‹ Le roman en France pendant le XIXe siècleChapitre 84 sur 93 · PENDANT LA PÉRIODE CONTEMPORAINE 3S · texte numérisé non relu

PENDANT LA PÉRIODE CONTEMPORAINE 3S

une ombre inquiëtanle sur le ra^fonnemenl de celle superbe figure lilléraîre.

La Révolution a été le domaine de H. Charles d'Héricault. Il l'a éludiée dans ses avants-coureurs et dans ses prémices, dans ses déchaînements et dans ses suites. Nui n'a mieux que lui démoniré • qu'il est utile d'encadrer dans quelques détails de fantaisie le tableau vrai d'une société affolée de terreur et hébétée par l'esclavage, à la veille du jour où l'implacable despotisme, qui la détruit et lui enlève jusqu'au sentiment de sa propre conservation, va s'écrouler ».

Ces lignes éclairent la pensée dominante du romancier : c'est un ennemi né des excès révolutionnaires, et le tableau qu'il en tracera sera tout naturellement, et très justement, poussé dans les teintes les plus sombres.

M. d'HéricauIl u est un des auteurs de romans historiques qui ont le plus nettement accentué leur manière, et fait l'application la plus rigoureuse du genre, sans mélange aucun d'éléments étrangers. ,, Evidemment très préoccupé de la méthode de Shakespeare et de l'art du moyen âge, il reproduit les époques, les journées historiques, les grands caractères d'une société, à l'aide des groupes multiples qui s'y agitent, aristocratiques, bourgeois, populaires, soldatesques. Tout en conservant la méthode qu'il veut faire prévaloir et en gardant le grand nombre et la variété des personnages, il a donné le plus de relief aux caractères principaux. Il a rendu la lecture du roman plus facile et l'intérêt des scènes plus continu » (1).

(1) F. GoDEFBOiD : SUtoire de la littérature française. Le Six° siècle ; Prosateurs 1. 11,

ses LE RUUAM HISTORIQUE

Ses meilleurs romans historiques sont : Thermidor, publié en 1872 et qui comprend deux parties : Paiitea 1794 cl Marie-Thérèse et dame Rose; les Cousins de Normandie (1874) qui ont pour objet de décrire les fureui's révolutionnaires eu province, comme Thermidor l'avait fait pour Pai'is ; ki Mémoires de mon oncle ; En 1192 ; les Aveitlures de deux Parisiennes pendant ta Terreur ; la Fille de Notre-Dame ; la Fiancée de la Fontenelle...

La vie, le mouvement, la couleur sont, avec l'érudition, les qualités primordiales de ces éludes. Historien savant et informé, M. d'Héricault eut la chance rare de conserver, au milieu de ses travaux les plus absorbants et les plus arides, une imagination alerte, ardente, fougueuse même, quoique tempérée par le bon sens humoristique des Français de vieille souche. S'il s'est livré à des fouilles patientes de bénédictin, parmi les archives du Moyen-Age et de la Révolution, c'est qu'il ne voulait point s'exposer à faire passer des erreurs à la faveur de cette imagination vive et originale : l'esprit critique a toujours été son guide à travers les enchevêtrements d'intrigues, les changements de décors, le péle-môle des situations, des groupes, des coups de théâtre et des passions dont ses romans fourmillent. Ses personnages, ^i offrent une si grande variété, qui sont dessinés avec tant de relief et de coloris, ne sont jamais faits de chic : ce sont bien les types du temps, pensant, agissant, se réjouissant, s'éplorant, en un mot, ce sont des » ressuscites H. Les détails les plus minutieux, sans distraire de l'ensemble, portent également ce cachet de vérité qui d^age des tableaux où ils figurent une impression définitive.

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