaiiements, irritabilité, caprices, regrets, ironies douloureuses ou railleries mélancoliques, galtés et larmes, tout cela entre dans la pâle de son art. Remarquons aussi que celte mélancolie native n'est pas âpre, que cette tristesse s'égaie facilement d'un sourire et qu'ainsi jamais M. Daudet ne tombe dans le pessimisme ou la misanthropie. On l'estimerait plutôt optimiste par la faculté qu'il a de « s'indigner» et qui révèle une conception sereine de l'existence, conception irritée par tout ce qui vient la heurter. ,
C'est aussi pourquoi nous nous garderons d'oublier qu'il y a, à côlé de ce mélancolique, un railleur indulgent, gai et, quand il lui plaît, plein d'ironie.
Dans cette vie d'angoisse et de souffrance qu'il nous a racontée, le brillant soleil qui dore" si joyeusement les arènes de Nimes aux beaux jours de juillet avait laissé quelques reflets sur le front du petit Chose, et celui-ci, poète et fantaisiste, épris de réalité et de chimère, a imaginé des contes ravissants pour réjouir les petits et les grands. Ces tableautins commencèrent à le rendre sympathique, jusqu'à ce que le Midi, en la personne de l'inimitable Tar~ tarin, vint auréoler de renommée .son enfant... prodigue et ingrat.
Le midi a toujours hanté le cerveau de M. Daudet. Il en avait déjà ébauché des esquisses dans ses contes. Mais la