‹ Le roman français au 19 siècle, avant BalzacChapitre 17 sur 28 · U6 LE ROMAN FRANÇAIS · texte numérisé non relu

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Aux dernières scènes aussi Corinne a bien du charme, un charme poétique. Là, s'il était possible de retran cher quelques longueurs et quelques traits de mauvais goût, elle serait digne d'être comparée à Mignon, Cymodocée ou Laurence. Quand Oswald revientà Rome, avant de la revoirilva deuiarider de ses nouvelles à son vieil ami, le prince Castel-Forte, et aperçoit chez lui deux portraits délie. L'un date de cinq ans et la représente « telle qu'elle avait paru dans le premier acte de Roméo et Juliette, ce jour, celu' de tous, où il s'était senti le plus d'entraînement pour elle ; un air de confiance et de bonheur animait tous ses traits ». L'autre est de date récente : * Elle était là, pâle comme la mort, les yeux à demi fermés ; ses longues paupières voilaient ses reij'ards et portaient une ombre sur ses joues sans couleur. Au bas du portrait était écrit ce vers du Paslor fido :

A pena si pua dir: queuta fu rasa,

« A peine peut-on dire : elle fut une rose... » Voili la dernière image que nous emportons d'elle, et l'image est exquise.

Moins heureuse pourtant que Delphine, je doute que Corinne ait gardé des lectrices. Dans Delphine, la thèse que développait M™« de Staël intéressait toutes les femmes, et à tel point qu'elles lui pardonnaient volontiers ses inventions sans vraisemblance et ses dissertations sans fin. Elles n'ont pas les mêmes raisons d'être indulgentes aux défauts de Corinne. Non qu'elles n'y puissent retrouver quelques-unes des protestations qu'elles aimaient dans Delphine. Elles y voient encore une héroïne infiniment supérieure à celui par qui elle soutire : Oswald fait aussi piteuse mine que Léonce,

Lien qu'en sa qualité de héros de roman il soit beau, brave, capable de sauver un jour, à Naples, un hooime qui se noie, et un autre jour, dans le nord de l'Italie, une ville qui brûle ; il est aussi faible que Léonce, aussi préoccupé que lui de conserver l'estime des gens du monde, et qu'une ou deux lettres de Corinne s'égarent en roule, il ne lui en faut pas plus pour la croire infidèle. Oui, par certains côtés le second roman de Mme (je Staël est comme le premier une œuvre de revendications féminines, aflirmant ledroil de la femme aune vie plus indépendante, affirmant son driit à la vie intellectuelle, et je veux bien que la question de la femme avocat, de la femme médecin, ou même de la femme (hicteur y soit im|-liciteinent contenue. Mais au rebours de ce qui se produisait dans Delphine^ ici le cas particulier domine ridée générale, et l'obscurcit ou la fausse. La thèse n'est plus « la femme victime », mais « la femme de génie victime » . Or, le génie est chose rare. Peu de gens, de l'un ou de l'autre sexe, sont appelés à connaître les tourments auxquels il condamne ses élus, et quand M^^ de Staël nous décrit ces tourmcnts-là, nous lui répondons modestement : « Ceci ne nous regarde pas, et nous ne courons aucun risque. »

De plus, et comme si le génie n'était pas déjà quelque chose d'assez exceptionnel, elle s'en est fait, — un peu d'après elle-même, je le sais, — une conception toute spéciale et encore plus déconcertante. Elle estime que le génie est incompatible avec le bonheur domestique, avec des mœurs bourgeoises, avec une vie simple et régulière. Eh ! qu'aurait dit ^ie sa théorie Poussin dont la laborieuse existence s'est si tranquillement écoulée il Rome, je cite ses propres paroles, « dans la paix de sa petite maison » ? Qu'en aurait dit le divin Mozart qui a

tant aimé sa femme, « la chère petite femme de son cœur », et qui lui a dû les plus douces joies de sa courte vie ? L'idée que M'"^ di> Staël se faisait du génie est celle que s'en sont faite après elle les jeunes romantiques, si jaloux de se distinguer des bourgeois et si prompts à les qualifier d'épiciers ou de philistins ; cette façon de concevoir les choses n'est pas exempte de cabotinage. El de temps à autre, en effet, on ne sait plus trop s'il faut voir en Corinne une femme poète ou une chanteuse d'Opéra. J'ai sur le cœur son apothéose au Capitole :

Une musique très belle et très éclatante précéda l'arrivée de la marche triomphale... Enfin, les quatre chevaux blancs qui traînaient le char de Corinne se firent place au milieu de la foule. Corinne était assise sur ce char construit à l'antique, et des jeunes filles, vêtues de blanc, marchaient à côté d'elle. Partout où elle passait, l'on jetait en abondance des parfums dans les airs ; chacun se mettait aux fenêtres pour la voir, et ces fenêtres étaient parées en dehors de pots de fleurs et de tapis d'écarlate ; tout le monde criait : « Vive Corinne! Vive le génie !»... Ce beau ciel, ces Komains enthousiastes, et par-dessus tout Corinne électrisaient l'imagination d'Oswald ; il avait vu souvent dans son pays des hommes d'Etat portés en triomphe par le peuple, mais c'était pour la première fois qu'il était témoin des honneurs rendus à une femme, à une femme illustrée seulement par les dons du génie ; son char de triomphe ne coûtait de larmes à personne ; et nul regret, comme nulle crainte, n'empêchait d'admirer les plus beaux dons de la nature, l'imagination, le sentiment et la pensée.

Nous admirons, nous aussi, ces dons si beaux; nous les admirons en M"»^ de Staël qiii en était richement pourvue. Mais, je l'ai dit et il fallait bien le dire, avec elle notre admiration hésite àSsez souvent. 11 nous sem-

ble que, sans élotilTcr sau génie, elle aurait pu être plus simplement, plus purement remine qu'elle ne l'a été soit dans sa vie, soit dans son œuvre ; et comme toute exagération en provoque une autre en sens contraire, son rêve de gloire bruyante et théAtrale nous mènerait presque à penser avec Napoléon que la mission de la femme n'est ni de s'occuper de politique ni de triompher an Capitole. Un souvenir nous hante et nous aène en lisant Corinne. Nous songeons à ce qui se passait, en ces premières années du xix» siècle, dans un village de Bourgogne et dans un coin paisible de Paris; nous revoyons Milly et le jardin des Feuillantines. Deux femmes nous apparaissent, très douces, très modestes, très simples, tout absorbées dans leurs fondions de mères et d'éducatrices L'une s'appelait M^^de Lamartine, l'autre, M^^^Hugo; et sans bruit, sans, tapage, elles ont créé deux œuvres immortelles qui valent un peu plus que tous les chants de Corrnne : elles ont créé l'âme de leurs fils.

CllAPlTftP. VIIÎ

RENt

Ail seuil du xixe siècle, le nom qui signifie renaissance, éclatante renaissance des lettres françaises, est celui de Chateaubriand.

