PENDANT LA PÉRIODE CONTEMPORAINE
Qiie!qii'a|)pa renie confusion que ces fresques, nécessaire- " ment encombrées, semblent devoir présenler parfois, l'inlérêt y est toujours soutenu, railoniion captivée par le va et vient des acteurs et par h desK^ritô du romancier à nous glisser dans ces milieux tumtillueux sans nous y perdre. Ainsi surgit l'époque visée, dans louto sa tragique épouvante, ainsi les caractères s'imposent à noire mémoire, et l'art de M. d'Héricault comme slylisle achève le charme.
En effet, cet écrivain a rendu au roman hislorique le prestige d'une langue élégante et colorée, débarrassée de l'emphaseeldu clinquant, raccourcie, harmonieuse et piltoresquo. Il h réalisé son but, qui était de faire du roman historique « un instrument précis donnant une reproduction exacte, une vérilable résurrection n.
C'est encore un vaillant artiste que M. Charles Buel, le père de nombreux romans d'histoire parmi lesquels nous désignerions comme les meilleurs : le Crime de Matlai'citie, rHonneitr du prince, Hautelticeet Blanchetaine, Madame la Coimélable, le Roi Chariot, Philippe IHoiisîeur, tes Chevaliers de la Croix blanche. Le souci du style n'entrave pas, chez leur auteur, celui do l'exactitude. De plus, il a généralement choisi, comme milieu de prédilection, sa terre natale, la vieille Savoie, qu'il connaît bien. 11 l'a fait revivre à tous les âges, tanlOt en pleine barbarie farouche des premiers siècles, tantôt plongée dans les raffinements luxueux des heures de décadence. Il nous a reconstitué ces fastes évanouis, avec un entrain, une verve picturale, une élévation de pensée dignes d'être notés. M. Buet est
parfois un excessif. Ne nous étonnons pas si certaines couleurs aveuglent dans ses descriptions, si, trop volontiers, les tueries, les massacres, les drames sanglants et borribles s'enlèvent soua sa plume, parmi les décors fantastiques, en charges triomphales. Mais comme il sait bien associer de palpitantes fictions aux peintures des |;randes passions du Moyen-Age et de la Renaissance ! Il varie sans cesse ses aspects et ses nuances ; il a l'imprévu et le nerf, il démêle les détails vrais au milieu des documents embrouillés, et tout cela, dans sa langue riche el souple, vivante et élincelante, amuse, entraîne, passionne.
M. Charles Buet, nous l'espérons bien, n'a pas renoncé au genre du Roi Chariot, malgré le bonheur avec lequel il a, en écrivant le Péclié, abordé le roman psychologique. C'est une étude pleine de pénétration et de vie, mais ' sérieuse, douloureuse même.
Raymond d'Ayguières est un vaniteux, un inutile, un | làcho 1res caractérisé. S'il n'a pu s'évader des liens du péché qu'aux approches de la Fin, c'est pour avoir manifestement repoussé mainte grAcc octroyée par t>ieu. Il a vu la foudre tomber sur son amour coupable, et cela ne l'a pas corrigé; il a vu la misère morale et physique de la détraquée qui le perdit, el cela ne l'a pas corrigé ; il a vu de près une mort épouvantable et vengeresse, et cela ne l'a pas corrigé. Les sentiments d'honneur humain, d'amitié, pas plus que la voix de Dieu, n'ont pesé victorieusemenl, iiiis en balance avec sa fièvre charnelle.
Le romancier a rempli sa tache. Il a prouvé que Dieu
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seul est te remède nécessaire e[ possible à l'incurabilîté de certaines maladies de l'Sme : il nous a moniré l'horreur du péché, sans oublier la discrétion exigée d'une plume catholique. Le Péché pourra produire grand bien : il fera réfléchir ; c'est une belle et grave apologie de la confession. Comme l'auteur le dit justement dans sa préface, a ce livre expose des vérités humiliantes pour l'orgueil humain, il invoque des atténuations misérables pour des fautes viles, il exhibe toutes les laideurs et tous les ulcères dont pâlit notre honteuse faiblesse. Ah ! le vice qu'il dépeint n'a pas de couleurs séduisantes ni d'excuses littéraires ou artistiques ! C'est la viande cl sa pourriture, le relent fétide, l'aspect répugnant: le baiser n'y est qu'un poison subtilement distillé par des lèvres où déjà fermenie la dissolution prochaine et dont le parfum âpre déguise à peine l'odeur abjecte ».
Quant à M. d'Héricauli, il a réussi, dans deux productions des plus attrayantes, tes Noces d'un Jacobin et Une Reine de Théâtre, à rajeunir le roman historique en lui infusant une sève railleuse originale. S'il se détourne de celte voie, c'est pour se constituer, dans le roman actuel, le représentant de l'école des vieux humoristes français. La Comédie des Champs et Une Veuoe millionnaire sont, à ce point (le vue, très allachants. La verve et la' tournure d'esprit du romancier, ses facultés si puissantes d'imagination et son analyse aiguisée, se sont réunies pour réaliser dans la Comédie des Cliamps une fort piquante succession d'événements, mariée à une observation vraie des types et k une juste entente des sentiments. Le cadre du récit.
Sea LE ROHAN HISTORIQUE
celle sérieuse et monoionc u vie des champs*, ce mélange d'exisicncc familière et il'cxislencc seigneuriale, est posé avec une précision el un ait des nuances qiU font ressortir très finement l'élévation émouvante ou l'irrésistible drôlerie des épisodes.
Pendant longtemps ces deux écrivains, en leur adjoignant — à un degré inférieur il est vrai — Henry de la Madelène fia Fin du Marquisat U'Aiirel) (1) et le vicomte de Poli, furent presque seuls à personniiier le roman historique en lui conservant le caractère romanlique de ses débuts. Il semble qu'au cours de ces toutes dernières années, la manie documentaire, éveillée sous l'inHuence du naturalisme, ait ramené l'attention vers les reslitulions fictives du Passé. Un cachet bien différent les signale k notre curiosité. La poésie, la passion, le romanesque y font place à des prétentions de véracité, à des affeciaiioos d'exactiludc, de stricio précision et d auihenlicilé. D'autre pari, nous pourrions rappeler une heureuse tentative de M. Paul Perrcl qui, dans Mttiietle Aiittié, a voulu renouveler le roman d'hisloire par uii grand afflux de psychologie. C'est l'âme humaine surtout qu'éludie M. Perret, pour qui l'hisloirc est simplement un cadre. Idée neuve et poignant», composition ferme,' aspects variés, tels sont les mérites dominants de Haiietle Andié; ajoutons-y le
(1) On peut rapprocher <lu nom de Henry de la MaJelâne celui (In pnmiH f.iision de Raousset-Boulbon, dont il écrivit la vie. iset-Boulbon, mort héroïquement à trente ans, de haute envergure : Une Conversion.
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dramatique intense, l'intérêt psychologique du sujet : la » peur » pendant la Révolution.
Tiendraient ensuite, partni les œuvres avant totil imaginatives, certains récils de MM. Cahun (Hansan le Janissaire, la Tveuse) ; A, Filon (Renégat, l'Élève de Garrir.k); Ernest Daudet fM"* de Circé) ; Adolphe Badin (Minine et Pajoski) ; André Theuriet (la Chanoinesse) ; M"" Jane D'mnlafoy (Frère Pelage, Volontaire, etc.) ; Gilbert-Augustin Tierry (le Capitaine Sans-façon, Marfa, la Savelli, etc.) ; M"* Stanislas Meunier (te Roman du Mont St-Miehel) ; M"« James Darmesteler (Marguerites du temps passé) ; Paul Gaulot (Un Ami de la Reine) ; A. Tabarani (CAulie) ; R. Auvpay (les Gens d'EpinalJ ; F. Marion Grawford (Zoroastre) ; E. Gebhart (Autour d'une Tiare) ; Jean Bertheroy (Ximénès, le Mime Batbylle) ; Jean Lombard (Un Volontaire de î792);Ch.¥o\ey (Cœur de Roi) ;G. Irfinôlre (Rédemption); le comle Albert du Bois (Amours Antiques); etc. Leur caractère, avant tout exolique, nous retiendra bientôt devant les curieux ouvrages de M"' Judith Gautier.
Quelques romans, sans être des romans historiques proprement dits, ont frappé les lettres par leur note toute particulière : Les Rois de Jules Lemallre, Misère royale de Robert ScheSer, le Crépuscule des Dieux d'Elémir Bourges, el d'autres encore t'ont allusion à des événements contemporains, mettent en scène de hauts personnages politiques dont le masque peut être soulevé, el méritent, par l'art incontestable qu'ils révëlenl, une mention tout à faU spéciale.
su LK ROMAN HISTORIQUE
Je viens de nommer M. Bourges. Ceux qui goûtent les œuvres supérieures me sauront gré de leur signaler uq roman magistral du même auteur : les Oiieaux s'envoient et les Fleurs lombent.
Peut-être y aurait-il lieu, enfin, d'exposer ici la surprenante abondance, k l'heure actuelle, des mémoires du temps passé, des souvenirs militaires surtout, et particulièrement encore de ceux qui émanent des généraux ayant vécu sous te premier Empire. Cesl une vraie invasion de reconstitutions patientes, de « journaux *, d'études à la fois anecdotiques et documentaires. Mais comme tous prétendent répudier la fiction el s'en tenir à la simple vérité, basée sur preuves, nous n'avons pas à les consigner ici.
LES GHRReS SPECIAUX DAHS LE ROHAH COflTENPORAIN.
A c6Ié de révolution caractérisée par les f^ands courants réaliste, impressionniste, naluralisie, psychologique et idéaliste, le roman français contemporain a prt^senté un phénomène particiiiier : c'est la diffusion rapide et croissante des a genres spéciaux > ou plulAI des romans de mieurs et de milieusdéterminés. Notre travail nous paraît donc réclamer un aperçu des différents rameaux qui, l'un après l'autre ou concurremment, ont poussé sur l'arbre romanesque si puissant dans ses racines et si touffu dans ses frondaisons : roman mondain et roman rustique, roman de voyages et roman exotique, roman militaire, roman ecclésiastique, scientifique ou archéologique, roman symboliste et décadent, roman enfantin, etc.. Le roman n vertueux n et le roman chrétien d'une part, le roman gai et goguenard de l'autre, si accusés tous deux dans leur physionomie, forment, à leur tour, des catégories spéciales.
Quelles sont les causes de ce phénomène ï Il en est de générales, comme l'esprit de division créé par la Révolution et les groupements nouveaux que chercha le développement de l'orgueil humain. Il on est de particulières, que nous avons déjà signalées : l'invention du roman-feuilleton surtout, qui, s'adressant à d'innombrables lecteurs, chercha naturellement à séduire les groupes et
les aggloméra lions d'individus unis par une communauté de goflt ou de profession.
Nous avons exposé plus haut l'action exercée, dans ce sens, par les écrits de Balzac et même par ceux de Geoi^ Sand. Ajoutons-y les exigences progressives des lecteurs, la tyrannie de leur esprit blasé qui, excité par les prodiges extraoï^linaires que les sciences ont réalisés dans ce siècle, a voulu et veut de plus en plus se rendre compte du pourquoi des choses et connaître celles-ci jusqu'en leurs plus minutieux détails. Ne pourrait-on pas faire entrer paiement en compte les facilités que la spéctaitsation du l'Oman apporte au romancier? Elle restreint le champ imposé à son observation, exige moins de facultés généralisatrices, moins de vues d'ensemble et moins de capacités diverses ; elle s'adapte plus aisément aux préférenceset aux aptitudes personnelles de chaque auteur, lui permet de se documenter avec d'autant plus de rapidité et de perfection sur son sujet, qu'il peut éliminer plus d'éléments étrangers ou indifférents. Nous aurions à creuser ces causes, et plusieurs autres encore, s'il ne fallait nous borner.
S I- Im poman mondain.
