‹ Le roman français au 19 siècle, avant BalzacChapitre 9 sur 28 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LES ORIGINES DU ROMAN POPULAIRE ; PIGAUl T-LEBRUIf KT DUCRAY-DUMINIL

Quand la Rf^volution éclata, on peut di-e qu'il n'y avait plus en France, et depuis longtemps, de littérature populaire. Molière et La Fontaine ayant extrait de la farce et du fabliau tout ce qui pouvait y être matière d'art, le reste avait été balayé et jeté au rebut. Il existait bien, au commencement du règne de Louis XV, un Théâtre de la Foire, pour lequel ont travaillé Lesage et Piron ; mais il végétait misérablement ; la Comédie-Française, armée de son privilège, ui faisait une guerre acharnée, et elle l'avait peu à peu réduit à ne jouer que des pantomimes ou des pièces en couplets. Fermé en 1742, il ne se rouvrit, dix ans plus tard, que pour prendre le nom d'Opéra- Comique, et substituer au répertoire de Tabarin celui de Monsigny, Philidor et Grélry. Si humain qu'ait été l'art du xvii» siècle, il était un art, un art parfait, et ne s'adressait par conséquent qu'à une élite Quant au siècle de Voltaire, de Jean-Jacques et de Diderot, il a eu beau s'éprendre des questions sociales et eh parler sans cesse : dans V Encyclopédie comme dans le Dictionnaire philosophique y dans la Nouvelle Héloise

comme dans le Contrat social, la discussion passait par-dessus la tête des bonnes gens qui en faisaient l'objet, il n'y avait guère ab^rs que le monstrueux Restif de la Bretonne qui parlât dans ses écrits la langue de la rue ; encore est-ce aux mondains qu'il les dédiait, et dans l'ancien régime, en effet, de qui pouvait dépendre la fortune de l'homme de lettres, si ce n'est des mondains et des mondaines?

Tout change en 1789, et, selon la formule de Sieyès ou, plus exactement, de Chamfort, le tiers état qui n'était rien devient tout. Car la Révolution, c'est sans doute et avant toute autre chose l'immense élan d'un peuple et, à sa suite, de l'Europe entière, vers un idéal de justice, de liberté, de fraternité humaine ; c'est le plus grand frisson d'enthousiasme et d'amour qui, depuis la venue du Christ, ait secoué notre vieux monde ; c'est un réveil universel des cœurs et des ■volontés, et, à travers de sanglantes lueurs, une magnifique éclosion de héros ; mais c'est aussi l'avèneînenl ae îa démocratie.

Du jour au lendemain, les mœurs se font démocratiques. Rien ne subsiste des anciennes distinctions sociales. De nouveaux maîtres sont au pouvoir : le peuple est souverain. Il règne à TÂssemblée, dans les clubs et jusque dans les salons où il fait la mode ; son bonnet rouge est la coiffure qui se porte, et La Harpe en met un pour faire ses cours au Lycée ; son vocabulaire est le seul qui soit autorisé. Adieu, les mots de « monsieur » et de « madame » I II n'y a plus que des <■ citoyens » , et l'acteur qui joue Clitandre dans le Misanthrope a soin de dire au second acte :

Parbleu ! Je viens du Louvre oîi Gléonto, au levé. Citoyenne, a paru ridicule achevé.

Les formules de cérémonieuse politesse font place au tutoiement; l'ouvrier et le patron, le député et l'électeur, le soldat et l'offîcier, les hommes et les femmes se tutoient ; et, remarque Pigault-Lebrun, comme en France l'administration est toujours la iiK'-me, on lit en entrant dans tous les bureaux possibles : « Ici on se tutoie. Fermez la porte, sil vous plaît. »

