‹ Le roman en France pendant le XIXe siècleChapitre 83 sur 93 · PENDANT LA PÉRIODE CONTEMPORAINE · texte numérisé non relu

PENDANT LA PÉRIODE CONTEMPORAINE

emarquer surlout par l'exaltalion de son noble idéalisme iil, sans conteste, un de nos plus célèbres producteurs de «maas historiques : Jules Barbey d'Aurevilly. Avant donc le déHitir les qualités dominantes de MM. d'Héricaull et luet, dont l'œuvre analogue fut postérieure, arrêtons-nous à 'auteur épique de l'Ensorcelée et du Chevalier des Touches.

Cet artiste sut, dans des scènes tragiques et saisissantes, miter la manière de Walter Scoll. De prestigieux tableaux ivoquent les drames sombres dont le Cotentin fut le béâtre pendant la chouannerie. A côté de ces fresques «dressent des portraits d'un haut relief el d'une grandeur iriginale, logiques, complets et vivants. Dans l'Ensorcelée, KD^ents exceptionnels et situations anormales se réunisient pour produire une impression de terreur qui est inoubliable. Le Chevalier des Touches témoigne d'une ligueur égale mais moins tourmentée.

Outre ces deux ouvrages, les productions les plus importantes de Barbey d'Aurevilly romancier furent : Une yieiUe Mattresse, Une Histoire sans nom. Ce qui ne ^''fttrt pas. Va Prêtre marié et les Diaboliiiues.

Admirateur de la force — tout comme Balzac dont il Berait intéressant de le rapprocher — cet idéaliste de grande envergure fut un fort .- il a vécu en guerre mortelle avec les idées de son temps et je pense bien que sa combativité naturelle eût regretté toute autre situation. Comme nous l'avons dit plus haut, ses romans sont d'épiques odyssées, fourmillant de vie et de passion. Cette dernière, il l'a introduite partout, dans ses analyses, dans ses peintures, dans

les paysages magniflques et si suggcsiifs du Prêtre marié, dans les scènes de frénésie amoureuse que, voulant en inspirer l'horreur, il n'a brossées |H>urlant qu'avec trop de talent.

Dans In roman historique il garde une place à pari, étant narrateur merveilleux, puissant metteur en scène et descriptif illusionnant. Ses caractères sont fortement trempés et ses « actions > conduites avec une maîtrise soutenue ; mais son exubérance indomptée, le choix qu'il aime à faii^ de personnages pris hors du monde réel, énigmaiiques et horrifianis, ses métaphores hardies, ses vives aniilhèses et sa préoccupation constante du drame mêlé it l'existence, trahissent trop le romantique. Gomme écrivain, lour k tour il séduit, entraîne, étonne et déconcerte. II apparaît tantOt délicat et même raffiné, spirituel, ironique, aiguisé et cruel, élégant, mignard même, tantOl violent, brutal, emporté, prodigue du feux qui aveuglent.

De nobles qualités morales auréolent son nom : de si|;nifîcaiifs travers imposent à l'admiration quelques réserves. Travailleur obstiné dans sa solitude fièrement pauvre, contempteur du mMiocre el du vulgaire, dédaigneux de la vogue payée par des courbettes ou simplcmenl par des faiblesses tolérées, Jules Barbey d'Aurevilly a représenté, à merveille, le type de l'homme de lelires intègre et indépendant. Maïs son culte de l'idéal ne fut pas toujours éclairé. Ses affectations de dandysme et de diabolisme, sa haine acharnée el systématique du Présent, son aristocratie partiale, son catholicisme plus intransigeant dans ses déclarations que dans ses rencontres avec la passion, son goût immodéré du bizarre et du stupéfiant, viennent jeter

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