Étrange anomalie ! \ mesure que notre société se démocratise davantage, à mesure que les classes élevées — réserves faites pour de nobles exceptions ~- montrent une
faiblesse pi as accentuée pour l' imitation des classes moyennes — et même des basses — dans leurs travers, leurs goûls, leurs diverlissemenis, ou pIulAt dans le laisseraller qu'elles apportent à se divertir, â mesure môme que l'hoslilité des masses populaires envers les détenteurs des richesses et des hautes positions sociales devient plus intransigeante, il se manifeste une curiosiNÏ plus passionnée vers le « grand inonde n et vers tout ce qui le touche (1).
(i) H. Charles Bigot a publié, dans la Bévue de Paris, sous le litre de " le Monde et ses détracteurs «, un article paradoxal et curieux donc nous extrayons quelques idées. Tout le monde, dit-il, mëdit du monde, et personne, à peu près, ne s'en passe. On l'accuse et on le rectierche. Tous les reproches qu'on lui adresse sont fondés, et tous sont injustes. C'est qu'on vient lui demander d'élre ce qu'il n'est pas, ce qu'il ne veut pas, ce qu'i! ne peut pas être. It n'a pour but ni l'amour, ni la l^mille, ni l'amitié, ni les services à rendre. Son unique affaire â lui, c'est la sociabilité. Il réunit les hommes. Il veut qu'Us trouvent plaisir à cette réunion, il a tout réglé en vue de ce plaisir ; — le reste ne le regarde pas. On lui reproche d'élre léger et vain : il lui faulétre lel, sous peine de lomber dans l'ennui ; on lui reproche d'élre accueillant: nous ne trojvons jamais qu'on le soit Irop pour nous ; on lui reproche d'être indulgent aux faiblesses humaines : s'il l'était moins, il ne durerait pas vingt quatre heures ; on lui reproche d'allacber plus d'importance aux petites choses qu'aux grandes, aux vêtements ou aux apparences qu'aux mériies cachés : c'est qu'il n'a pas le temps de dépasser les apparences ; on lui reproche de faire plus de cas d'un causeur brillant que d'un savant: c'est qu'il relire grand plaisir du premier et aucun du second ; on lui reproche de mettre les qualités de l'esprit au-dessus de celles du cœur : c'est qu'il est logique, fesprit et non le cœur étant le lien des hommes réunis pour
ses LES GENRES SPECIAUX
Voilà ce qui explique, en partie, le développement qu'a pris le roman de mœurs mondaines, depuis les opiimisln rêveries de M. 0. Feuillet. Il a laissé peu d'hériliers des tllasions et du parti-pris enthousiaste qu'étalaient ses premiers livres, l'auteur de Sybilte ! te ne vois guère que M, Léon de Tinseau, le conteur gracieux mais se négligeant trop de MoHiescourt, de l'Alletnge de la Marquise, ée la Meilleure Part, de Charme rompu, de Ma Cousine Polau-feu, etc., pour qui la vraie noblesse, la noblesse idéale constituée par la naissance, par le Ion et les sentiments,. semble encore exister uniquement. Cela fait de lui plutôt un romancier * aristocratique » qu'un romancier t mondain ». M. de Tinseau est précisément tombé dans le même défaut que son prédécesseui'. La trame et les décors de ses ri^cils sont souvent uniformes et poncivement distingués : ses personnages paraissent également conventionnels dans leurs grâces, dans leurs perfections, dans leurs vertus
quelques heures (tans un salon ; on lui reproclie d'être banst : ta banalité se confond avec la sociabilité ; on lui reproche il'ètre médiocre dans ses jugements esliiétîques: il aurait péri d^uis longtemps s'il avait piRcé plus haut son idéal ; on lui reprotlie d'être égoïste : il ne l'était pas, eneoi-e une fois, il ne pourrail exister; on lui reproche d'aimer les heureux, le luie, ce qui brille : que feraît-il des malheureux et des pauvres? Quand on lui reproche, enSn, de n'être pas une école de vertu, c'est qu'on oublie que Jamais le monde n'a prétendu avoir charge d'âmes... On pourrait, nous semble-t-ll, répondre k U, Bigol, que loul cela prouve, avec la plus claire évidence, qu'un tnottde établi sur de telles bases ne peut exercer qu'une action mauvaise et doit, conséquerament, être surveillé et combaUu.
hi^rolqiies ou dans leurs vices «élégant». Vr, trop grand Dombro d'ceuvres aimables el faciles onl permis au romancier de noter haiivement la situation qui lui parait convenir à la noblesse, en notre siècle déclinant. Observateur ingénieux, les mœ<irs provinciales, les milieux aristocratiques ont été rendus dans maint de ses livres avec un réel bonheur. La clarté de ses idées, l'aisance de sa langue, sa sensibilité et je ne sais quel humour légèrement caustique donneraient aux romans de M. de Tinseau une valeur littéraire, si des invraisemblances fréquentes et l'abus du roma* nesque ne se renconlraient chez lui avec d'étranges négligences de eom position.
Les fantaisies indulgentes et insouciantes de M. Gustave DrozeldeM, Ludovic Halévy, contemporains d'O. Feuillet, séparent les fictions sereines de celui-ci el celles de M. de Tinseau, des observations pessimistes et amëres de MM. P. Hervieu, Rabusson, H. Lavedan, Gyp, Donnay, etc. M. Droz sans doute a écrit des romans d'intrigue, mais c'est surtout comme auteur de Jlfo»sieur, Madame et Bébé et des croquis publiés sous les titres d'Entre iious et de Sous I^Éventail qu'il est connu. On voit avec raison, en lui, un vrai dilettante du xviii^ siècle, un disciple de Crébillon fils, qui excelle dans l'art de mugueter autour du vice et de voiler, à l'aide de sous-enlendus, une préoccupation libertine presque constante. Comme analyste de l'amour paternel, il a trouvé des choses très fines et d'une senti mentalité charmante, quoiqu'affadie. Quant aux épanchements conjugaux, il n'a su les peindre qu'en leur donnant l'allure et le ton des honnes fortunes. Mais il est passé maître dans les pastels
frivoles et légèreracnl railletirs, où les travers, \a liberté des Ciiprices cl des mœurs dans une société raffinée et cor^ rompue, sont évoqués à grand renfort de grâces apprêtées et mignardes. M. Droz fut un ingénieux et un habile : il a eu le don d'apercevoir et de rendre toutes les nuances insaisissables du caquetage et des mandes mondains. L'éli^ganle Parisienne a rencontré en lui un analyste subtil el un portraitiste à la fois perspicace, sympathique et presque complice. Sa phrase alerte et a lalon rouge » s'émeut el s'allendril â l'occasion ; Tristesses el Sourire* nous en sont garants.
Combien pourtant la virtuosité de M. Droz semble vieillie quand on Ht M. Ludovic Halévy ! Renommé pour certaines études parisiennes acérées et lypiques (^f, et M"^ Cardinal, les Petites Catdtnal etc) celui-ci l'est encore comme aalem de F Àbbé ConstaHlin de Princesse, d'Un Mariage d'amour. Il passa longtemps pour le représentant le plus naturel, dans le rouan de I esprit parisien avec ce qu'il comporte de philosophie sjupi el détachée, de verve acidulée, d'observai on malicieuse Certes, M. Halévy perce â jour le vide et la réelle pauvreté morale de ces silhouelies qu'il sait camper a^ec tant d adresse. Mais il ne parait pas que cette laideur I attriste ou I indigne, car il n'a aucune sévérité pour le mal aimable.
C'est, à la fois, un romancier romanesque et un boulevardier éprouvé, qui possèdes merveille la science des modes du jour, mais qui ne manque ni d'émotion ni de bon sens. Employait ses facultés avisées à surprendre la psychologie du monde des courses, du fumoir et du club, il
itiîl aussi démonler adroitement les rouages complexes qui se meuveni dans la lëte versatile d'une jeune Parisienne de la noblesse viveuse ou de la haute financo.
Son livre le plus célèbre, l'Abbé Constantin, restera comme le lype du roman optimiste et convention nellement hénisseur. Quel pauvre prèlre que cet abbé ! Comme elles s'amusent de sa simplicité — en dépit de leur respect affiché— les jolies Américaines! Faux, romanesque jusqu'à la fadaise, mais excellent comme mise en scène de futilités » sélect », l'ouvrage fut un des gros succès de librairie durant nos dernières années. Cela est sympto'malique.
On se souvient peut-être que nous avons constaté une sorie de désir inconscient de marcher avec l'opinion, dans le pessimisme subit des dernières productions d'Octave Feuillet, et surtout dans celui d'Honneur d'Artiste. Il s'y découvrait d'une sévérité inattendue à l'égard des marionnettes pimpantes qu'il avait tant adulées. Une expression empruntée à ce volume fit fortune ; celle qui stigmatisait « les conversations à faire rougir un singe « tenues par déjeunes patriciennes évaporées. Exagérez beaucoup cette nouvelle tendance — à peine indiquée — du bon Feuillet ; mais remplacez l'indignalion, chez l'observateur, par une impassibilité hautaine et cruelle : vous aurez le caractère général des études de MM. Paul Hervieu, Henri Lavedan, Gyp, el, surtout, vous Irbuverei la note littéraire apportée par H. Henry Rabusson (1).
(I) Kappelons ici ce qui a élë dit plus haut des romans mondains de MM. Paul Bourget, Marcel Prévost, etc. Nous verrons de
D'abori épris exclusivement d'analyse et de psychologie, M, Paul Hervieu a, dans ses romans récents, l'eiiits par eux-mêmes m fArmalure, dirigé la pointe de son esprit mordant vers les tableaux de la baule vie. Intellectuel hardi et personnel, descriptif sans émotion, satirique pincesans-rire, il met en scène ses personna^ et les décompose froidement, implacabtemenr, sous l'empire d'un pessimisme méprisant et dédaigneux. Ils n'ont ni sentiments ni passions: mais des vices, des caprices, des fantaisies. Ces galeries de portraits, si sévère et si prévenu que le peintre puisse paraître, frappent par lenr fidélité et par leur ironique ressemblance. Non seulement il n'intervient ici aucune indulgence, aucune faiblesse ou tolérance pour les travers brutalement étalés ; mais, de plus, il saute aux yeux que l'auteur voit, dans les salons de ces jouisseurs corrompus, moins encore d'imbéciles que de fripons. Tous se tiennent et sont pris dans l'engrenage de 1' < auii sacra famés n
Ici, ne négligeons pas une remarque qui s'adresse ai bien â Gyp, h MM. Lavedan et Rabusson qu'à M. Hervieu.
Cette classe sociale qu'ils flétrissent, ce n'est point » le grand monde » pris dans son sens général. C'est une infime partie de ce dernier. Cesi une coterie qui, absente de toute haute préoccupation, vit uniquement pour > aller aux courses, au Bois, aux premières, qui se compose de vieille noblesse, de noblesse récente, de noblesse acbelée, de haute bourgeoisie, de boursiers, d'étrangers, etc.. h {!)
même que, dans ses dernières œuvres, Guy de Haupassanl alrarda, lui aussi, la psydiologie des a Smes mondaines ». (I) H. Jules LemaItre : les Contemporains.
t^Çiooglc
Ecume particuIiËre aux grandes capitales ou aux villes de plaisirs et dont l'iniportance ne doit pas ëlre exagérée. M. Hervieu, en cravachant ces fantoches et ces coquins di^uisés, n'a pas assez évité la généralisation — non plus que certain maniérisme dans la pensée ni quelques fâcheuses affeclalions de style.
Ce sont surtout des imbéciles qui évoluent au cours des scènes originales el corrosives de M. Lavedan : leNouveau Jeu, la Haute, Uur Cœur, leur Beau Physique, les Marionnettes, etc. Cet écrivain semble parfois suivre la voie d'H. Monnier, en transposant les milieux. Il adapte au monde des « cercleux » et des a soupeurs » les procédés de notation dîaloguée, brève et comme phonographique, que l'auteur Ag Joseph Prudhomme appliquait au monde des petits boui^ois et du petit peuple.Seulement il y ajoute une intensité raccourcie et une « veulerie » amusante qui est tout à fait récente. Ces viveurs, corrects et maquillés, mais cassés, inutiles, menant à grandes guides une existence bête et oisive, tuant le temps à l'aide de divertissements de crétins, sont cloués au pilori par l'exactitude cruelle et déconcerlanie de leur interprête. Moraliste et philosophe, M. Lavedan est, plus encore, un maître satiriste : il y a morsure d'un Juvenal dans certains de ses mots, épouva labiés sous leur aspect tranquille et inconscient. Mais c croquis à l'em porte-pièce participent d'un an très rafflr qu'il faut être au courant des dernières grimaces bouleva dières pour savourer. C'est là peul-êlre leur grand dés vantage : ils sont d'une actualité trop insianlanée po intéresser beaucoup les générations qui suivront, et le
cadre, trop pestreint, n'embrasse qu'une partie presque n^igeable de la socjiitë.