Est-il besoin de dire, en passant de M™» de Staël à Chateaubriand, combien il différait d'elle? En politique comme en leligion, ils étaient aux deux antipodes. Elle défendait les idées de la Révolution ; il était monarchiste. Elle était protestante et à moitié convertie au déisme de Jean-Jacques ; Hélait catholique. Dans sa Lettre à Fontaves^ il avait at laqué le livre de la Littérature : « Vous n'ignorez pas que ma folie à moi est de voir Jésus-Christ partout, comme M™*' de Staël la perfectibilité », etc. ; dans Delphine, toutesles pages où ellecriliquo le rôle du prêtre et les cérémonies du culte étaient une réponse et une attaque au Génie du christianisme qui \eiia,ii de 'paraître. Encore leurs opinions n'étaient-elles pas ce qui les séparait le plus ;ils étaient soas ce rapport moins loin l'un de l'autre qu'ils n'en avaient air et ne croyaient l'être. Deux grands et nobles esprits ne peuvent pas ne pas se rencontrer par moliiCiits, sur l'3s hauteurs. Tout en ;![)[. artenant aux deux [>arlis opposés, ils devaienl s'entendre, ils ont fini par

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s'eniendre A la chute de Napoléon, qui les avait persécutés et exilés tous les deux, ils étaient presque amis. Un passage des Mémoires df oulre-tombe nous le rappelle. Chateaubriand y raconte une visite, sa dernière visite à M«« de Staël, en 1817; elle se mourait. « Introduit dans sa chambre, je m'approchai du lit. La malade, à demi assise, était soutenue par des oreillers; une fièvre ardente animait ses joues. Son beau regard se fixa sur moi, et elle me dit : Bonjour, my dear Francis. Je souflre ; mais cela ne m'empêche pas de vous aimer... »

La grande différence entre eux n'est pas dans h>ur façon de penser : elle est dans leur façon de sentir et dans leur talent. Si exaltée, si douloureuse qu'ait pu être sa sensibilité, M'"*' de Staël est surtout une intelligence, une intelligence toujours en mouvement et une âme active : Chateaubriand est un rêveur et un poète. Elle n'est jamais parvenue à mettre ses idées en ordre, à se rassembler en une œuvre harmonieuse et vivante : il est un de nos plus parfaits artistes. Et s'il y a chez elle le pressentiment de ce qu'allaient être l'âme nouvelle et l'art nouveau, iJ y a plus chez lui : celte âme est la sienne, cet art est le sien.

Son âme est dans René ; là est « son grand secret de mélancolie ».

Est-ce un roman queRené? On ne sait trop quel nom donner à ce récit qui compte à peine soixante pages, ni d'ailleurs dans quel genre littéraire il conviendrait de classer des ouvrages tels quelesA'a/c/jez, Atala,\e& Martyrs, le Dernier Abencérage. La transformation ou la déviation du roman est ici complète ; il devient un poème en prose, comparable aux plus beaux chants de Hugo, Lamartine ou Vigny.

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Gomme A fa /a, /^en^ faisait primitivement partie des Natchez. Chateaubriand avait entrepris les Natchez étant 1res jeune, avant 1789. Il se proposait, a-t-il dit dans !a préface dMfa/a, d'en faire « 1 epcpée de l'homme de la nature », c'est-à-dire de peindre les mœurs des sauvages en rattachant ses descriptions « à quelque événement connu» ; l'événement choisi était le massacre de la colonie des Natchez dans la Louisiane, en 1727, Il s'aperçut bien vite que pour peindre les mœurs des sauvages il n'était pas inutile de les connaître : Marmontel n'avait pas eu les mêmes Fcrupules en écrivant les Incas^ mais Chateaubriand n'est pas Marmontel. En 1^91, il s embarqua pour l'Amérique, et sous la hutle du peau-rouge il rédigea en partie ses Natchez. A son retour en Europe, au commencement de 1792, ils partagèrent ses vicissitudes et le suivirent à l'armée de Coblentz. Au siège de Thionville, il les portait dans son sac de soldat dont le poids l'écrasait et lui faisait cracher le sang, et un jour ils lui sauvèrent la vie en amortissant le choc de deux balles qui, « pendant un mouvement de conversion », l'avaient atteint par derrière : « Atala, en fille dévouée, dit-il dans ses Mémoirps, se plaça entre son père et le plomb ennemi; il lui restait à soutenir le feu de l'abbé Morellet ». En 1800, quand il quitta l'Angleterre, où il avait émigré, pour rentrer en France, les Natchez, auxquels il avait plus d'une fois remis la main, comptaient 2383 pages in-folio : ils devenaient un peu encombrants. Il les laissa à Londres, où le hasard devait les lui rendre quatorze ou quinze ans plus tard. Il n'en emporta que quelques feuillets, dont les plus précieux étaient A/a/a et René.

Atala fut imprimée la première, au printemps de

1801, avec mission de conquérir le public et de préparer le succès du Génie du christianisme dont la publication allait suivre. Le Génie parut en 1802 ; Atala s'y retrouvait ; un peu plus loin, au quatrième livre de la seconde partie, se trouvait René. En 1805, René fut détaché du Génie et édité à part avec Atala.

Je ne prétends pas qu'avant René la mélancolie de Chateaubriand ne se fût aucunement révélée. Elle s était révélée déji), puisqu'il avait déjà publié quelque chose et qu'elle est le rythme même de son style, puisqu'il ne pouvait rien écrire sans y mettre un peu de son intime et profonde désolation.

V Essai sur les Révolutions date de 1197, Il a dit luimême dans quelles circonstances il l'avait composé. 11 était h Londres, sans ressources, si pauvre qu'il lui arrivait de passer plusieurs jours de suite sans manger : « Je mâchais de l'herbe et du papier ». De ses deux compagnons de misère, l'un, Hinganl, avait essayé de se tuer, l'autre, La Bouëtardais, avait été frappé de paralysie. Il ne s'égayait un peu que les jours où Peltier, l'ex-collaboratour de Rivarol et de Mirabeau-Tonneau aux Actes des a/jôtres, vernit lui rendre visite dans sa mansarde et l'emmenait dîjier. Coup sur coup, il avait appris que son frère et sa bellesœur avaient péri sur l'échafaud, que sa mère et ses sœurs étaient en prison. Au milieu de tant de maux, de tant d'angoisses, il travaillait éperdûment et écrivait son ^ssat, œuvre d'érudition confuse, de pensée incertaine et fiévreuse, où, s'étant proposé de démontrer que toute révolution est un crime inutile et une monstrueuse erreur, il en vient peu à peu à parler lui-m 'me en révolutionnaire, en anarchiste tout nourri de Jean- Jacques, et à jeter l'anathème à la société. Il s'y rencon-