11 semble, après Thermidor, qu'une hiérarchie se reconstitue ; simple apparence. Ceux et celles qui tiennent le haut du pavé, qui courent les rues de Paris en wiski et paradent à l'Opéra, ne sont en réalité que des parvenus. Ce sont les marchands enrichis, les acheteurs de biens nationaux dont Fiévée a tracé le spirituel portrait dans la Dot de Suzette ; ce sont les marchandes de marée métamorphosées soudain en grandes dames, qu'un écrivain du Directoire, Antoine- François Eve dit Maillot, va incarner en M""" Angot et qui, à quelques années de là, changeant de nom sans changer de manières, s'appelleront M"* Sans-Géne. •< Elles disaient autrefois, écrit en 1796 ce même Pigault-Lebrun, ceneslpatàmoi; elles disent maintenant ce n'est poins à vous, ce qui est plus doux à l'oreille. »

Et de môme que les mœurs, l'art et les lettres se font démocratiques. La poésie est le hurlement de l'émeute ou l'hymne des combats; elle est le Ça ira ou bien le Chant du départ, la chanson de Madame Veto ou bien cet immortel cri de la patrie en danger: la Marseillaise. A la tribune de la Constituante ou de la Convention, au club des Jacobins ou des Cordeliers, dans le jardin du Palais-I^oyal où Desmoulins harangue les promeneurs, sur la place publique, sur la borne, en plein veut, naît une éloquence nouvelle qui trouve un

écho dans les cœurs, et que le paysan, que le garde Dalional, que la grande foule comprend et applaudit. Au théâtre, les chefs-d'œuvre ne sont tolérés qu'à la condition qu'ils soient, comme dit le jargon de l'époque, « nationalisés », que don Fernand, dans le Cid, se transforme en général républicain au service de l'Kspagne, et que la Phèdre de Racine ait une cocarde tricolore à son péplum. Les pièces nouvelles, - et elles pullulent sur les quarante-cinq scènes ouvertes à Paris, — sont toutes des pièces de circonstance qui flattent la populace. Mais plus que le théâtre, plus que l'éloquence et la poésie, le journal sait répondre aux besoins nouveaux. Il est lui-même une création nouvelle ; il est né le jour où les États généraux se rassemblaient. A peine décrétée, la liberté de la presse a fait éclore des centaines de journaux quotidiens. Un simple catalogue de ceux qui ont paru entre 1789 et nOQ formerait un volume. Dans le nombre, il en est bien quelques-uns qui sont destinés à une clientèle élégante et lettrée ; tel, par exemple, le Journal politique national de Rivarol, œuvre d'un penseur et d'un merveilleux styliste. Ceux-là sont très rares, ils sont l'infime minorité. Tous les autres, — qu'ils soutiennent la monarchie ou qu'ils la combattent, qu'ils s'intitulent Journal de la cour et de la ville, Journal de SuleaUy Actes des apôtres et qu'ils soient royalistes, ou qu'ils s'intitulent Révolutions de Paris, Journal de Paris, Révolutions de France et de Brabant, Annales patriotiques et qu'ils soient républicains, — tous ils veulent être intelligibles à tous et parlent à peu près la même langue. Quel que soit le parti qu'ils représentent, la proie qu'ils se disputent n'est-elle pas la même? N'estce point toujours le peuple, ce peuple de France si

généreux et si crédule, en qui est la force, et donv il faut bien se faire le courtisan quand on veut en deven r le maître ?

Il ne se pouvait pas que le roman échappât à la contagion et n'essayât point à son tour de se «nationaliser». De la Révolution est sorti le roman populaire, appelé à prendre par la suite un si vaste développement ; il en est le produit brut. A ses débuts il s'est partagé en deux courants, roman bouffon d'une part, roman sinistre de l'autre : le premier s'est formé avec Pigaull- Lebrun, le second avec Ducray-Duminil.