L'Éducalwn d'un Prince de M. Donnay est venu démontrer que cet inconvénient n'est point pour arrêter les émules de M. Lavedan.
Ceux-ci, ainsi que H. Paul Hervieu, paraissent vouloir garder, dans les scènes qu'ils retracent, l'attitude donnée aux deux philosophes dans l'Orgie romaine de Couture. Gyp, elle, est évidemment « du monde n et poursuit surtout UD but : plaire. Aussi a-t-elle sa place naturelle parmi les romanciers mondains. Elle crayonne avec esprit el grâce les élégances courantes, et, k l'instar de l'auteur des Marionnettes, pholoi^raphie « les mannequins vêtus d'étoffiis anglaises ou habillés chez Wortb d qui l'entourent. Sans avoir la même cruauté, il se dégage, de ses nombrenx romans, une impression marquée de pessimisme et de mépris. Autour du MaiHage, les Séducteurs, le Pet^ Bob, M'" Eve, Jtf"« Loulou, le Mariage de Chiffon, Leurs Ames, et tous les autres, laissent une sensation indéfinissable de dégoût, de colère et de fatigue. Gyp étudie l'homme, l'amour, la société, dans ce qu'ils ont de plus faux et de plus cynique, de plus apprêté el de plus licencieux, « de plus faisandé » en un mot. Dans ces groupes archi-l^ers, les passions sont de la dernière brutalité et les allures d'une impudeur peu déguisée, a Elle fait parler, selon M. Anatole France, dans une infinité de spirituels dialogues, tout un monde de viveurs et d'oisifs, et il ressort de tant de légers discours, que l'homme est, à l'état civilisé, un vain, grossier et ridicule animal ». Une telle conception, si généra-
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lisée, inspire la trisiessc. Ijesimagesllberlines, les conversations lestes, les mois « roides » n'arrfileni point la plume de cet L'iraiigc Gyp, A cOli? de vÈrilabJes inconsciences SOUB ce rapport, on trouve chez elle de la verve, de la sensibîliié eii malgr)*! tout, dans le Petit bleu, dans Chiffon ou dans Leurs Ames, par exemple, une idée élevée de l'amour vrai.
Mais le vrai romancier du fti//A life — en ce sens qu'il peint non plus précisément les n gens qui font la ffile » mais cette partie de la Société conicmporaine qui se réunit plutôt pour * paraître » que-pour < s'amuser » — c'est M, Henry Rabusnon. Celui-ci reste un pessimiste relaiivemenl modéré. On l'a souvent relié à l'auleur de M. de Camors, probablement parce qu'il a très peu de rapports communs avec lui. Qu'est-ce en effet, au point de vue du génie d'un écrivain, que le choix des mêmes milieux ? Et d'ailleurs, les milieux sonl-ils identiques ? Nous connaissons le monde de Sybille, de Julia de Trécœur, du Roman d'un Jeune Homme jjauvre, etc. Eh bien ! comparons-le à celui que M. Rabusson nous décrit. Ecoutons l'aiitRur lui-même :
¥, Voyez-vous, le monde n'a sa raison d'être qu'avec le luxe et par le luxe ; c'est une association pour le plaisir ou ce n'est rien. Et il en a toujours été ainsi quoiqu'on dise. L'amour, l'intelligence, le talent, l'esprit même, tout cela non seulement peut se passer du monde, mais a toujours vécu hors de lui, loin de lui, sauf par accident. Ce qu'il lui faut, c'est un dévergondage élégant d'esprit et de mœurs n'excédant pas les limites de la tenue ; il n'aime pas le vice
parce que le vice est salissant ; mais sa morale, loule es surface, repose sur des principes pour rire, qui seraieDtde pures niaiseries, n'était la nécessité de maintenir un certain décorum dans toute assemblée nombreuse, où la licence dét;éuère forcément en grossièreté. .. h
On conviendra que si les deux sociétés sont exlérieuronteol semblables, il y a une formelle opposition entre la façon dont le monde est envisagé par Octave Feuillet el celle qui dislingue l'auteur de W*"* de Givré, du Roman d'un Falaliste, de Dans le Monde, de l' Aventure de M"^ de St-Alali, à'ilallali, d'un Bon Garçon-, de Moderne, etc. Autant le premier élail optimiste — sauf par exception — autant les vues du second sont d'un désatusé froidement misanihropique. M. Kabusson a reproduit les mœurs en queslioD avec finesse et avec vérité ; par conséquent, sans la pari de conventionnel qui nous choque chez son prédécesseur. Il n'a jamais été un instant ni ébloui ni même étonné par ce monde, qui pourtant lui plait parce qu'il lui sait gré de poser avec tant d'insouciance fringante el tant de bonne volonté devant son objectif. C'est, de plus, un écrivain de langue correcte, d'une tenue distinguée, en dépit des brutalités qu'il recueille au cours de ses investigations. Car la société composite qu'il s'est donné mission de Bxerest étrangement trouble : on n'en peut agiter la surface sans y faire monter la vase. L'originalité de M. Rabusson est de voir, sans illusions, ces groupes aux apparences parfois séduisantes, de les voir vides et nuls, de mettre en lumière leursensualité, leurs galanteries,leurvanilé, leur curiositémais toujours avec un glacial mépris, avec une sobriété
dédaigneuse des grands gestes, avec la sécheresse d'un observateur philosophe et fataliste qui sait Mre moraliste amer, mais non ému. Aussi trouve-t>oii chez lui, k un très haut degré, la haine du romanesque.
En terminant ces notes sur le n roman mondain * une remarque loyale doit être faite. La plupart des auteurs que nous venons d'interroger font regorger leurs fictions de personnages nobles ou titrés. Mais il ressort de tous leurs écrits qu'ils ne connaissent pas du tout la véritable aristocratie française dans sa vie ordinaire. Us n'en connaissent que l'écume, les irréguliers, o! qui s'est sali au contact des filles et des juifs ; quant à la bonne société religieu-se, intelligente, charitable, ils l'ignorent ou la négligent. Cependant que de noms, au moment où j'écris, se pressent dans ma mémoire, qu'il suffirait de citer pour évoquer immédiatement le mot du fabuliste: «Mil si les lions savaient peindre ! »
Le roman rustique.
Depuis les u bergeries » de G. Sand et tes Paysans de Balzac, le godt du roman champêtre a toujours été se développant en France, On prit d'abord intérêt aux croquis bretons d'Emile Souveslre et aux braves gens de la Creuse, mis en scène avec tant d'attrayante simplicité par Jules Sandeau. Mais il est certain que jamais le souci des milieux agrestes et régionaux n'a dominé plus qu'aujourd'hui.
Ï78 LES GENKES SPECIAUX
Que l'on songe aux ruslres de Léon Cladel et de Jean Richepin, aux méridionaux d'Alphonse Daudet, aux Alsaciens d'Erckniann-Chalrian, aux normands de Flaubert el de Guy de Haupassant... Chez, ces écrivains, pourlanl, le paysage est encore au second plan : laniOt l'homme occupe le premier, lanlOt l'inlrigue du récit monopolise raltenlion. Or, nous verrons tout k l'heure que, dans ces toutes dernières années, divers romanciers ont pu mériter spécialement le nom de rusfii/iws, sans qu'Us aient prétendu d'ailleurs se constituer en groupe. Ils aiment, eux, la nature pour ellemême et lui accordent une importance primordiale dans leurs oeuvres. Les personnages qu'ils conçoivent n'ont pas de raison d'Oiro, si ce n'est d'animer les coins de lerre formant le vrai sujet de tous les tableaux oft ils figurent. En même temps que la prédilection pour les peintures campagnardes se généralisait, on put constater une marche en avant de la vérité et de la probité descriplives ainsi qu'une méfiance plus grande à l'égard des types de convention. Négligeons les mannequins lugubres et disloqués de H. Zola. Après un coup d'œil donné aux outlaws de MM. Richepin et iJion Cladel, si nous comparons les paysans de MM. E. Pouviiiou, G. Beaume, J, de Glouvel et André Theuriet à ceux de G. Sand, nous verrons combien les premiers l'emportent en réalité et en justesse psycbo- Ic^ique !
Il y a plus d'une similitude entre M. Richepin el Léon Cladel. Le premier est surtout un naluralisle, dans le sens d'imtincfif, te second fui un visionnaire aux aspirations
DANS LE ROMAK CONTEHPORAIH 379
soeùlistes : mais tous deux sont demeurés romantiques (i), analysant l'extraordinaire, tout ce qui est exubérant, outrancier et révolté, tout ce qui, en un mot, tranche violemment sur l'existence régulière et acceptée.
Les œuvres de M. Richepin, la Glti, Madame André, Césarine, Miarka ta fille à l'ourse, te Cadet, l'Aimé, accusent des goûts et des aptitudes fort diverses. Elles permettent de reconnalti'e chez leur auteur cette personnalité double et antithétique qu'il s'est lui-même reconnue : on y surprend le touranîeri, le zingari aux instincts sauvages, aimant éperdument la nature et l'indépendance, le chantre des êtres déclassés et nomades, le curieux épris du clinquant, du fantastique, et même du tapage et du scandale, l'investigateur passionné des monstruosités et des anomalies morales ou sociales ; et puis, par une bizarre rencontre, on y découvre un normalien qui sait ses auteurs, un rhéteur dont l'esprit cultivé se perd en sophismes biillants et qui généralise avec frénésie ou s'amuse à des virtuosités déroutantes.
Cette duplicité se reproduit dans son style. Une richesse savoureuse mais excessive s'unit à une souplesse parfois changée en lourdeur. Des descriptions enflammées et minutieuses, avec des gurchai^s pédantes, un faible pour les mots recherchés, sonores et éclatants, une tendance aux lieux communs « à tirades ■, tout cela sert à la mise au
(1) Avec Barbey d'Aurevilly, avec MM. C. Hendès, Jean Rameau «t plusieurs auu-es, ils ont prolongé jusqu'à nous quelques-unes des traditions de l'école romantique.
360 LES GENRES SfËClAUX
Jour de sentiments exagérés. Chaque fois qu'appariit l'amour de la nature créée et des paysages ensoleillés, on est sous le charme. Par contre, combien souvent suivit te pessimisme voulu et factice, se répandant en brutalités, en gros mois, en trivialités grossières I Le poète « qui voit obscène >, au dire de H. J. Lemattre, se pose en cynique, et nous avons alors un produit contradictoire ofl le matérialiste étouffe le roraanlique. . .
L'idée sociale surtout — en dépit du goût littéraire — a tourmenté Léon Cladel et ceux, parmi ses comans, qu'elle a imprégnés, sont loin d'être les meilleurs. Je n'en veux d'autre preuve que Kerkadec, garde-barrière... Les titres seuls de ses livres dénoncent déjà l'homme qui cherche, par une poursuite acharnée du singulier, à éviter le banal : les Va-nu-pieds, N'a-qu'un-œil. MoHlaubantune le-iauras pus, la Fête volive de Saint- Barlholomée-porUglaive. Celui de la Croix-aux- bœufs, le Bouscossié, etc... En lisant ces intitulés nous comprenons pourquoi l'on lient parfois Léon Cladel pour l'ariisan des phrases les plus longues du roman français.
Sa prédilection pour les héros monstrueux et horrifianls est signilicative, comme te sont aussi les accumulations de sang el de mystères dont il uimail à encombrer ses productions. La réalité se déforme chez lui dans des proportions plus étonnantes encore que ne le sont les grossissements de V. Hugo et de M. Zola. Son style raboteux, pléthorique, embroussaillé et inextricable, bien que fortement charpenté et rutilant de coloris, accuse une fois de plus le romantique échevelé.