tre quelques pages qui ne ressemblent à rien de ce qui précède ou de ce qui suit, quelques pages intercalées entre l'histoire d'Agis, roi de Sparte, et celle de Denys le Tyran ; elles portent en titre : « Aux in fortunés ». Il s'y adresse à ceux qui souffrent comme lui, à tous ceux que la vie a blessés ; il les avertit qu'ils n'ont rien à attendre des hommes, rien à espérer de la vie, et il les engage à se réfugier dans le vaste sein delà nature. Errer seul, en silence, au bord de la mer, au fond des forêts, goûter le charme de l'aurore, du crépuscule ou de la nuit, s'occuper de botanique, s'éprendre de la fleur qui est innocence et beauté, voilà, selon lui, Tunique remède; et si Rousseau nous avait donné à peu près mêmes conseils dans ses Rêveries, combien l'accent de son jeune disciple est plus douloureux! « La première règle est de cacher ses pleurs. Qui peut s'intéresser au récit de nos maux ? Les uns les écoutent sans les entendre, les autres avec ennui... La seconde règle, qui découle delà première, consiste à s'isoler entièrement. Il faut éviter la société lorsqu'on souffre, parce qu'elle est l'ennemie naturelle du malheureux... Un infortuné, parmi les enfants de la prospérité, ressemble à un gueux qui se promène en guenilles au milieu d'une société brillante ; chacun le regarde et le fuit. Il doit donc éviter les jardins publics, le fracas, le grand jour ; le plus souvent même il ne sortira que la nuit. Lorsque la brune commencera à confondre les objets, notre infortuné s'aventure hors de sa retraite ettraversant en hâte les lieux fréquentés, il gagne quelque chemin solitaire, où il puisse errer en liberté. Un jour il va s'asseoir au sommet d'une colline qui domine la ville et commande une vaste contrée ; il contemple les feux qui brillent dans l'étendue

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du paysa^'e obscur, sous tous ces toits habités. Ici, il voit éclater le réverbère à la porte de cet iiôtel dont les habitants, plongés dans les plaisirs, ij^norenl qu'il est un misér.ible occupé seul à regarder de loin la lumière de leurs fêtes, lui qui eut aussi des fêtes et des amis ! Il ramène eosuile son regard sur quelque petit rayon tremblant dans une pauvre maison écartée du faubourg, et il se dit: Là, j'ai des frères ! ... »

La tristesse qui s'exhale d'Alala n'est pas moins pénétrante, et surtout aux dernières pages, quand le père Âubry console la vierge mourante en lui disant le peu qu'est la vie. Les tableaux même, les tableaux si brillants et si neufs que renferme Atala, étaient peutêtre chose moins neuve dans le roman, en 1801, que ce discours du vieil ermite. Les sermons ne manquent pas dans Clarisse Harlowe, dans la Nouvelle Hrloïse et, d'une façon générale, dans la littérature du xviii* siècle ; ils n'y tiennent même que trop de place ; mais ils sont de la prédication laïque, ils ne sont qu''une suite de froids raisonnements ou d'ennuyeuses déclamations, ils ne disent rien au cœur. Le sermon du père Aubry est d'un autre stylé:

Quant à la vie, si le moment est arrivé de vous endormir dans le Seigneur, ah ! ma chère enfant, que vous perdej peu de chose en perdant ce monde I... Est-ce votre amour que vous regrettez ? Ma fille, il vaudrait autant pleurer un songe. Connaissez-vous le cœur de l'homme, et pourriez-vous compter les inconstances de son désir ? Vous calculeriez plutôt le nombre des vagues que la mer roule dans une tempête. Atala, les sacrifices, les bienfaits, ne sont pas des liens éternels : un jour peut-être le dégoût fût venu avec la satiété, le passé eût été compté pour rien, et l'on n'eût plus aperçu que les inconvénients d'une

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union pauvre et méprisée... II y a toujours quelque point par où deux cœurs ne se touchent pas, et ces points suffisent à la longue pour rendre la vie insupportable. Enfin, ma chère fille, le grand tort des hommes, dans leur songe de bonheur, est d'oublier cette infirmité de la mort attachée à leur nature : il faut finir. Tôt ou tard, quelle qu'eût été votre félicité, ce beau visage se fût changé en cette figure uniforme que le sépulcre donne à la famille d'Adam ; l'œil même de Chactas n'aurait pu vous reconnaître entre vos sœurs de la tombe. L'amour n'étend point son empire sur les vers du cercueil. Que dis-je ! 0 vanité des vanités l que parlé-je de la puissance des amitiés de la terre? Voulezvous, ma chère fille, en connaître l'étendue? Si un homme revenait à la lumière quelques années après sa mort, je doute qu'il fût revu avec joie par ceux-là mêmes qui ont donné le plus de larmes à sa mémoire : tant on forme vite d'autres liaisons, tant on prend facilement d'autres habitudes, tant l'inconstance est naturelle à l'homme, tant notre vie est peu de chose, même dans le cœur de nos amis !...

« Vanité des vanités 1 » Le cri de Bossnet, le cri de i'Ecclésiaste, nous allons l'entendre encore dans René. Mais un autre cri s'y mêle à celui-là. La souflrance y est plus complexe, ou, pour tout dire, il y a dans René une forme nouvelle delà souffrance humaine, et c'est bien pourquoi ce tout petit livre est une œuvre si considérable.

pans ses lignes essentielles, et en très peu de mots, voici l'histoire de René.

Depuis plusieurs années il a quitté la France et vit chez les Natchez. Pour se conformer à leurs mœurs, il a dû prendre uoe épouse, Céluta ; mais il ne vit point avec elle. Hors le vieux Chactas et le père Souël. missionnaire au fort Rosalie, il a renoncé au commerce des hommes. Chactas qui lui a naguère conté sa jeunesse

et son amour pour Atala, attend qu'il veuille bien à son tour lui raconter sa vie. Après bien des refus, « le 21 de ce mois que les sauvages appellent la lune des fleurs », René consent à se confesser à ses deux amis. Assis avec eux au bord du Meschacebé, à l'ombre d'un sassafras, il prend la parole, et leur explique pourquoi il est venu s'ensevelir dans les déserts de la Louisiane. Il est né en France, dans une province reculée où il a grandi sans autre société, sans autre affection que celle de sa sœur Amélie. Tous deux avaient l'âme triste et rêveuse, lui plus encore qu'elle. La pensée de la mort était sans cesse devant ses yeux ; rien ici-bas ne pouvait captiver son esprit et satisfaire son cœur. Il a songé un moment à se retirer dans une abbaye, pour y attendre la mort en rêvant dans les cloîtres « retentissants et solitaires » . Puis, soit inconstance naturelle, soit préjugé contre la vie monastique, il a changé de dessein ; il s'est décidé à voyager : « Je m'élançai seul sur cet orageux océan du monde dont je ne connaissais ni les ports, ni les écueils. » 11 a visité Rome, Sparte, Athènes, il a foulé les cendres des vieilles nations, et partout limage de la mort s'est de nouveau présentée à lui. Il est revenu au pays natal avec l'espoir d'y trouver la pâture que son cœur réclame et cherche inutilement : il ne l'y a pas trouvée. Il était plus inquiet qu'auparavant : « L'étude du monde ne m'avait rien appris, et pourtant je n'avais plus la douceur de l'ignorance. » Il a essayé de la vie mondiiine : il s'en est vite retiré avec dédain et dégoût. 11 a demandé la paix à la nature, aux bois, à la solitude : dans la solitude, son agilati< n et son trouble n'ont fait que croître... « L'aulomne me surprit au milieu de ces incertitudes : j'entrai avec ravissement