La vie de Pigault-Lebrun est presque aussi extravagante que son œuvre. Pigault de l'Epinoy dit Pigault- Lebrun est né à Calais en 1753, et descendait, paraît-il, d'Eustache de Saint-Pierre. Il élail fils d'un conseiller du roi, lieutenant général de police de la ville et du gouvernement de Calais, qui était un homme très dur, et il arriva pour lui ce qui est arrivé pour Mirabeau: l'indulgence et la bonté auraient pu avoir quelque prise sur lui ; le despotisme paternel ne servit qu'à le pousser à la révolte. Dès sa sortie du collège, il eut des aventures passablement scandaleuses, et la rigueur avec laquelle son père l'en punit provoqua de sa part de pires incartades, l'iuprisonné deux ans, puis obligé de s'engager dans la gendarmerie d'élite ou, suivant l'expression du temps, dans la petite maison du roi, il eut des duels, fît des dettes, enleva une jeune personne que son pAre ne lui permettait point d'épouser, et fut de nouveau, à la requête de celui-ci, jeté en prison. Bientôt il trouve le moyen de s'évader, passe en Hollande, est dépouillé

par des voleurs du peu d'argent qu'il avait en poche, et s'enrôle dans une troupe de comédiens. 11 n'y séjourne guère. Il parvient à rejoindre celle qu'il aimait, et l'épouse. Son père se venge en le faisant passer pour mort, et quand il revient à Calais, on lui montre son acte de décès dûment enregistré. Il proteste, il affirme qu'il n'est pas mort; on lui répond : "Vous devez vous tromper. Il en appelle au Parlement de Paris, et le Parlement consacre sa mort par un arrêt en forme. Sur quoi il se résigne, prend le nom de Lebrun sous lequel il ne lui est pas défendu de vivre, et commence sa carrière d'auteur. Il est tout d abord auteur dramatique, et ses premières pièces datent de 1790. En 17!)2, il s'engage dans les dragons de Custine, assiste à la bataille de Valmy, s'y comporte bravement, et revient avec le grade d'adjudant général. Mais la vocation était irrésistible : il quitte l'épée et reprend la plume. Après quelques succès au théâtre, l'envie lui vient de s'essayer dans le roman ; en 1796 il publie V Enfant du carnaval, en 1798 les Barons de Felsheim, en 1799 Angélique et Jeannelon, Mon Oncle Thomas, Qa 1800 Monsieur de Kinglin, Théodore, Métusko, en 1801 la Folie espagnole, en 1802 Monsieur Boite, etc., etc. Entre temps, il s'était réconcilié avec son père qui, en mourant, l'avait avantagé dans son testament. Il déchire le testament et partage avec ses frères et sœurs, qui étaient sept, si bien qu'il demeure pauvre; ses écrits n'enrichisb-aient que son libraire. En 1806, il est obligé de se caser dans les douanes. Il y est resté jusqu'en 1824, le gouvernement de la Restauration ayant jugé à propos celte année-là lie le destituer.

Ceux qui l'ont connu à la fin de sa vie sont unanimes à déclarer qu'il n'y eut jamais plus charmant vieillard

ni meilleur grand-père. Cela est fort possible, cela est même vraisemblable; en vieillissant, les mauvais sujets font d'excellents grands-pères. Un an avant sa mort, — il avait quatre-vingt-un ans, — un de ses amis le voit arriver tout ému, et l'ex-dragon de Custine, l'auteur de tant d'œuvres grassement bouffonnes, s'écrie : « Je crains de vous déranger, mais c'est que j'ai une grande nouvelle : notre enfant, notre Emile, a un second prix de version grecque ! » L'anecdote serait jolie, quand bien même cet Emile n'aurait fait de sa vie autre chose que la version grecque couronnée au Concours général de 1834. Il a fait autre chose ; sans parler du prix d'honneur remporté au Concours l'année suivante, trop tard pour que son grand-père en eût la joie, il a écrit l'Aventurière y le Gendre de Monsieur Poirier, le Fils de Giboyer, et quelques autres belles comédies qui ont immortalisé son nom. Le petit-fils de Pigault-Lebrun est Emile Augier, né d'une fille qu'il avait eue de son second mariage.