Riche d'imagination symbolisatrice, habile à préparer des scènes qui saisissent et épouvantent, Cladei ne s'eat guère soucié de morale plusque de correction. Son originalité farouche, sa franchise fougueuse et sa verve effrénée ignorèrent la simplicité. Tout ce qui est humain, dans le sens de proportionné, lui échappa : il fut l'opposé d'un analyste.
Nous réserverons, parmi nos contemporains, une place à part à M, André Theuriet, dont les premières œuvres ont fait le meilleur disciple de G. Sand et de J. Sandeau, ainsi qu'à M. Ferdinand Fabre. Ce dernier, en encadrant agresiemenl les mœurs ecclésiastiques, s'est taillé un domaine personnel.
AleurscOtés, quelques autres marquent et nous retiennent à plus d'un titre.
Signalons, avant tout, un mort bien sympathique : Jules de la Madelëne, auquel on doit un des premiers et des meilleurs romans de mœurs méridionales : Le Marquis des Saffras (185S). < L'auteur, dit M. Ed. Brré, fut un écrivain hors ligne ei un artiste accompli. M n'excelle pas seuleoient â faire marcher, agir et parler ses personnages, (le dialc^ue chez lui atteint souvent la perfection); il possède aussi au plus haut degré le sentiment des foules, de ces foules méridionales, mobiles, passionnées, enthousiastes, ardentes ù toutes les luîtes... Aux yeux dé la plupart des lecteurs, c'est l'auleur de A'uma Roumettan et de Tartarin de Tarascon qui a découvert le midi, qui lui a donné ses letb^s. de grande naturalisation dans la littérature au xix* siècle. L'honneur de celte découverte, si découverte il y a,
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appartient non à M. AJpboDse Daudet mais k Jules de la Hadelëne. Dans le potier Eepéril, le maire Tirard, le lieutenani Gagolis, le poète Perdigalet, dans vingt autres personnages encore du Marquis des Saffhu il y a une originalité franche et vraie, un naturel et une variété qui ae se rencoutrent point au même degré dans Tarlarin, Nama, Borapard, etc. Les héros de M. Alphonse Daudet sont des caricatures faites de chic : ceux de Jules de la Madelène sont des portraits de maître. *
Ajoutons ici le jugemeiil porté par Barbey d'Aurevilly sur Espérîl, le pei-sonnage principal du Marquis des Saffras : a Dans la littérature contemporaine ilous ne connaissons rieu de plus habilement et de plus finement tracé que ce caractère d'Kspérit, ce génie de village venu en pleine terre et qui n'est pas seulement le génie de l'industrie moins étonnant et tout de suite compris parmi ces populations actives et âpiemenl utilitaires, mais le génie, le snbtil et contemplatif génie de l'art, cette divine paresse, que, de tous les genres de génie qu'il a donnés aux hommes. Dieu a fait certainement le plus beau. *
J'ai eu l'occasion, plus haut, de nommer le roman champêtre, si gai et si verveux de M, Ch. d'Héricault : la Comédie des champs. Ce livre, en tant qu'évocateur des mœurs rustiques, est loin d'être isolé dans l'œuvre de l'écrivain qu'on a souvent appelé « l'auteur de la FilUatix bluels. » Vrai petit chef-d'œuvre de sentiment et d'observation, cette dernière nouvelle appartient à la manière de J.Sandeau par les peintures paysagistes, éthérées et vivantes, qui l'animent. Hais la conception du personnage principal.
de cette énigmalique et fascinatrice Pascaline, esl bien propre à M. d'Héricault. C'esi une des héroïnes les plus originales que le roman champêtre nous ait présentées. Chaste et passionnée à la fois, c'est une fille de la nature, et, par qaelques cAlés, une sorte de Iransposilion campagnarde d'Atala,qui laisse dans h mémoire un souvenir inoubliable. Outre la Fille aux bluels M. d'Héricault a publié, dans le même ordre littéraire, le Paysan de l'ancien régime, les Aventures d'amour d'un diplomate (données une première fois sous le titre des Paysans d'Azetonde), une Reine sauvage, le Roman d'un Propriétaire et enfin, comme nous le disions la Comédie des champs et une Veuve millionnaire: citons à part Rose de Noël qui nous expose si vivement et si pitinresquemeni la destinée des « paysans h la ville ». Ce sont principalement les mœui^ et les coins de terre du Boulonnais que le romancier s'est plu à nous décrire. L'absence absolue d'artifices composites ou de parti pris, rend ces tableaux vrais et justes. Nous pénétrons l'ime des héros rustiques qui nous sont proposés et nous sentons passer sur nos fronts l'air vivifiant qui souffle aux cMes du Pasrde- Calais.
Aprte M. d'Héricault, dont la Fille aux Muets est antérieure à 186S, il convient de grouper nos t rustiques > les plus récents :
Voici encore un romantique, M. Jean Rameau, qui, dans Moune, nous fait connaître les âpres solitudes landaises. Voici M. Le GofBc dont le Crucifié de Kéraliès nous attire dans les terres bretonnes, tandis que M. Maël vent nous retenir sur les rives avec ses Pilleurs d'Épaves et main» autre ouvrage intéressant.
38i LES GENRES SPËCIAUX
M. Jean Aicard, à l'instar de M. Alphonse Daudet, célèbre la Provence dans Roi de Camargue. Haïs ce n'est pas la Provence insouciante et rieuse qui l'a séduit : c'est la terre ardente, surchauffée par un soleil tombant d'aplomb, c'est la Provence folle et iièvreuse où, parrois, les coups de tête prennent des allures épiques... De son c&té, le conteur exquis et personnel qu'est M. Pau) Arène nous en narre les légendes merveilleuses dans la Chèpre d'or. Il est, lui aussi, un adorateur du Feu, des paysages baignés de lumière incandescente, des belles heures où la gloire de midi incendie les blés. Son style, par une analogie bien ailrayanle, s'afSrme clair et chaud dans son él^auce et dans sa précision. La familiarité gracieuse, l'absence de recherche, la maîtrise de cet art nerveux rappelaient naguère à M. Anatole France les souvenirs de la poésie grecque et de la beauté antique. Oui, vraiment, c'est bien le triomphe du Midi rayonnant et dominateur que nous saluons dans ces livres où M. Arène sait si agréablement introduire des natures idylliques et enthousiastes, des âmes naïves, frustes même et un peu inconscientes comme celle de sa Oomnine.
En société avec lui, M. Georges Beaume commande la grande levée d'armes contre le Nord : les coulées de soleil crépitant qui nous aveuglent dans Aux Jardins, dans le Pays des Cigales et dans les /Irnowi-eua;, voudraient dissiper les vapeurs dont Ibsen, Slrindbei^, Hauptmann et Bjôrnsierne Bjôrnson ont, un peu excessivement après looi, embrumé les cerveaux de France, Amoureux est un livre d'amour brûlant et chasie, où la terre provençale revit toute
DAMS LE RONAN CONTEUPORAIN 38B
entière. C'est un roman rustique, sans grossjërelés ni abus de détails triviaux. M. Beaumc voit ses paysans sous un jour vrai. Les événements qui les meileni en lumière ne sont jamais poussés au tragique. Quand les rêveries tristes de M. Zola bâtissaient un monde champêtre où régnait en maître le dieu Priape, tin monde de malheureux détraqués, uniquement obsédés par l'œuvre de chair, qu'il était loin de compte, le romancier naturaliste ! La cupidité et non la luxure, voilà le vice capital du campagnard. M. Beaume l'a compris. Il a surpris, aux cAtés des idéalistes et des doux, les rustiques avides, âpres au gain, hynopiisés par l'argent.
Un goûte chez lui l'agrément d'un style naturel, vibrant de tendresse et de feu, on savoure des descriptions chaudes et colorées de paysages bien vus, palpitants de vie et de mouvement, des scènes de passion pure et cependant frémissante, où revient comme le souffle lointain et grave des amours bibliques...
Mais les autres provinces de France ne sont pas sacrifiées à celles des Félibres(l). Grâce à M. Pouvillon, nous interrt^ons curieusement le Rouergue, le Quercy, l'Aveyron. L'auteur de la délicieuse Bernadette de Lourdes, de l'Innocent, de Jean de Jeanne, de Cézette aime et sent avec profondeur la nature, il en embrasse les aspects chan-
(l)La Provence a eu, dans son dialecte, ses clian très nationaux, ^ la fois poètes, conteurs et romanciers. Les étudier ne rentre pas dans le cadre de ce livre ; qu'il nous suffise de rappeler les noms illustres de Roumanllle, de Uisiral, d'Aubanel, de F. Gras, etc.
géants et enchaaieurs... Il nous ea décrii, avec simplicité et poésie, les aubes frissonnantes, les crépuscules mélancoliques et les nuits sereines. Il perçoit les brnits myslérieui de la forél et comprend les chansons susurrantes des insectes ailés. Ses personnages, par malheur, sont parifHS de convention, vus à travers l'optimisme de l'auteur, encore qu'il ail finement rendu fa demi-inconscience, la ■ matoiserie >, la concentration muette, la vie pour ainsi dire v^étative des paysans. M. Pouvîllon a surtoat décrit avec bonheur certain sentiment de naïveté dans l'amour, qui est intéressant. Ce n*esi point l'ignorance absolue, mais ■ le réveil indécis et troublant d'une 3me qui a appris à rôver la vie dans la soliliide ■ (1).
Les principaux romans agrestes dont nous sommes redevables au peintre du Haine, M. Jules de Glouvet, sont le Forestier, le Père, le Berger. Nous n'avons à louer ici ni la poésie, ni cette délicatesse des nuances que nous venons de reconnaître chez M. Pouvillon, mais la conscience et le respect de la vériié observée. C'est à tel point q«e beaucoup de ses descriptions ont comme des allures d'inventaires, qui reproduisent les objets plus matériellement qu'ils n'en procurent l'impression générale. Il y a, d'autre part, chez cet auteur, une abondance de renseignements techniques qui trahit trop peut-être l'érudit. Mais l'acuité du regard, la sève dramatique relèvent singulièrement c réalisme. Avant tout sincères et minutieux, ces romans sont nets et soucieux de moralité. Ils dénotent, à côté de
(1) Marcel Fouquieb : Profils et portraits.
cerlaiii parti pris dans les figures, une psychologie profonde^" de l'âme paysanne.
■■ J'ai nommé plus haut l'Ennemi de M. G. Guiches. C'est fln bon roman rustique, à côté duquel nous pourrions encore ranger, grâce à la Iraduclion de M. Alph. Daudet, la Vie (Teiifant de H. Baptisto Bonnet, si simple, si noblement franche et émouvante, quelques livres de M. Charles Canivet, qui nous initient agréablement aux aspects normands, le Jean Pec de M. de Bordeu, ta Terre 4e Lourdes de M. Boyer d'Agen (1) etc... Il convient de leur adjoindre les éludes de M. Jean Ajalbert, l'auteur distingué des Sensations et souvenirs, d'En Auvergne, du Cœurgri/s... Parfois il nous promène dans les banlieues ternes, lépreuses, indéfinissablement tristes ; son exactitude est alors cruelle. Quand, d'autre part, il nous raconte son pays, H. Ajalbert nous ravit, comme un artiste intime et vibrant dont le souple talent et l'émotion probe excellent dans les demi-teintes. ■ Sans même avoir lu un vers de M. André Theuriet, chacun saluerait eu lui un poète d'une rare délicatesse, auquel ne manquent ni la force ni le souffle. Ayant horreur des brutalités réalistes, tenant de sa Muse un penchant à la rêverie, des enthousiasmes, des répugnances,
(I) H. Ctiarle-s LE Goffic, dans son relevé si complet des Romanciers d'aujourd'hui, cite encore : le Roman d'un maître ^école. de M. Antony Rlondel, le Village, de H. Léon Des- (miips. tes Barthozouls, de M, J. Cabaguël, les Croquis 'champêtres de M. George Renard, et mainte autre contribution an roman rustique.
i) est toujours d'une mélancolie apaisée mais inteose ; il sait nuancer les senliments tendres el un peu effacés en leur donnant une douceur enveloppante et enchanteresse.