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dans le mois des tempêtes. Tantôt j'aurais voulu être un de ces guerriers errant au milieu des vents, des nuage-î et des fantômes : tantôt j'enviais jusqu'au sort du pâtre que je voyais réchauffer ses mains à l'humble feu de broussailles qu'il avait allumé au coin d'un bois. J'écoutais ses chants mélancoliques qui me rappelaient que dans tout pays le chant naturel de l'homme est triste, lors même qu'il exprime le bonheur. Notre cœur est un instrument incomplet, une lyre où il manque des cordes et où nous sommes forcés de rendre les accents de la joie sur le ton consacré aux soupirs. Le jour, je m'égarais sur de grandes bruyères terminées par des forêts. Qu'il fallait peu de chose à ma rêverie ! une feuille sérhée que le ven!. chassait devant moi, une cabane dont la fumée s'élevait dans la cime dépouillée des arbres, la mousse qui tremblait au souffle du nord sur le tronc d'un chêne, une roche écartée, un étang désert où le jonc flétri murmurait ! Le clocher du hameau, s'élevantau loin dans la vallée, a souvent attiré mes regards ; souvent j'ai suivi des yeux les oiseaux de passage qui volaient au-dessus de ma tête. Je me figurais les bords ignorés, les climats lointains où ils se rendent ; j'aurais voulu être sur leurs ailes. Un secret instinct me tourmentait, je sentais que je n'étais moi-même qu'un voyageur ; mais une voix du ciel semblait me dire : Homme, la saison de la migration n'est pas encore venue ; attends que lèvent de la mort se lève : alors tu déploieras ton vol vers ces régions inconnues que ton cœur demande. — Levez-vous vite, orages désirés, qui devez emporter René dans les espaces d'une autre vie I »

Il n'est pas besoin pour l'instant de pousser plus loin l'analyse du récit ; n'y cherchons pas une action, et

peu nous importe, au fond, de savoir que René a été sur le point de se tuer, que sa sœur Amélie a pris le voile et que, pour échappera lui-même, pour se fuir, il s'est enfin réfugié en Amérique, sous la hutte de Chactas. Nous en savons dès à présent assez pour juger quel est et d'où provient son mal.

Son mal est celui des civilisations trop avancées, le mal d'une humanité vieillie. A mesure que se développaient chez l'homme l'intelligence, l'esprit d'examen et la sensibilité, la volonté devenait plus faible. René est désabusé avant d'avoir usé. Sans parler même des livres qu'il a lus et où les siècles antérieurs ont rassemblé leurs jugements sur la vie, des hérédités millénaires pèsent de tout leur poids sur son cœur. Il hérite de toute l'expérience d'innombrables générations qui ont vécu avant lui et dont l'âme demeure mêlée à son âme. Il n'a plus confiance en lui ni en autrui ; il sent l'inutilité de nos efforts vers le bonheur, l'inutilité de l'espoir. Et néanmoins, en lui brûle un éternel désir; il n'espère plus, et il ne peut se passer d'espérer; il n'attend rien du lendemain, ot il ne peut se passer d'attendre quelque chose. Ne nous méprenons pas sur le sens de ses paroles. Lorsqu'il nous dit : « Il me manquait quelque chose pour remplir l'abîme de mon existence ; je descendais dans la vallée, je m'élevais sur la montagne, appelant de toute la force de mes désirs l'idéal objet d'une flamme future », ce n'est pas, comme a feint de le croire Sainte-Beuve toujours si tenté de diminuer Chateaubriand, ce n'est pas le désir d'une « Eve terrestre », d'un amour humain, qui tourmente René. Il n'est ni un Chérubin dont le cœur soupire « la nuit comme le jour » après le fantôme de quelque blonde fillette, ni un Don Juan; ou s'il a quelque parenté avec

le Don Juan de Musset, c'est que Musset s'est souvenu et inspiré de lui pour transformer Don Juan en un inquiet chercheur d'idéal. L'idéal I il n'y a pas d'autre mot pour définir le « bien inconnu » que René ne saurait posséder et auqut 1, cependant, il ne se lasse point d'aspirer de toute l'ardeur de sou âme. Et dans sa vaine et douloureuse recherche, sa vie se consume, inutile ou funeste aux autres autant qu'à lui-même.

Qui ne voit combien une pareille peinture devait plaire et quel en était l'à-propos au lendemuin de la Révolution, au moment de ce qu'on peut appeler la grande banqueroute philosophique duxviiie siècle ? La philosophie du xviii« siècle, celle qui était l'affirmation et la glorification de la raison humaine, venait de subir le plus terrible échec. Elle avait affirmé que l'homme est bon et raisonnable, qu'il n'a besoin d'aucune tutelle, qu'il a en lui, dans sa raison et sa conscience, des guides infaillibles ; et les égorgeurs de Septembre s'étaient chargés de la réponse. Elle avait promis Tavènemcnt prochain d'urst^ ère de bonheur, elle avait annoncé le prochain retour d'un âge d'or, elle s'était complu à édifier et à décrire des cités idéales, nouvelles Thélèmes et nouvelles Salentes, où le crime et le malheur seraient inconnus ; et elle était venue se heurter aux échafauds de 93. Elle avaitdéclaré qu'elle rendrait compte àl'homrae de tout ce qu'il veut savoir, qu'elle abolirait le mystère, supprimerait le surnaturel, expliquerait « Dieu, la nature et l'homme » ; et elle était venue aboutir à cette ridicule parodie des religions qui s'est appelée le culte de la déesse Raison. Jamais la déception n'a été si grande qu'aux dernières années du xvme siècle, car jamais les promesses n'avaient été plus belles ni faites avec plus d'assurance; et de cette humanité en désarroi

qui ne savait plus à quoi se ressaisir, certes, René devait être compris.

On a reproché à Chateaubriand d'avoir inséra l'histoire de René dans le Génie du christianisme, où elle fait suite et sert de commentaire au chapitre intitulé: Du vague des passions. Elle est bien brûlante et troublante, en effel, pour figurer dans une apologie de la religion chrétienne ; j'avoue même que René méconnaît le précepte fondamental de cette religion, puisqu'il n'est rien quelle condamne plus sévèrement que les existences inactives, égoïstes et orgueilleuses comme la sienne, et puisqu'elle exige de nous une énergie morale, une charité, une humilité, qui sont ce qui lui manque le plus. Ne parlons pas de Pascal à propos de René ; il ne faut comparer personne à Pascal, personne ne supporte la ( omparaison avec lui. Comparé à lui qui s'est héroïquement sacrifié, à lui qui a été le grand martyr de l'idéal, René, dilettante de sa propre douleur, semblerait très petit et "un peu fat. Mais enfin, pour parler comme au temps de Pascal, René m'a bien l'air d'être le chrétien qui n'en est encore qu'au premier état de la grâce : il n'a reçu de la grâce qu'une première et 'insuffisante atteinte, il en adu moins reçu une atteinte. Qu'est-ce que ce sentiment <le notre néant dont il est tout pénétré, sinon un sentiment chrétien ? Qu'est-ce que ce tourment de l'infini qui l'enfièvre, sinon une forme du sentiment religieux, la seule forme peut être que le sentiment rtligieux puisse et doive revêtir dans l'âme des civilisés à outrance, chez ceux qui sont des esprits trop éclairés et trop cultivés pour être encore des cœurs simples ? Et la grandeur du christianisme ne vient-elle pas, ainsi que le disait Pascal, de ce qu'il a tenté de résoudre en nous l'énigme qui est aussi dans

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le cœur de Reoé ? René est l'aage déchu qui se souvient des cieux, à qui tout ici-bas paraît vide et froid, et que hante éternellement lanostalgie de je ne sais quel divin paradis perdu.