Nous nous contenterons d'invoquer k l'appui de cette constatation quelques-unes de ses œuvres : Madame Heurteloup, Sauvageonne. Tante Aurélie, la Waison des deux Barbeaux, le Fila Maugars, Eusébe Lombard, le Mariage de Gérard, te Journal de Tristan. Deux Smurs. Chacaa de ces romans nous conte, d'habitude, quelqu'idylle gricieuse, aimable, narrée avec une verve aleple. M. Theuriet a soin de la faire ressortir sur un fond de paysage où la terre lorraine est rendue avec une vérité passionnée.
( Son œuvre entière, dit J. Lemallre, m'apparall comme un vaste morceau de campagne, avec des rivières entre des pentes boisées, des forêts de sapins, des vergers, des fermes, des villages et des raelles montantes de quelque vieille petite ville. Et je me dis qu'il y fait bon... ■
La justesse du décor n'est pas moins notable ici que la poésie même. Cet idéaliste est un vrai naturaliste, par cela seul qu'il est amoureux de la nature. Il sait encadrer sa fable dans un milieu réel, observé de près. Nul ne fiie les multiples aspects de la création comme M. Theuriet quand, par exemple, il rappelle sessouvenirsd'enfancedans les grands bois des Ardennes ou dans les sites de Lorraine. Nul ne donne une aussi intime impression de la vie champêtre, de l'existence provinciale, familiale, ou de cette exislencemi-campagnardeetmi-citadinequi, dans les petites villes, s'écoule monotone, routinière, douce et matérielle, en même temps qu'empreinte de je ne sais quelle humble
noblesse. La Maison des deux Barbeaux est, dans cette noie, une des choses les plus atiachauies que je connaisse. D'abord peintre exclusif des passions modérées et chasies, des senlimenls calmes et rêveurs, H. Theuriel a, dans ses dernières œuvres, fâcheusement modifié sa manière : les 5èvres et les ardeurs brûlantes sont peu « dans les cordes » de ce méditatif. S'il fallait en venir à la notation de ses principaux défauts nous ajouterions : trop de convention, trop de minuties et des scrupules un peu puérils d'agronome, de sylviculteur ou de botaniste. L'uniformité accusée surtout dans ses derniers livres, ne l'empêche pas, du reste, de découvrir et d'esquisser en deux lignes ces adorables coins de campagne cachés aux iudifTérents et où seuls les fervents de la douce Cybèle ont le don de pénétrer.
t Romancier ecclésiastique », dit-on de l'auteur de Pabbé Tigrane, de Barnabe, de V Abbé Roitelet, de Lucifer, des Courbezoïi, de Julien Savignae, de Sylviane, de Ma Vocation, de Xavière, pour ne prendre que les plus connus des romans de M. F, Fabre. Celui-ci s'est adonné à un genre délicat et, entre tous, difRcile à traiter. 11 n'y a guère que le colossal Baixac (U Curé de Campagne) qui ait pressenti ce que pouvait produire cette psychologie. Jusqu'à présent peu d'écrivains ont osé suivre dans cette voie M. F. Fabre, car on ne doit pas faire à des livres comme VApôtre de M. de Gastyne, l'honneur de les discuter.
M. Fabre, il ne faut point le dissimuler, n'a guère réussi à satisfaire complètement ses modèles ni même les critiques chrétiens.
aO LES GENRES SPÉCIAUX
Ceux-ci lui reprochent certains préires un peu iDtriganis et d'autres trop natfe. Cependaiit, s'il fut maladroit, il est assez apparent que le romancier veuL être sympathique au clei^é. G'esl un montagnard des Cévennes qui nou^ burine son abrupte contrée avec une puissance rude, touffue, robuste et gaine, qui fait flotler dans ses œuvres l'odeur de son terroir et en égaie la grandeur monotone par des scènes villageoises 1res riantes. II a l'imagination vigoureuse, il donne à ses « curés » et à ses paysans primitifs un haut relief : sous certaines faces cela les rapproche des héros de Balzac. Il faut surtout savoir gré à ce libre-penseup de s'être tenu éloigné, avec soin, de deux types traditionnels : le prêtre hypocrite, uupide, débauché même, que de bas écrivains, mettant leurs passions aa dessus de la probité de leur art, ont essayé de rendre classique, et le prêtre que nous qualiSerons suffisamineni en l'appelant ■ le prêtre Abbé Constantin n.
Après cela, qu'il y ait de l'arbitraire dans ces peinturesde mœurs, si savamment étudiées en apparence, qu'il y en ail aussi dans ce langage ecclésiastique trop uniforme et artificieusement composé d'onction bénisseuse et de manie citatoire, nous en demeurons d'accord. C'est déjà beaucoup, toutefois, que d'avoir su placer des êlres vraiserablahles dans un milieu bien approprié ei bien décrit, car il r^^ dans tous ces livres une réelle atmosphère de cure et d'évèché. C'est quelque chose également, que d'avoir bâti, avec patience et souci d'art, une œuvre forte et sCTeine très éloignée du pessimisme.
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DANS l.E UOMAN CONTEMPORAIN
Le raman de mœnrs militaires.
Il est loin le temps où Vigny écrivail Setvitude et grandeur mililaires... Elle est loin aussi, l'époque où Paul de Holënes, donl le talent eut une grande similitude avec celui du poêle des Destinées, publiai! les Visions de la tente el les Histoires sentimentales et militaires.. .
Cesl au lendemain de la Révolution de 1848 que le second se fît connaître, après les journées de Juin, quand la sublimité du dévotiement guerrier apparaissait dans toute sa noblesse : aussi cette grandeur hanle-t-clle surtout la pensée de Paul de Molènes, qui ne songe que fort peu aux servitudes donl Vigny fut blessé. Ame fragile et tourmentée, travaillant pour des Smes sœurs, Molènes, en raèlant au cliquetis martial des sentimentalités d'amour et même beaucoup de romanesque, manqua parfois de simplicité. Depuis ces années déjà si oubliées, et pendant assez longtemps, ce genre de roman n'est plus apparu qu'isolément ; les mœurs et la vie du soldat formant des épisodes ou le fond légèrement effacé du tableau. Mais voici qu'à notre heure la sève se remet à monter, l'éclosion se fait abondante, et, disons-le un peu bruyante. Ne nous attardons pas à des œuvres comme le Roman d'un Spahi, de Pierre Ixiti dont le but n'est pas proprement d'intéresser à la condition du soldat, Négligeons aussi l'interminable série des
su LES GENRES SPECIAUX
nouvelles dont l'existence du troupier constilue le sujet, mais qui s'allacheot uniquement à ses petils côtés grolesqiie£,aiii drôleries et aux inconséquences de la discipline, aux infimes misères du régiment, aux excentricités et aux cocasseries des a culottes de peau ». Farces où l'élément militaire esi plutôt un prétexte qu'un objet d'étude. Les unes — qui restent rares — sont spirituelles et d'une gaîté bonne enfant; elles gardent de la tenue et de la décence, une certaine préoccupation d'innocente et fine ironie. Les autres, avant tout réalistes et naturalistes dans le sens de grossier, sont le plus souvent grivoises et même obscènes. Dans la première catégorie nous rangerions, comme types, le 101" régiment de Jules Noriac, le Carnet d'un réserviste. le Soldai Chapuzol, Chapuiot est de la classe, la Cantine Chapuiot de M. Jean Drault. Dans la seconde, les facéties de M. Leroy, la longue kyrielle des Ramolloi et des Guibdiard. Madame Fleurcadel, le Capitaine Lorgnegrvt el aussi les Amours de Bidoehe, Au Régiment, Sous le Oolman, touiû une production éphémère due à des auteurs divers qui, en général, ont peu d'accointances avec l'armée (1). Plus nourris d'observation, plus imprégnés de lespril de corps, plus soucieux d'en rendre le caractère, mais y réussissant avec un bonheur Inégal, s'offreot à nous : Pmtf de M. Hennîque, Papa la Vertu, les Souvenirs d'un Officier et les Souvenirs d'un Saint-Cpien de
(I) Mentionnons ici que H. G. Courteline, dont nous retonoaiirons pins loin les qualités d'auteur gai, a écrit des fantaisies miliiaires à la fois philosophiques, amères et désopilantes : Jf Si' Chasseurs, etc.
M. René Maizeroy — lauieur, en oulre, de romans ulira voluptueux et nerveux comme T Adorée, — le Sergent Renaud, la Gamelle de M. Jean Reibrach, la Légende de l'Aigle de H. G. d'Esparbës — qui, en des visions parfois grandioses, ressuscite lés vieilles gloires du premier empire, — Pompon de M. Toudouze et Discipline de M. de Laanay, deux livres francs, le Canon de H. J. Perrln, Au Port d'Armes de Féria, Fusil chargé d'E, Mouton, les récils de M"* Claire de Chandeneux, de M. de Gondrecourt et de quelques autres (1), La Guerre de Forteresie, la Guerre en Ballon, la Guerre à grande dislance du capitaine Danrit réclament pour leur genre scienlifîcomiliiaire une place à part.
Quelques romans enfin, par leur valeur documenlaîre ou par le bruit qui a signalé leur apparition, e\igf nt que nous nous y arrêtions davantage. Tels sonlLetiommé Perreux de M.Paul Bonnetain — un analystetrësosé des ardeurs lesplus sensuelles — Pingot et moi de M. Art Roë, le Cavalier Miserey de M. Abel Hermani, Sous-offs de M. Lucien Descaves et enfin la Débâcle de M. Zola, Le nommé Perreux retrace, sous des couleurs noires et désolées, la vie du soldat au jour le jour; ses plus noirs aspects y tiennent en quelques pages : la caserne, la cantine, l'embarquement, la guerre lointaine, la flËvre, l'hôpital el la mo"l. Sincère sans doute, le récit n'en est pas moins brutal. Le cynisme y côtoie la simplicilé. II présente des vues déchirantes et, dans
(Il L'Académie française a uouronné un heau livre de M. Vallery-Radol: Le Journal d'un Volontaire d'un an.
39f I.KS Ufc^NRËS SPÉCIAUX
l'ensemble, des descriptions exirAmement fidèles. Rien de plus vrai, de plus amer, de plus iroinquemenl liumain que les dernières lignes de ce roman.
U Cavalier Mieerey de M. Hermant se propose de nous exposer, au moyen d'une individUalilé soumise à l'analyse, le milieu militaire lout entier. La psychologie de Hiserey est superficielle évidemment ; il faut convenir pourtant qu'il y a ici une très minutieuse enquèle.
Le but littéraire de M. Hermant a élé celui-ci :
« J'essaie, le premier, d'appliquer une vision artiste et les procédés du roman d'analyse a l'élude sur nature du soldat... Il Son but moral fut de « placer l'armée trÈs haut » et de parler du régiment « avec cette espèce de religion passionnée qu'il inspire à tous ceux qui ont eu l'honneur de porter l'uniforme n. M. Hermant n'a pas réussi dans cette tentative. Il n'a montré que les petits revers d'une grande institution, il n'a vu dans l'armée que les faces tristes et humbles de la vic'de garnison. Il est cru, méticuleux, i uniforme et fastidieux, lout en voulant décrire, par journées, | sans ordre ni unité, les mille détails précis et techniquesde | l'existence soldatesque. Cependant il a su, aux lignes mal- | tresses, donner du relief et ses tableaux d'ensemble sont j d'une justesse impressionnante. Les couleurs criardes qu'il j accumule concourent à produire un effet réel cl voulu. Quant a Miscrey, il est perdu cl passe inaperçu dans la foule de ses camarades.
On ne pourrait imaginer une étude plus étrangère àU poésie militaire que celle-ci. Mais on en peut rencontrer de plus systématiquement hostile à cet idéal : Sous-offi de
H. L. Descaves en est la preuve. Sotts-olfs est un roman archi-oaturalisle et navrant. « Chez le soldat, dît M. Descaves, les senlimenls habitent les parlies basses. » Parlant de là, cet écrivain, sans beaucoup d'art et en un style rocailleux, enlasse les ignominies sur les grossièretés, les bassesses sur les blasphèmes, les horreurs sans nom sur celles qui en ont trop... C'est ici un des livres les plus déshonorants pour l'esthélique naturaliste. D'un pessimisme amer et comme « enragé », M. Descaves ne connaît ni pitié, ni sjmpathie, ni indulgence pour les malheureux qu'il passe en revue. On pourrait m'objecter que quelques-uns de ces types dégradés sont vrais.Soii, mais quoi de plus faux et de plus irritant que de prétendre les généraliser, et de réunir un ensemble de brutes et de gredins pour personnifier un corps social dans lequel, comme partout ailleurs, les brutes et les gredins restent des exceplions?D'atlleurs,le romancier nous dénonce ces vices et ces turpitudes, non pas comme les conséquences d'une vie oisive et difficile, mais comme attachés essentiellement à la profession militaire et notamment à la qualité de < sous-officier ». C'est cet ouvrage, platAt que le Cavalier Mtserey, dont le colonel du 12* cuirassiers eût dû condamner à être brûlé sur le fumier chaque exemplaire saisi entre les mains de ses hommes !
Quelle impression laisse la Débâcle de M. Zola ?
Si l'on évoque un écrivain de génie, j'entends doué du génie de la peilsée, si l'on évoque un patriote au cœur élevé, si l'on songe à l'épopée douloureuse et ardente que fut devenue sous sa plume cette campagne de 1870-71, alors surtout apparaîtra vide et étouffant le matérialisme
de H. Zola. L'écrivain triomphe en décrivant le déchaînement des foules et des témpéramenrs : c'est ainsi qne se dresse, superbe, en son œuvre, la colère héroïque et folle de Baieilles sentant venir son dernier jour, c*est ainsi que se pressent, horrifiantes, les fresques du Camp de la mitère : parce que, là, le romancier a pu nous traduire l'inslinct de la conservation qui s'est alors soulevé, affolé et rugissant. Hais quelles misérables et imparfaites peintures de l'âme de la France! Quelles injustes et incomplètes lilhouclles des officiers supérieurs, quelles éludes piles et rapetissées des simples soldais ! Rochas, le seul qu'il nimbe d'héroïsme, est une sorte d'imbécile hypnotisé par des légendes poncives. Le colonel de Veriieuil est une ombre sans précision. Et les autres ! Êtres vulpires et absolument dénués de sentiments patriotiques, repus et poltrons ou brutes féroces dont les pires instincts font rage et s'exaspèrent à mesure que l'heure devient plus grave.
Les passions politiques et patriotiques, qui précipitèrent le pouls de la France à celle inoubliable minute, n'ont ici qu'un frêle el incolore reflet, mais le cadre enserre bien l'actioD, mais les tortures matérielles des troupes et des populations envahies sont ressusciiées de main de maître et, parmi ces amoncellements de détails stratégiques, de journées fiévreuses et sanglantes, de déboires de toute sorte, parfois surgissent ces grandioses images, ces évocations d'un fantastique saisissant, ces contrastes imprévus et tragiques qui, semés dans les œuvres de M. Zola, lui ont valu le nom de « poète épique de l'animalité humaine... >
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L DAMS LE ROHAH CONTEMPORAIN 307
Si l'auieur de la Debâclf est ud composé curieux de matérialiste et de romantique, c'est un idéalisie que M. Art Roë dont le nom nous rappelle un roman bû marqua : Pingot et moi, journal d'un Officier d'armllerie (1). M. Roë détourne ses regards des bassesses du métier guerrier. Il n'en voit que les beaux aspects, il considère seulement ce qu'il contient de grand ei d'élevé, et son espoir, en écrivant, est de faire partager son enthou- Ipjp^ie par tous ses lecteurs. Il estime l'esprit militaire capable, par les nobles vertus qu'il développe, de remplacer tout autre dogme et tout autre code de morale, y compris ceux du christianisme. Il affecte, d'autre part, le i mépris de la littérature ; son roman, d'une forme assez jtnnuyeuse, vaut certainement plus par ses tendances patrio-' tiques que par son style et par ses qualités esthétiques. Attaché comme Vigny à la grandeur militaire, le romancier n'a poiat le pessimisme du grand poêle, et sa psychologie, trop optimiste, est, par lâ-mème, incomplète. Elle va jusqu'à nous paraître pédante en plus d'une rencontre et, de plus, elle est exposée dans une langue quelque peu diffuse, phraseuse et encombrée.
En conclusion, le roman mililaire semble, jusqu'à ce jour, condamné à ne se mouvoir que dans les extrêmes : belles illusions chez M. Roë, vues courtes, basses cl ravalantes chez M. L. Descaves.
(i) bepMis Pinffot eC moi m. Rot a pxiblié un recueil de nou- Telles militaires intitulé : Sous l'Étendard.
§IV
Ite roman exotique et le roroaa de voyage.
L'exotisme et le f;oât des voyages, si curieusement généralisés au cours des années que nous traversons, ont leur importance dans l'évolution du roman ; le premier y a apporté une note sur laquelle nous avons tâché d'attirer rallenlion précédemment. Sans rappeler ici ce que nous avons dit des deux grands maîtres de l'exotisme littéraire au xix' siècle. Chateaubriand et P. Fx)ti, il serait fntéressant de rechercher, dans les principaux romans français de notre âge, depuis la Chartreuse de Parme et Colomba jusqu'à Cosmopolis, l'attraction exercée sur l'imagination des conteurs par « l'atmosphère étrangère >. TantAl l'écrivain se borne à transporter l'action de son récit en quelque contrée dont il veut exploiter les mœurs bizarres et peu connues ou nous initier aux états d'âmes des habitants et à leurs façons de sentir : tanlOt la fiction elle-même se perd, pour ainsi dire, disparaît dans la description du pays où elle se déroule. Celle-ci est alors le premier objet de l'œuvre : c'est moins un roman exotique qu'un roman de voyage.
A cette dernière nuance appartiennent les récits qu'écrivait, il y a quelque liante ans, Gustave Aimard : les Trappeurs de l'Arkansas, le Grand Clief des Aucas, tes Aventuriers, les Nuits mexicaines, etc. Ayant vécu pendant
dix ans — aRirmait-il — au milieu des peuplades sauvages, ayant ensuite parcouru l'Espagne, la Turquie et le Caucase, G. Aimard paraissait avoir acquis une connaissance parfaite des pays qu'il dévoilait et de leurs mœurs (1). Hais nous ne pouvons songer a passer en revue ici le grand nombre de conteurs qui, tel l'aimable Méry, empruntèrent à l'école romantique sa soif d'exotisme. Disons seulement qu'aujourd'hui l'on doit tenir pour leurs héritiers M. Lucien Biart (PEau dormante et autres romans mexicains très vécus), M. ^RXzoa (Tête folie etc.), M. Victor Tissot, le pamphlétaire de l'Allemagne amoureuse, de la Comtesse de Montretoiil, de la Russie Houge, des Fugitifs en Sibérie, M, Louis Jacollioiif/^s Nuages de feu, l'Homme des Déserts, Voyage aux Pays mysléiieux), M. Louis Noir (la Vénus cuivrée, etc.), M. Boussenard (les Mystères de la Guyane), M"« Ixiuis Figuier, etc.
A côté du roman de voyage proprement dit, le roman exotique s'attache h « Vimr. élrangdre », en même temps et plus qu'au décor. C'est ainsi qu'a l'heure présente, M. G, Rodenbach, dans Itniges la Morte ou dans la Vocation, fait apprfeieraux Français l'exislence recueillie d'vinevieille cité flamande et que le général Tcheng-ki-long a rencontré un succès momentané en nous initiant aux mœurs du Célesle- Erapiref/c Homan de l'Homme jaune). Les Histoires cosmopolites de M. Edouard Rod, les Ames Slaves de M"' Tola Dorian, la Réeka (mœurs des juifs galiciens) de M"" Dôrotliéa
(t) Se reporter â ce que nous avons t)il de Gustave Aimard et de Gabriel Ferry, en |)arlant du roman-feuilleton.
400 LES GËNBES SPECIAUX
Gérard, les romaas roumains de CarmenSylva, la Ifelly Mac Edwards du B*" de Woelmont, P Américaine de J. Claretie, Pour un Faux de M. Wodzinski, les Contes Juifn de Sacher Husocb, la Dame de tennui de M. Ernest Tissot, les Ames blanches (raœurs suisses) de H.Williain Ritter, les Fleurs de Jade de M"' Paschkoff, les romans de M, Slanislas Rzewuski, de H*"* Poradowska, les Cœurs russes de M. de Vogue, les Amours anglais de M. A. Filon, les Contes roumains de MH. Bachelin et Brun elc, ne font qu'accentuer le mouvement.
Une mention toute spéciale est due au curieux-roman de li.Hiiter,^gi/ptiaque dont l'aclion • galope » à travers loule l'Europe etdans le monde très spécial qui ne se meut qu'aux accords de la musique Wagnérienne.
Deux écrivains belges ont chanté la grande métropole commerciale, Anvers ; l'un, M. Georges Eekhoud, dans sa puissante Nouvelle Carlhage ; l'autre, M. Louis Van Keymeulen, couleur délicat au charme émotionnel, mais non exempt d'ironie, en a décril dans la Maison Smits, les aspects intimes et familiaux.
Cette œuvre n'est point, d'ailleurs, la plus remarquable de M. Van Keymeulen : il faut citer encore la Fortune d'Otto Greiffer, Ardy Marks le Dompteur, le Mariage du Baron, études spirituelles, simples et savoureuses qui ont répandu a l'étranger le nom de leur auteur.
Certains de nos romanciers, sans avoir l'esprit aussi pénétré d'exotisme que M. Pierre Loti, se sont cependant bien assimilé les s états d'âmes » des contrées qu'ils ont étudiées et décrites dans leurs œuvres. Ils sont arrivés ainsi
à en donner une impression si parfaite qu'on la conibndrait avec celle mÈme qu'un auteur nalional pourrait communiquer. Tel fui le don de Xavier Harmier. Se rappelie-t-on encore la vogue qu'eurent les Fiancés au Spitzberg ? Plus que ta multitude de ses autres récits, ce roman, aujourd'hui vieilli, séduisait par une belle franchise d'allures, par une bonne humeur communicative, et aussi par les agrétBODts d'un style sobre et gracieux. Le charme même des avemures romanesques pâlit,, chez Xavier Harmier, devant l'attrait du cadre où il les fait entrer, cadre établi avec une vérité illusionnanie.
Tandis qu'elle habilail la Russie, M"* Henri Gréville publiait ses nouvelles d'une note si caractéristique, témoignant d'une observation aussi intelligente que réfléchie. L'Expiation deSayelli, étude des coutumes et des superstitions, des âmes et des passions des moujiks la fit connaître en France. Elle poursuivit — avant de tomber par la faute d'une fécondité intarissable dans le genre trop hâtif et trop superficiel qu'elle cultive aujourd'hui — une carrière heureuse : Les Kotimiassine', Dosia, la Princesse Ogfierof, le Vœu de Nadia offraient des qualités réelles d'élégance et de sensibilité. Le style en était fluide, l'allure rapide et gaie, les caractères variées et bien conçus, la lecture attrayante. De plus, le cadre avait un parfum u russe » tout nouveau à cette époque.
Nous ne pouvons abandonner cette sorte de roman sans nommer, à cOté de M. Jean Dargène dont fArc en ciel nous transporte au néo-Japon, à cOlé des délicates Tablelles i'argile (reconstitutions égyptiennes) de M. J. Fréhel, les
:s de M» Judilh Gautier. La Glle du poôle des Émaux et Camée» fut élevée dans le culte de la beauté esoliquc. Depuis son premier ouvrage, le Livre de Jade, son succès esl allé grandissant.- te Dragon impérial, [Usurpateur (devenu la Saur du soleil], Iskender, la Conquête du Paradis l'ont naître à nos yeux éblouis un Exlréme-Orienl de rêve et de féerie qui nous entraîna à louer cheï l'auteur plus encore le poète qui «s'imagine» Glquicrée,querérDdit ou le vojageur qui transcrit ses noies ; car M"* Gautier n'a vu aucun des pays qu'elle célcbre. Son style riche, tamûi nous attire dans le monde légendaire des fastes héroïquesdu Japon, lanlOt nous jelle parmi les événements tragiques ou bizarres de l'histoire de la Chine. Iskender va jusqu'à
ressusciter le Roi des Rois, Alexandre-le-Grand
Madame Gautier voit l'histoire el l'univers à travers ses rêves, mais ses rêves ont du prestige (1).