En lui-même, le mal dont il souiïre n'est pas nouveau. L'homme a de bonne heure compris sa misère et ce qu'il y a d'inachevé dans sa destinée. Toute œuvre religieuse, depuis le livre de Job jusqu'à Vlmitation de Jésus-Christ, est faite de pessimisme et d'aspiration mystique ; et dans la littérature profane elle-même René a pu avoir des précurseurs. Avant lui, Lucrèce avait dit la vai^ue angoisse qui se dégage pour nous du sein de la volupté :

Medio de fonte leporum Surgit amari aliquid quod in ipsis floribus angat ;

avant lui, Virgile avait rêvé de la contrée bienheureuse que son cœur demande et vers laquelle il voudrait que l'orage l'emportât :

0 ubi campi, Sperchiusque, et virginibus bacchata Lacxnis Tayçjela !

Plus rapprochés de lui par les dates, Jean-Jacqui^s et l'abbé Prévost lui ressemblaient davantage. « Quand tous mes rêves se seraient tournés en réalités, ils ne m'auraient pas sulTi ; j'aurais imaginé, rêvé, désiré encore. Je trouvais en moi un vide inexplicable que rien n'aurait pu remplir, un certain élancement (!e cœur versune autre sorte de jouissance, dont je n'avais pas d'idée, et dont pourtant je sentais le besoin. » Ainsi parle Rousseau dans sa Troisième lettre à M. de Malcsherbes. — « Sous un visage enjoué et tra-^quille, il

poîlaiL un fond secret de u)él.«ucuiie et d'inqiiiéluJe (jiii ne se faisait sentir qu'à lui et qui Texcilail sans cesse à désirer quelque chose qui lui manquait. Ce besoin dévontnt, celte absence d'un bien inconnu, l'empêchait d'être heureux. » Ainsi parle Prévost dans le Doyen de Killenne en traçant le portrait de Patrice, et les paroles qu'il prèle ailleurs à ■ l'Homme de qualité », quand celui-ci voit sa jeune nièce Nadine entrer au couvent, n'étaient pas moins dignes de René : « Jamais le monde ne m'avait paru si petit et si méprisable qu'il me paraissait alors. Voyez, disais-je, une passion amoureuse suilit pour le faire haïr. Une jeune femme, une enfant de seize ans, l'abandonne sans reiour... Comment dois-je le regarder, moi qui ne l'ai connu que par ses amertumes et ses disgrâces, moi qui suis au bord du tombeau, et qui serai bientôt obligé de le quitter par la nécessité de la nature, quand je ne serais pas porté à le haïr par l'expérience de ses misères et par les lumières de ma raison I 0 chère solitude I ajoulai-je avec une espèce de transport ; doux asile d'un cœur agité trop longtemps par les caprices du monde et les passions, me serez-vous bientôt rendu ? Ne me sera-l-il pas permis de faire du moins un essai de repos avant que de passer à l'éternelle tranquillité du tombeau ? »

Mais ce ne sont là, que des notes isolées. Ni Lucrèce, ni Virgile, ni même Jean-Jacques ou l'abbé Prévost ne se fussent reconnus en René. Tous avaient une foi et une raison de vivre; Lucrèce propageait et défendait la doctrine épicurienne, Virgile chantait la gloire du nom romain, Rousseau croyait à là bonté de la nature, Prévost croyait à l'amour. Nous aurons beau chercher dans les siècles antérieurs des âmes semblables à celi»

de René : nous n'en trouverons aucune où une si complète désespérance s'allie à un si brûlant désir; nous en arriverons toujours à nous convaincre que la sienne est plus malade, parce qu'il est venu plus tard dans un monde plus vieux, parce qu'il est un enfant, le premier enfant, du xix^ siècle. Et plus nous chercherons chez les devanciers de Chateaubriand des accents analogues aux siens, mieux nous sentirons ce qu'il y a de neuf, de personnel et d'enchanteur dans les siens. Ne nous attardons pas à noter l'influence que tel ou tel écrivain a pu avoir sur lui : cela est peu de chose, cela est négligeable ; car René est l'histoire de sa vie et de son cœur, car il l'a écrit avec ses plus chers souvenirs, avec ses larmes les plus pures et les plus vraies.

Il y a bien quelque arrangement dans sa confession et parfois même un arrangement fâcheux. Il a voulu donner plus d'ampleur à la figure de René et le grandir usqu'aux proportions d'un héros de tragédie antique, d'un Labdacide ou d'un Atride dont la Fatalité fait sa proie : j'ose à peine indiquer la bévue qu'il a commise en transformant peu à peu la tendresse d'Amélie pour son frère René en une passion funeste qui la réduit à prendre le voile, tandis que René terrifié s'enfuit par delà les mers. R(?né est le maudit; en quelque lieu qu'il passe, il apporte avec lui le malheur, et si nous le suivions dans les Natchez, nous verrions qu'il y devient la cause involontaire du massacre de toute la tribu. Cette figure du maudit, que le destin honore en s'acharnant après lui, devait reparaître sous bien des noms divers chez Byron et les romantiques. Elle n'est pas ce que Chateaubriand a légué de meilleur à ses héritiers ; mais encore peut-on dire quelle est elle-même une expression de son orgueil, et que son moi se manifeste

jusque dans la partie fictive de son récit, jusque dans les fabuleuses infortunes de René. Il a toujours aimé à se poser ainsi en infurtuné tout à fait exceptionnel, àse draper superbement dans sa souffrance, et René lui ressemblerait moins s'il n'avait au front le « signe fatal ».

La part de l'exagération ou de la fiction est, du reste, bien petite dans René. En général et à peu de chose près, nous y retrouvons l'image fidèle de sa jeunesse, et il est peu de pages que nous ne puissions commenter avec un chapitre Aqs Mémoires d" outre-tombe. S'il n'a pas, selon le mot de René, « coûté la vie à sa mère en venant au monde », il est vrai que sa jeunesse a été triste, que son père était difficile d'humeur, et qu'il s'est vu préférer l'aîné de ses frères. 11 est vrai qu'il avait une sœur, qui a été la compagne de ses jeunes années, la confidente de ses premiers rêves, avec qui il aimait « à gravir les coteaux, à voguer sur le lac, à parcourir les bois à la chute des feuilles », et telle est même la ressemblance entre sa sœur Lucile et Amélie qu'il est malaisé de lui pardonner l'espèce d'inquiétante équivoque que la fin de son roman risque de jeter sur la plus pure, la plus sainte aSection de sa vie. Il ne nomme pas le « château gothique » et la « province reculée » où est né son héros : qu'importe ? 11 les a nommés, il les a décrits ailleurs, et de telle sorte que la vision nous en est familière ; comme Lamartine et Hugo, il a fait du coin de terre où il avait gratdi et des vieux murs qui avaient abrité ses premiers ans, une petite patrie pour nos cœurs. Ah ! quel est donc le pouvoir du génie pour que ces seuls mots : Combourg, Milly, les Feuillantines, nous fassent aujourd'hui tressaillir comme s'ils désignaient la chère vieille maison

OÙ s'est écoulée noire propre enfance, et comment ne pas envier les poètes quand nous les voyons éterniser avec un peu de leur écriture les êtres, les lieux même qu'ils ont aimés? Oui, c'est bien son foyer qu'il évoque au début de René; cet « étang désert où le jonc flétri murmure >\ c'est l'étang qui avoisinait Combourg et où il allait le soir épier le vol silencieux des canards sauvages et des hérons; ces forêts où s'égare René, ces landes tapissées de bruyère où il marche à l'aventure, les yeux fixés sur les teintes roses du couchant, c'est sa Bretagne adorée ; ce « fantôme imaginaire » que René croit entendre dans les gémissements du fleuve et qu'il veut saisir, étreindre dans la brise du soir, c'est celui qui hantait les songes de sa quinzième année et qui représentait à ses yeux tout à la fois l'amour, la gloire, l'honneur, c'est sa « Sylphide » avec qui il conversait en attendant l'éveil de sa Muse. Veut-on sentir combien il est sincère dans fien<^ et le charme qu'y répand sa sincérité? Qu'on écoute René, lorsqu'il revoit l'antique demeure où il a été élevé et qui ne lui appartient plus:

Mon frère aîné avait vendu l'héritage paternel, et le nouveau propriétaire ne l'habitait pas. J'arrivai au château par la longue avenue de sapins ; je traversai à pied les cours désertes ; je m'arrêtai à regarder les fenêtres ferra-'-es ou demi brisées, le chardon qui croissait au pied des murs, les feuilles qui jonchaient le seuil des portes, et ce perron solitaire où j'avais vu si souvent mon père et ses fidèles serviteurs. Les marches étaient déjà couvertes de mou.sse, le violier jaune croissait entre leurs pierres déjointes et tremblantes. Un gardien inconnu m'ouvrit brusquement les portes. J'hésitais à franchir le seuil ; cet homme s'écria : « Hé bien, allez-vous faire comme cette étrangère qui vin», ici il y a quelques jours ? Quand ce fut pour entrer, elle s'évanouit, et je fus obligé de la reporter à sa voiture. « Il me fut aisé de reconnaître l'étrangère qui, comme moi, était

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venue chercher dans ces lieux des pleurs et des souvenirs... Couvrant un moment mes yeux de mon mouchoir, j'entrai SOIS le toit de mes ancêtres. Je parcourus les appartements sonores, où l'on n'entendait que le bruit de mes pas. Les chambres étaient à peine éclairées par la faible lumière qui pénétrait entre lesvolets fermés : je visitai celle où ma mère avait perdu la vie en me mettant au monde, celle où se retirait mon père, celle où j'avais dormi dans mon berceau, celle enfin où l'amitié avait reçu mes premiers vœux dans le sein d'une sœur. Partout les salles étaient détendues, et l'araignée filait sa toile dans les couches abandonnées. Je sortis précipitamment de ces lieux, je m'en éloignai à grands pas, sans oser tourner la tête. Qu'ils sont doux, mais qu'ils sont rapides, les moments que les frères et les sœurs passent dans leurs jeunes années sous l'aile de leurs vieux parents ! La famille de l'homme n'est que d'un jour : le souflle de Dieu la disperse comme une fumée.

Chateaubriand avait transcrit là tout au Ion}; les impressions de son dernier pèlerinage à Coinbourg en 1791 ; aussi s'est-il borné dans ses Mémoira k un bref rappel des faits : « Je traversai une troisième fois Combourg en allant m'embarquer à Saint-Malo pour l'Am-'irique. Le château était abandonné, je fus obligé de descendre chez le régisseur. Lorsqu'on errant dans le grand Mail, j'ap-rçus du fond d'une allée obscure le perron désert, la porte et les fenêtres fermées, je me trouvai mal. Je regagnai avec peine le village ; j'envoyai chercher mes chevaux et je partis au milieu de la nuit. »

Chose plus étrange : son âme était si bien celle de René qu'en écrivant 1 histoire de celui-ci il s'est peint non seulement dans le passé, mais dans l'avenir. En 1802, il était allé déjà demander aux sauvages des FInrides « un peu de la paix dnnt ils jouissent » ; il u'était point encore allé « visiter les peuples qui ne

sont plus » et rêver « sur les débris de Rome et de la Grèce ». Il y est allé plus tard, et il fallait bien qu'un jour ou l'autre il y allât, parce qu'il était René. « Les palais sont ensevelis dans la poudre, et les mausolées des rois cachés sous les ronces. Force de la nature et faiblesse de l'homme I Un brin d'herbe perce souvent le marbre le plus dur de ces tombeaux, que tous ces morts si puissants ne soulèveront jamais !... Tantôt ce même soleil, qui avait vu jeter les fondements de ces cités, se couchait majestueusement à mes yeux sur leurs ruines ; tantôt la lune, se levant dans un ciel pur, entre deux urnes cinéraires à moitié brisées, me montrait les pâles tombeaux. Souvent, aux rayons de cet astre qui alimente les rêveries, j'ai cru voir le génie des souvenirs assis tout pensif à mes côtés. » Autant de phrases qu'on dirait extraites de l'Itinéraire de Paris à Jérusalem et qui cependant appartiennent à René ; elles ont été imprimées quatre ans avant le départ de Chateaubriand pour la Grèce, neuf ans avant qu'il publiât V Itinéraire qu'elles annoncent et dont elles donnent la note. Enfin, quand René forme le projet de se retirer « dans un exil champêtre », quand il achète « une chaumière » et cherche dans la monotonie de sa nouvelle existence le bonheur qu'il n'a pu rencontrer dans sa vie vagabonde, n'est-ce pas le paisible ermitage de la Vallée aux Loups que Chateaubriand semble entrevoir et dépeindre cinq années à l'avance ? En vérité, il se connaissait bien, il savait bien son cœur dès le temps où il a écrit René^ et pour la postérité il gardera toujours le nom sous lequel il s'est si fidèlement peint. Mais ce portrait qu'il traçait de lui-même, de quelle idéale beauté il l'a revêtu ! Sauf le trait déplaisant que j'ai signalé, sauf le « signe fatal x inscrit sur son front,