(I) A propos du rornan exotique il esl peul-élre utile de se
rappeler que de tonnes traductions ont popularisé en France les
romans étrangers. Sans parler des récits du capitaine Ha y ne Rcid,
devenus classiques pour l'enfance, MM. Michel Deliues et Hai-
périnc Kaminsky ont fait pour la Russie ce que divers firent cl
font encor-e tous les Jours pour les autres contrées. Ce sérail
rnurnir la matiire d'un volume sp^^cial que d'appuyer plus que
lus ne l'avons fait jusqu'Ici sui l'importance qu'a prisi
ance, dernièrement surtout, la litlérature étrangère. (Ju'il nous
nise de mentionner, parmi les romanciers qui, tour à tour,
it vu leurs œuvres adoptées par nous, les Anglais et Amé-
DMizc^d^Googlc
DANS LE ROMAN CONTEHPORArN 405
Le roman acienti&que.
L'auteur des Voyages extraordinaires, M. Jules Verne, eut pu, tout naturellement, prendre rang parmi les romanciers de voyages. Nous préférons cependant le constituer « pionnier » du roman scientifique. Il y a, eu effet, moius d'exolisme que de vulgarisation dans Vingt mille lieues sous Us mers, dans les Enfants du Capitaine Grant, dans t'Itemystérieuse.dans Cinq semaines en ballon, dinsMichet Strogoff, dans Us Aventures de trois Russes et de trois Anglais, dans/e Tour du monde en Sdjaurs, dans Kérabanie-Tllu, etc, o(( se pressent les innombrables trouvailles de notre siècle en matière d'électricité, d'astionomie, de méca-
ricains Walter ScoU, Dickens, Ed. Poë, BcaconsHcld (Disraeli), Miss Braddon, Miss Cummins, Tackeray, G. Eliot, Bulwer Lylton, Oaida, Rudyard, Kipling, Cooper, Stevenson, H. James, M. Craw- Tord, Bistiop, Uarc Twain, Bret-Harte, Beecher Stowe ; l'Irlandais Lover-, lesAUemandsAuerbach, Hoffmann, P. Heyse, Hacklaender, H. Heine, Werner, SmJerraann, M>°* Harlitt etc. ; les Italiens Hanzoni, E. de Amicis, Foggazzaro, G. d'Annunzio ; les Espagnols Caballero, de Alaron, Luis Coloma ; le Hollandais Cremer, les flamanijs Conscience, Snieders, Ecrevisse ; le Hongrois Jokai et le tchèque Néruda; les Danois Anderî^en, Gabsen Bang, et Knut Hamsun ; les Suédois Strindberg et H^' Carien ; le Norvégien BjOrnsterne Bjûmson ; les Russes Pouchkine, Gugol, Pisemski, Toni^uéneff. ToUtoI, Dosloievsky ; les Polonais Kraszetvski, Lobomirskl, Sienkiecwicz, OrzesKko ; le Suisse Zschokké, etc...
404 LBS GENRES SPÉCIAUX
nique. Le fantastique sert de ressort fovori au romauder qui tient toute science pour arrivée à son dernier déve%pemeiit el suppose résolus tous les problèmes qui en arrèlent actuellement l'essor. Il a fait parcourir par ses lecteurs l'univers entier, en môme temps qu'il les initiait aux combinaisons ingénieuses et féeriques que l'on peut tiier des inventions dues au génie moderne. Une telle fécondité, une aussi rare facilité, l'ont rendu maître du merveilleui scientifique dans la fiction : mais on conçoit qne hH du roman soit ici reporté au second plan et que cette abondance devienne aisément monotone. J'en dirai tout auiaat de l'auteur des Secrets de TOcéa» et du Cap aux Oan, M. de Lamolhe, qui, d'une part, suivît, sans aucune dissimulation je l'avoue, la voie ouverte par M. J. Verne, tandis que, d'autre part, il adaptait aux goûts et aux besoins de la jeunesse le roman historique de cape el d'épée dans les Camisards, les Faucheurs de la Mort, le Taureau des Vosges, etc.
M. Jean Hacé s'occupe plutôt d'hygiène amusante et
récréative dans l'Histoire d'une Bouchée de Pain et dans les
Serviteurs de /' Estomac. Ces romanciers ont formé une petite
école, dont il nous importe peu de connaître tous les
disciples, mais dont il ne faut point passer sous silence te
«rave défaut : c'est l'imitation que chacun est tenté de faire
et des procédés de son voisin.
erne et la plupart de ses émules pourraient figurer
>armi les romanciers scientifiques, exotiques et de
e, car ils travaillent presque tous pour l'enfance.
Ironie, M. Flammarion nous a fourni un ^fpe
de roman astronomique. Devena amoureux d'une petite siatuette de la déesse Uranie, le héros du livre est entrtiné par elle, eQ songe, à travers les espaces incommensurables et peu connus de la voie célesie ; il vole avec une vitesse vertigineuse, voit notre soleil se rapetisser jusqu'aux proportions d'une étoile presqu' invisible, se réunir au Centaure, faire place à une nouvelle lumière pâle et bleuâtre. . , Ce n'est là encore que la moindre des merveilles ofieries à ses veux. Au bout d'un temps qu'il ne peut apprécier, il redescend vers ta terre qui grandit, grandit toujours à son approche. M. Flammarion aime à donner à ses travaux une conclusion. Ces conclusions sont, elles aussi, toujours arbitraires, malgré un grand luxe de déductions scientifiques : elles aboutissent à un spiritualisme des plus bizarres. La langue de l'auteur, lyrique et colorée à outrance, rappelle un romantisme qui, de nos jours, détonne. Mais il y a du charme et de la poésie dans ces livres singuliers : ils sont captivants et parviennent à rendre attrayants des problèmes ardus et compliqués. C'est bien là, nous paralt-il, le but et la raison d'être .du roman scientifique.
On pourrait enfin établir une catégorie spéciale de romans inspirés par l'hypnotisme et par le spiritisme. La Marfa de M, Gilbert Augustin-Thierry, dont nous avons déjà parlé, constitue une exception dans l'ensemble de ces œuvres, dont malheureusement les mérites ne se sont pas élevés à la hauteur des inlentions qui les diclërenl.
Les tentatives faites pour acclimater le roman médical
tW LES GERRES SPECIAUX
et pathologique ont simplement abouti â des livres plus tapageurs, plus ■ scandalisants > que profitables à l'art. L'ÉtenuUe blessée de M. Vigne d'Ocion en ofire ud exemple.
Ij6 romui raftjitiii.
Le genre si épineux, si périUeus à traiter de la « littérature enfantine ■ n'a pas suivi une marche moins progressive que les autres, Uo des premiers romanciers qui ouvrit cette voie fut Louis Desnojers, l'auteur de Jean Paul Choppart et des AveiUures de Robert-B^ert dont les rééditions ne se comptent plus. Alfred de Bréhat ei Edouard Ourliac, de leur cAté, écrivirent, pour les intelligences à peine éveillées à la vie, des petits chefsd'œuvres. Le nom de Madame de Ségur est un de ceui que touies les jeunes mémoires ont appris à retenir : celui de M. Bouilly — dont on a tant ri — cens de H» Eugénie Foa, de M" de Stolz, de M" de Pitray, de M"' Mie Gouraud peuvent prendre rang immédiatement après. Qui, d'autre pari, ne connaît Jules Levoisin eî Jules Girardin, ce bon observateur qui consacra son talent savoureux i ciseler pour la jeunesse des romans très Uns, très amusants, pleins de verve et de pittoresque avec une pointe de sensibilité à la Dickens? Les hommes mûrs eui-mèmes achèyeraient, s'ils les commençaient, des livres comme l'Oncle
Placide, les Miilious de la Taule Zézé, le Roman d'un cancre, etc.
Le succès des œuvretlea ainsi destinées à égayer les premières heures de l'existence intellecluelle chez nos petits, fui si grand, qu'on vil se former des Bibliothèques spéciales uniqiiemenl vouées à ce soin. Tel fut le Magasin d'Êduedtion et de Hécréation (1) créé par Heizel (P. J. Slahl) qui est une véritable encyclopédie romanesque à l'usage des enfants : Jules Verne y publia la plupart de ses Voyages extraordinaires ; Stahl, ses Conles et Récits de morale familière : André Laurie, les Scèttes de la vie de collège dans fous les pays ; E. Legouvé, Nos Filles et ma Fils, une Élève de seize ans ; Lucien Biart, ses charmants Voyages involontaires ; M. Jtatisbonne, la Comédie enfantine ; J, Macé, les Contes du Petit Château ; Gennevrayiî, la Petite Louisette; Mayne Reid, ses célèbres aventures ; Sandeau, la Roche aux Mouettes. Tels furent encore la Bibliothèque rose, le Magasin des Enfants, Mon Journal, le St-Pficolas, le Journal de la Jeunesse, COuvrier, les Veillées des chaumières qui concourrent à la même œnvre.
Les romanciers, même, qui par l'indépendance absolue de leurs théories esthétiques eussent semblé le moins désignés pour parler à l'enfance, n'ont pas dédaigné de le faire à l'occasion. Ce fut le cas de M. A. Cim dans Mon Ami et moi, ce futégalemeniceluide M.Camille Lemonnier :
(I) Son caractère < larque >, si désolant dans des livres faits pour l'enfance, ne peut être passé sous silence.
Us Jouets parlants el fa Comédie des Jouets peuveni figurer au nombre des nouvelles les plus exquises parmi celles que nous venons de passer en revue. Ces volumes sont pleins d'art et de naturel ; les jouets, ces conGdenis des tout petits, y sodI interprétés par un poète ingénieux. M. Anatole France l'a reconnu en des lignes infininient gracieuses : < 11 anime sans effort, dit-il de M. Lemonnier, les pantins et les polichinelles. Il révèle la nature spirituelle de ce bonhomme Noël qui vient tous les ans, couvert de frimas, dans la boutique de l'épicier. Au souffle de sa pensée, la forêt, qui n'a que six arbres peints en vert, avec des copeaux pour feuillage, s'étend la nuit hors de la botte de sapin et s'emplit d'ombre, de mystère et d'horreur... *
§ vn.
Le roman chrétien, bonnéte on âunilier.
Battue en brèche, durant les années si mouvementées de ce XIX* siècle, par les écoles philosophiques se proclamant seules en possession de toute science et de toute raison, l'idée catholique a manifesté, à diverses époques, une activité, une vitalité, une force de combativité extraordinaires. Défiés sur tous les terrains, poursuivis dans toutes les voies ouvertes à la culture de l'intelligence humaine, les écrivains qui se sont constitués défenseurs de l'Église n'ont pas reculé et se sont vaillamment retournés contre
DANS m ROUAN COJSTEMPORAIN 40»
leurs adversaires. Ils ont lutté à outrance contre les lettres immorales et aussi contre le philosophisme athée. Ils ont employé lous leurs efforts à assurer le Iriomp*'" '*" spiritualisme. Leromau même, si tenu en suspicîo soit par les croyants, teur a paru un terrain au combat. Sans doute, la littérature va peiiiu -encombrée d'uti& foute d'œuvres incolores, li seulement par leurs intentions, mais hors de I condamnables littérairement. L'esprit de parti est ra bon guide en esthétique. Il serait pourtant puéril et de méconnaître les romans de valeur, donnant u personnelle et inédile, que notre siècle lui doit. Vh Femme de Louis Veuillot, pour choisir un des me est une étude morale et catholique avant tout, au est forte, originale malgré ses défauts et de be supérieure par le nerf, la vie et la couleur à c romanesque et élégiaque tant vanté: Corbin eld'Aut Ici, l'analyse d'une âme candide et virginale a é fouillée par l'auteur admirable des Libres Peiiseun l'Honnéle Femme il a visé à peindre, en traits salir! corrosifs, l'état misérable et déréglé d'une société doi croyance dogmatique, toute contrainte religieuse est < il a voulu prouver combien la morale chrétienne es^ Heure îi la simple morale mondaine. L'Honnête , vaut mieux que CojWoefri'^iif'ecoitrf.jelc répète, pa cette dernière nouvelle est une exaltation de l'amour, que la première en expose les misères et les déceplio celte façon de l'envisager était beaucoup plus naïui grand polémiste. Les types qui émaillenl r//OH»^fe i
410 LES GENBES SPECIAUX
soni observés de près et rendus avec aulani de justesse que de piquant. Celui de Lucile, dont M. Jules Lematire a dit qu'elle élait une ■ M"" Tartufe d'esprit laïque » est • un type très vrai et très finement étudie de reine de petite ville et de coquette hypocrite et prudente. » Le Jourmlitte, silhouette qui est pour ainsi dire autobiographique, n'est pas moins curieux. Certes Veuillot s'appréciait trop sévèrement lui-mSmc quand il appelait ce livre « gauche et prêcheur ». 11 y a là des croqui.'; 'a l'emporte-pièce .auquel» les gourmets retournent avec joie. Une verve égale et un seniimeni délicieux de sponlanéilé et de fraîcheur se relrouvent dans les diverses Historiettes et Fantaisies et dans la nouvelle : du Mariage et de Chamounix >.