l'art n'a rien créé de plus poétique que le personnage de René. Les Gustave de Linar et les Oswald feraient bien sotte figure auprès de lui. Soit qu'appuyé contre le tronc d'un ormeau il écoute « les cloches de son lieu natal », soit qu'il erre parmi les ruines que blanchit la clarté de la lune ou dans la maison paternelle que la mort a dépeuplée, il ressemble au pensif génie des souvenirs qu'il a cru voir un jour à ses côtés. Il est le grand rêveur et le symbole même de la mélancolie moderne. D<;bout à l'entrée du xixe siècle, il projette en nous tous un peu de son ombre. Idée de la mort, sentiment de notre infirmité et de noire brièveté, inconsolable regret du passé, attachement aux choses qui du moins en gardent l'empreinte et durent plus que nous, supplice du doute, besoin de croire, en lui se résument toutes les lassitudes et toutes les vaines ardeurs d'une humanité qui a trop vécu et qui se connaît trop; en lui pleurent tous les adagios de Beethoven, en lui s'éveille une poésie nouvelle. Il dit ce que vont dire aux heures tristes de leur vie, aux heures de w niédiUilion » ou de a contemplation », nos grands lyriques de 1830, et il le dit comme ils le diront, leur voix ne sera pas plus harmonieuse que sa voix. Thèmes et rythmes, ^Isolement, le Soir, le Vallon sont déjà dans la page : « L'automne me surprit au milieu de ces incertitudes», et le cri sur lequel elle s'achève : « Levez-vous vite, orages désirés », est le cri de Lamartine :

Et moi je suis pareil à la feuille flétrie ; Emportez-moi comme elle, orageux aquilons !

J'ai cité une autre page, celle dans laquelle il revoit « le toit de ses ancêtres » ; qu'on en rapproche Milb/ ou la J'erre natale et la Vigne et la Maison :

Montagnes que voilait le brouillard de l'automne, Vallons que tapissait le givre du matin, Saules dont Fémondeur effeuillait la couronne, Vieilles tours que le soir dorait dans le lointain!... Voilà le banc rustique où s'asseyait mon père, La salle où résonnait sa voix mâle et sévère... Voilà la place vide où ma mère, à toute heure, Au plus léger soupir sortait de sa demeure, Et, nous faisant porter ou la laine ou le pain, Vêtissait l'indigence ou nourrissait la faim. .. La vie a dispersé, comme l'épi sur l'aire, Loin du champ paternel les enfants et la mère, Et ce foyer chéri ressemble aux nids déserts D'où l'hirondelle a fui pendant de longs hivers (1).

Efface ce séjour, ô Dieu ! de ma paupière. Ou rends-le-moi semblable à celui d'autrefois, Quand la maison vibrait comme un grand cœur de pierre De tous ces cœurs joyeux qui battaient sous ses toits !

A l'heure où la rosée au soleil s'évapore.

Tous ces volets fermés s'ouvraient à la chaleur,

Pour y laisser entrer, avec la tiède aurore,

Les nocturnes parfums de nos vignes en fleurs...

Et les bruits du foyer que l'aube fait renaître, Les pas des serviteurs sur les degi-és de bois, Les aboiements du chien qui voit sortir son maître, Le mendiant plaintif qui fait pleurer sa voix,

Montaient avec le jour ; et dans les intervalles. Sous des doigts de quinze ans répétant leurs leçons, Les claviers résonnaient ainsi que des cigales Qui font tinter l'oreille au temps de la moisson 1

Puis ces bruits d'année en année Baissèrent d'une vie, hélas ! et d'une voix ; Une fenêtre en deuil, à l'ombre condamnée,

Se ferma sous le bord des toits...

(l) IhT^monies, Milly ou laTerre natale.

AU XIX» SIÈCLE ni

Puis la maison glissa sur la pente rapide

Où le temps entasse les jours ; Puis la porte à jamais se ferma sur le vide,

Et l'ortie envahit les cours (1) I

Si beaux que soient les vers de Musset dans V Espoir en Dieu on dans les premières pages de Rolla, lorsqu'il regarde d'un œil d'envie les humbles croyants à genoux « daus les temples muets » et pleure « sur celte froide terre » que le Christ ne vient plus visiter :

Oh ! maintenant, mon Dieu, qui lui rendra la vie ! Du plus pur de ton sang lu l'avais rajeunie ; Jûsus, ce que tu fis, qui jamais le fera? Nous, vieillards nés d'hier, qui nous rajeunira ?,..

si beaux que soient ces vers, sont-ils plus beaux que les paroles de René : « Souvent, assis dans une église peu fréquentée, je passais des heures entières en méditation. Je voyais de pauvres femmes venir se pros terner devant le Très-Haut, ou des pécheurs s'agenouiller au Iribîinal de la pénilenco. Nul ne sortait de ces lieux sans un visage plus serein, et les sourdes clameurs qu'on entendait au dehors semblaient être les flots des passions et les orages du monde qui venaient expirer au pied du temple du Seigneur, Grand Dieu, qui vis en secret couler mes larmes dans ces retraites sacrées, tu sais combien de fois je me jetai à les pieds pour te supplier de me déch «rger du poids de l'existence on de changer en moi le vieil homme ! Ah ! qui n'a senti quelquefois le besoin de se régénérer, de se rajeunir aux eaux du torrent, de retremper son âme ti la fonliiine de vie !.,. »

{1) Recueillements, la Vigne et la Maison.

Il ne se peut, pas qu'une œuvre qui a éveillé de tels échos, qu'une œuvre qui a pour ainsi dire rouvert chez nous la source d^ la poésie, soit une œuvre malfaisante. Après avoir entendu le récit de René, le père Souël lui adresse de dures paroles : < On n^esl point, monsieur, lui dit-il, un homme supérieur parce qu'on aperçoit le monde sous un jour odieux. On ne hait les hommes et la vie que faute de voir assez loin. Étendez un peu plus votre regard, et vous serez bientôt convaincu que tous ces maux dont vous vous plaignez sont de purs néants... Jeune présomptueux qui avez cru que l'homme peut se sulïîre à lui-même 1 La solitude est mauvaise à celui qui n'y vit pas avec Dieu ; elle redouble les puissances de l'àme, en même temps qu'elle leur ôte tout sujet pour s'exercer, Quiconque a reçu des forces doit les consacrer au service de ses semblables. » Le vieux missionnaire du fort Rosalie a mille fois raison ; et néanmoins, tandis qu'il gronde, Chactas sourit doucement à René et le serre contre son cœur. Eh I oui, il vaudrait mieux que l'âme moderne ne fût point si vieille, il vaudrait mieux qu'elle ne fût point si malade ; mais elle est malade, mais elle est vieille, et il ne dépendait pas de Chateaubriand de lui rendre la jeunesse et la santé, II ne pouvait que bercer et ennoblir sa souffrance, et c'est ce qu'il a fait le premier et mieux que personne. Ne l'accusons pas de nous avoir enseigné le dégoût HeTaCion et d'avoir fait de nous des rêveurs; souhaitons plutôt d'être des rêveurs tels que lui Les Mémoires d' outre-tombe^ qui sont le commentaire de René, en sont aussi le complément. Ils nous apprennent que, s'il a été toute sa vie en proie au tourment de René, s'il a traîné jusqu'à sa dernière heure son magnifique ennui de roi en exil o i d'Adam

Bf AU XIXe SIÈCLE i7S

clu du Paradis, il a su être à l'occasion, et toutes les fois qu'il le fallait, un homme d'action. La vie de Chateaubriand, cette vie si vaillante et si digne, c'est la répon-e de René aux reproches du père Souël.

CHAPITHE IX

OBKKMAhN

René a eu bien des petits frères ou des petits cousins au commencement du xix= siècle; il a eu d'innombrables neveux aux environs de 1830; il a eu de nos jours même des arrière-neveux, tels que Leconte de Liste et M. Pierre Loti, Cela est tout simple, puisque la maladie morale, dont il souffrait et dont son histoire demeure l'expression la plus parlaile, est celle qui s'est appelée depuis la « maladie du siècle », comme si elle existait, au moins en germe, chez chacun de nous. Peu de temps après la publication de René, cette maladie se manifestait dans deux œuvrevs qui méritent toutes deux de n'être pas oubliées; l'une est Obermann, l'autre Adolphe.

OheriiLanneslune œuvre étrange, affreusement triste, et, avant de l'analyser en détail, si j'en voulais donner une idée, je dirais : évoquez les régions désolées que le vieil Homère et Yirj^ile ont décrites pour en faire le séjour des morts; évoquez le pays des Cimmériens ou le royaume du Ténare, paysages de deuil, sans limites et sans contours, où les choses n'ont plus de couleur, où règne un demi-jour crépusculaire ( areil à la lumière livide qui éclaire les nuits du Nord ; là volent des âmes mortes, des ombres qui floUent dans le vague de

LE ROMAN FRANÇAIS AU X!X« SIÈCLE 17o

l'air, se précisent un inslaol, puis se fondent et se disbiperit ainsi iiu une fuinco. C'est dans ce crépuscule que {)éu Ire le lecluur aObennann ; c'est à ces ombres, à ces âmes rtiories, que l'âme d'Obermann ressemble.

L'auteur, Etienne de Sènancour, né à Pari? en 1770, appartenait à une famille d'origine lorraine. Il eut une enfauci' maladive et renfermée. A sept ans, il fut mis en pension chez un curé, à une lieue d'Ermenonville dont les ombrages abritaient les derniers jours de Rousseau et devaient bientôt abriter sa tombe; et l'enfant s'éprit de Rousseau avant môme que de connaîlre ses oeuvres. En 1785, il entra au collège de la Marche et y resta quatre ans; il était déj^ grand lecteur des « philosophes », incrédule déjà. Aux jours de vacances, il se promenait dans la forêt de Fontainebleau qu'il a toujours aimée et qu'il a pour ainsi dire découverte. Il y fit un jour une rencontre dont il a parlé dans Obermann : celle d'un vieil ouvrier qui s'était retiré là, n'ayant ni biens ni famille, et qui vivait loin des hommes, au fond d'une grotte, insociable, fier et libre ; sur le jeune homme, tout pénétré des leçons de Jean-.Iacques, l'impression fut très forte. En 1789, k sa sortie du collège, comme son père voulait le mettre au séminaire de Saint-Sulpice, il se révolta, et, d'accord avec sa mère, prit un parti extrême. 11 quitta Paris et les siens pour aller vivre quelque part au loin, en solitaire. Vers le même temps Chateaubriand s'embarquait à Saint-Maio, hanté du même rêve, et s'élançait vers les solitudes du Nouveau-Monde. Le vol de Sénancour était moins puissant : il se ( onfenta d'errer en Suisse, s'éprenant des montagnes et s'essayant au métier de peintre. Une maladie nerveuse vint l'obliger à des soins. Il se logea près de Fribourg, chez une famille

noble qui râcevait des pensionnaires. Ses hôtes avaicnl une Glle qui s'intéressa vivement à lui, et au point lie refuser un mariage dont il était question pour elle; délicat jusqu'au scrupule, il se crut engagé par ce sacrifice et, bien qu'il ne l'aimât point, bien qu'il lui en coûtât beaucoup de renoncer à sa liberté, il l'épousa. Il n'avait que vingt ans, et dès lors son existence devint misérable. En racontant à la fin d'Ohermann le mariage de Fonsalbe, il a à peu près raconté le sien qui ne fut pas heureux. Il y avait entre les deux époux de profondes différences de caractère; en outre, la jeune femme était de santé chétive, et elle mourut bientôt, lui laissant deux enfants. Il était lui-même presque infirme : il avait les bras si faibles qu'il pouvait à peine s'en servir. Pauvre, avec cela : la Révolution le traitait en émigré, et les biens dont il devait hériter lui avaient été ravis. Les grands événements contemporains achevèrent de l'assombrir : il vécut à l'écart, sans solliciter personne, sans relations, et dans une gêne bien voisine de l'indigence. En 1827, pour un écrit qui contenait des attaques à la religion chrétienne, le gouvernement de la Restauration lui fit un procès : condamné dans un premier jugement, il fut acquitté en appel. Après 1830, il dut à l'estime de Thiers et de Villemain une pension qui lui permit d'attendre plus tranquillement la mort; elle vint le frapper en 1846.

Je sais peu de figures plus voilées, plus effacées, dans l'histoire de notre littérature, et telle doit bien être la figure de l'auteur d'Obermann. Sa vie a été faite de luttes sans résultat, de déceptions, de regrets, de résignation muette; et dans son talent de même que dans sa vie, il y a je ne sais quoi de souffreteux, d'avorté,

qui atlriste. Il a dit quelque part : « Je n'ai pas rempli ma desUnalion », el le mot n'est que trop vrai. Ses Rêveries sur la nature primitive de Vhomme (1798), f^on traité de r Amour considéré dans les lois réelles et dans les formes sociales de l'union des deux sexes (1805', ses Libres méditations d'vn solitaire inconnu (1818), malgré la hardiesse et la noblesse des idées qu'il y développe, sont des œuvres confuses et médiocres, depuis longtemps oubliées. Seul, Obermann, qui date de 1804, a laissé une trace. Ce livre compte parmi ceux qui ont formé la génération de 1830. Au premier moment il avait fait peu de bruit, et n'avait guère été remarqué que de Nodie?, Ballauche, Rabbe et Latouche. En 1818, dans le groupe de jeunes gens qui entourait Cousin et Ampère, il rencontrait d'ardentes sympathies. En 1833, Sainte-Beuve, qui déjà lui avait consacré un article dithyrambique, écrivit la préface de la seconde édition, celle peut-être que Fromentin enfant eut entre les mains et qui faisait couler ses larmes. La préface de la troisième édition, publiée en 1840, est de M"'" Sand qui, dès ses débuts, s'écriait dans Z/é/ia :« Sténio, Sténiol... redis-moi les souffrances dObermann... Voyons, poète, si tu comprends encore la douleur!... »

Obermann est un recueil de lettres écrites par un jeune homme h un de ses amis, ou plutôt c'est une sorte de journal intime découpé en petites tranches, ou plus simplement encore c'est la confession de Sénancour. D'action, il n'y en a pas, et on s'ap. rçoit dès les première-! pages qu'il ne peut pas y en avoir.

Qq md s'ouvre la correspouviance, qui doit se prolonger pendant dix ans, Obermann entre à peine dans sa vingt et unièm ^ année, et il vient de prendre nne résolution grave. Jaloux de conserver son indépen-

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