Le même désir. de prédication a inspiré la plupart des artisans du roman chrétien : M. Léon Gautier dans ses Scènes ei Nouvelles catholiques, Paul Féval quand il écrivait les Éta/ies. d'une Conversion, Quinion, romancier historique d'une sève très chrétienne dans Aurélia, Edouard Ourliac dans les Contes du Rocai)e. EugÈnede MargcrJe, propagandiste ardenl,auteur des Cinquante Proverbes et des Cinquante Histoiresdasiinés aux humbles et aux ouvriers... Le poète et l'artiste s'affirmèrent ensemble, avec le chrétien, dans les romans du breton Hippolyte Violeau. Les Pèlerinages de Bretagne, Souvenirs cl Nouvelles, la Maison dti Cap se distinguent non seulement par l'élévalion des idées, la franchise, la mélancolie religieuse et sentimentale, mais encore par le charme des descriptions, l'observation probe des mœurs et la grâce familière d'une narration émue.
Quelle allure opposée est celle de M. Léon Bloy ! II y a quelques aunées, ce fat un grand scandale dans le monde littéraire quand le rude et outrancier pamphlétaire lança son Désespéré, où les plus sublimes et les plus poignantes envolées du croyant, de l'artiste, du miséricordieux, alternaient avec des peinturesd'une ironie formidable, d'une richesse d'invective sans exemple, empruntant leur vocabulaire aux régions les plus basses et les plus hardiment scatologiques de la langue. On doit au même éci'ivain les Histoii-es désobligeantes et Sueur de mng, recueils de nouvelles dont plusieurs sont effectivement révoltantes, mais qui dénotent un tempérament des plus originaux. M. Léon Bloy se proclame et, poings tendus, se « vocifère « catholique... Force nous est de reconnalti-e cbez lui, indépendamment d'un talent incontestable, des idées d'une orthodoxie bien trouble, une absence totale de cette humilité et même de cette dignité morale qui sont des vertus essentiellement chrétiennes.
Qu'on me permette enfin de signaler aux lettrés chrétiens le beau roman d'un jeune écrivain belge, M. Pol Demade. L'Ame princesse est une des œuvres les plus littéraires qui aient enrichi la littérature catholique d'imagination. Doué d'un style qui, sans échapper toujours à la recherche, est riche, harmonieux, vibrant, l'auteur s'élève avec aisance aux plus hautes pensées, aux conceptions les plus illuminées de beauté artistique.
Ce furent encore des artistes profondément u honnêtes i> que Victor Poumel, écrivant la Confession d'un père, Charles Deulin (Contes d'un Buveur de Bière), H. de Pêne
(Née Mickon, Trop belle), Adolphe Racot (te Plaît SB&hie), Edouard Dnimont (k Dernier des TrémoUn] Louis Depret, etc.
A c&lé des auteurs précédents — auxquels naturellemeiit nous joindrons Barbey d'Aurevilly, en dépit des erreurs de jugement qui ont attisé autour du grand et fler écrivain de si déplorables querelles — à côté de ces lettrés, qui, s'ils luttèrent parfois maladroitement pour leur cause, se sont du moins toujours revendiqués hautement de leurs croyances, il en est un grand nombre qui ne prétendent pas officiellement au titre de « romancien catholiques >. Ce sont les romanciers honnêtes. Ceux-ci sont séduits moins encore par les c6tés évangélisatears, prédicanis, édifiants du roman chrétien, que par le désir de réagir contre l'exploitation des mauvaises mœurs, contre les analyses crues et cyniques de tous les vices humains. Attirés par la perspective d'élever, à côté d'nae littérature dévei^ndée ou pessimiste, un édifice de récits irréprochables, ils ont marché dans la voie ouverte, avec un talent inégal, empruntant au roman ses attraits, hormis ceux qui pouvaient être dissolvants. Ils ont peint les passions sous des couleurs chastes et délicates et quelques* uns ont préparé l'avènement de la réaction spiritualiste: On peut leur reprocher littérairement de taire de l'amour une analyse trop courte et trop incomplète, d'obéir i des conventions et à des parti pris optimistes, de fermer volontairement les yeux à tout un côté de la vie. Mais du moins n'onl-ils jamais abaissé leur idéal, et ont-ils doit la France d'une vraie bibliothèque destinée aux jeunes filles et à la famille.
Celte dernière ceuvre fut accomplie par MH. de Beugoy â^agenie, du Gampfranc, de Ijamolhe, Jean Grange, par H"** Marie Maréchal, la baronne de Boâard, Maryan, Bourdon, Etienne Marcel, Raoul de Navery, Claire de Chandeneux, Em. Raymond, Colomb, de Wiit, Marie Guerrier de Haupl, Th. Alphonse Karr, de Harscouel, etc. Deux écrivains surtout ont rénasi à incarner dans leurs productions, l'une, le roman de ta passion hennéle, l'autre . le roman de pensionnat. J'ai nommé M"" Graven et Zénalde Fleuriot.
Dans les rangs de la jeunesse chrétienne — j'enlends de la jeunesse féminine — presque tout le monde a lu le Récit d'une Sœur, Anne Séverin, le Mot de l'Eiiigmet Fleurange, le Valbriant. L'excès de romanesque, un lyrisme oulré dans son expression — Iraduclion esacle de l'exaltation des pensées — des invraisemblances de caractères et de situations, des négligences de composition giktent souvent ce que le talent de M""* Craven possède de pur et de vraiment élevé, de correct et d'aisé sans grande recherche, a L'amour n vu à travers les romans de cet auteur est une sorte de sentiment h la fois désintéressé, affolé d'idéal et comme dématérialisé, dont l'existence courante oftre, à la vérité, fort peu d'exemples et qui n'est pas sans danger.
M"* Fleuriot, moins connue dans le monde littéraire, a peut-être plus de simplicité et une observation plus probe que la précédente. Elle t'emporte certainement par la gatté. la verve et des qualités qui sont excellemment françaises :
la clarté, la bonne santé, la souplesse et reutraiii. Des longueurs déparent ses dernières nouvelles et les rendent inférieures aux premières, à la Rustaude, à Aiçle e( Colombe, à Ce pauvre Vieux, aux Piedx Sargile, etc.
Comme bon nombre d'écrivains dont le nom s'est rencontré plus haut sous ma plume, ceux-ci ont souvent mis de la convention et du parti pris moralisateur dans le choix des sujets, dans l'étude et le développement des caractères et dans les compHcaiions de l'intrigue : mais ils réussissent â fournir ù l'adolescence un régal plein d'enseignement et d'attrait.
D'une portée plus haute au point de vue estbélique, d'une forme plus délicate et d'une psychologie plus affinée, mais se rattachant toujours à l'inspiration vertumse, nous apparaissent enfin certains romans de MM. A. Theuriet (le Bracelet de Turquoises) ; Paul Hargueritte, (i'Avril, Ame d'Enfant, Ma Grande) ; Abel Hermant, (Eddy fi Paddy) ; Louis Enauli (Alba) ; Chartes Buet, (CAttiée) ; M. Gustave Toudoiiie, (l'Orgueil du Nom) ; E. Cadol, A. Gladès, (Au Gré des choses) ; A. Godard, (les liuUtert, Chatttegrolle) ,- H. Ardel, (Au Retour) ; Ch. de Berkeley, (Vieille Histoire); G. Duruy, (l'Unisson, Andrée, le Garde du corps) ; Gennevraye, (Pour l'Honneur, le Roman d'un Sous-lieuleuant) ; Marie Anne de Bovet, (Fausse Voie) ; Edouard Delpit, (Ivonne, Bérangère). Nous meiirons sur le même rang les nouvelles de M"" Marie Poradovirska, (le Mariage du Fils Grandsire, les FilUt du Pope) ; de M"" Janine, (Eljen, la Chambre nuptiale) ; de Chartes Fuster, (l'Amour de Jacques) ; de M"' Caro,
(Fruits amers, Amour déjeune FiUe) ; de Brada, (Cimpr.omise, l'irrémédiable. M"' d'Épone); de H, de Chene- TÎères, (lei Passions honnêtes) ; de M. François Villars, {le Passé de Sœur Monique)-: de M"' Mary Floran, (un An 4'Epreuves) ; de Ch. Dcsiys, (le Roi d'Yvetot); de M. José de Coppin, (Courageuse) ; de M. Aimé Giron, l'auteur délical et spirituel de Chez l'oncle Aristide, elc.
M"* Jeanne Schullz avec la Neuvaine de Colette et Jean <Ie la Brète avec Mon Oncle et mon Curé ont réussi à conquérir le u gros public ». On se souvient de la curiosité qui accueillit la Neuvaiue de Colette lorsqu'elle parut, sans signature, dans la Revue des Deux Mondes. Le naturel et je ne sais quelle verve malicieuse dans la façon de voir les élres et les choses et dans l'habileté k les rendra, la «implicite et l'émotion discrète de l'aventure, cette psychologie fraîche et amusante à la fois d'une âme de fillette honnête, passionnée et spirituelle, tout cela ravissait les palais blasés sur le piment des adultères bourgeois et sur les banalités des amours tarifées. Mon Oncle et mon Curé, (jui participait un peu du genre alerte et primesauiier de la Neuvaine el qui menait en scène de.s personnages vivants et bien conçus, remporta, pour des causes analogues, un succès presque aussi grand.
Je ne puis clore celle revue — fort approchante d'une nomenclature, je le crains, — sans poser en lumière le nom d'an écrivain fonciêrcmenl « chrétien » et respectueux de l'idéal, mais classé aussi an premier rang des plus artistes. La place de H. R.Bazin serait tout aulanl parmi les psychologues que parmi les u romanciers honnêtes » ; loulefois la
ilK LES GENRES SPÉCrAUX
rareté de cette heureuse concordance nous engage à en ailribuer les honneurs à ces derniers.
Une Tache d'encre. Ma tante Giron, M" Corentine, let ffoêllet, la Sarcelle bleue valent non seulement par l'accord juste et ■ vécu » d'une poésie mesurée avec un sobre réalisme, par la vérité des peintures, le charme aérien des paysages el par les analyses ; ils valent aussi par l'aisanœ savoureuse et pei-sonnelie, par la clarié et la correction puissante de la langue. M. Bazin, comme les romanciers de la 'Camille, a voulu parler au cœur : mais son langage sait être émouvant sans tomber dans la fadaisn ou dans le poncif; il fortifie l'âme de ses lecteurs au lieu del'alanguir, il l'arme pour le combat de la vie et il se garde d'encourager tes illusions et les chimères. Celte mesure si heureusement observée produit l'attendrissement bien mieux que les élans voulus et les intentions apitoyantes. Grand admirateur de l'entente I chrétienne de l'existence, grand fervent de la simplicité et du culte de la nature vraie. M, René Bazin est un enn^ni redoutable du pessimisme, du bas naturalisme etde la fausse sentimentalité. Il a su s'imposer sans recourir au tapage ou au scandale.