11 fallait le dire et il faut y insister un peu avant de parler de ses romans, car, si discrètement que j'en parle, on verra qu'il y a beaucoup à lui pardonner, et il est bon de placer sa mémoire sous la protection de son petit-fils. A deux reprises, son petit-fils a réclamé pour lui notre indulgence, et de telle façon que nous ne saurions la lui refuser. Il l'a réclamée dans la dédicace de la Ciguë, sa première pièce : •< A la mémoire vénérée de mon grand-père », et dans la lettre-préface que plus tard il y a jointe. Peut-être même le théâtre d'AtJgier porle-t-il quelques traces de ce culte pieux. Tout le monde connaît, dans le Gendre de Monsieur Poirier, la jolie scène de réconciliation entre la marquise et le marquis de Presles. Antoinette vient de reconquérir

le cœur de son très aimable et très léger mari ; il est à ses pieds, implorant son pardon, jurant qu'il lui appartient et à jamais. Comme ele sait qu'il doit se battre en duel et à propos d'une coquette à laquelle, hier encore, il faisait la cour, elle exige que le duel n'ait point lieu; elle lui fait écrire une lettre d'excuse; puis, quand elle se voit victorieuse, quand elle est bien sûre d'être aimée, elle déchire la lettre, et retrouvant dans son amour même la fierlé qui sied à la femme d'un gentilhomme, elle lui crie : « Et maintenant, va te battre! » Da.nsV Enfant du carnaval, qui est le premier en date des romans de Pigault-Lebrun, il y avait une scène analogue. Le héros vient d'épouser sa chère Juliette ; elle sait qu'il a été provoqué la veille, elle a vu les pistolets qu'il essayait de cacher; elle le supplie de vivre pour elle, de ne point exposer dans un combat une vie dont sa vie dépend; il cède, la victoire féminine est complète, et ainsi que dans le Gendre de Monsieur Poirier les choses s'arrangent ensuite d'elles-mêmes; l'adversaire vient de son propre mouvement s'excuser, et le duel n'a pas lieu. Mais Pigault-Lebrun a laissé à Augier l'honneur de trouver le : « Va te battre », qui fait presque tout le prix de la scène : preuve, évidemment, qu'il était un très bon grand-père. — Autre rapprochement que je signale sans y attacher plus d'importance. Dans la même pièce d'Augier, on se rappelle l'ironique couplet dans lequel le marquis raille l'ambition du bonhomme Poirier, et la verte réponse qu'il s'attire :

Gaston. — Arrive donc, Hector! Arrive donc! Sais-tu pourquoi Jean-Gaston de Presles a reçu trois coups d'arquebuse à la bataille d'Ivry ? Sais-tu pourquoi François-Gaston de Presles est montt! le premier à l'assaut de la Rochelle ? pourquoi Louis-Gaston de Presles s'est fait sauter à la

Hogue ? pourquoi Philippe -Gaston de Presles a pris deux drapeaux à Fontenoy ? pourquoi mon grand-père est mort à Quiberon ? C'était pour que M. Poirier fût un jour pair de France et baron ! ...

Poirier. — Savez-vous, Monsieur le duc, pourquoi j'ai travaillé quatorze heures par jour pendant trente ans ? pourquoi J'ai amassé, sou par sou, quatre millions, en me privant de tout? C'est afin que M. le marquis Gaston de Presles, qui n'est mort ni à Quiberon, ni à Fontenoy, ni à la Hogue, ni ailleurs, puisse mourir de vieillesse sur un lit de plumes après avoir passé sa vie à ne rien faire.

Dans un roman de Pigault-Lebrun, Monsieur Botte, un marquis et un bourgeois étaient de même aux prises. Le marquis d'Arancey, que la Révolution a ruiné, n'en est pas moins fier de son nom et de son titre; il le prend de haut avec M. Botte qui voudrait marier son neveu à M"« d'Arancey, et à ses impertinences M. Botte répond, du même ton que M. Poirier:

Votre bisaïeul était maréchal de France, et le mien matelot; jusque-là tout l'avantage est pour vous. Votre aïeul était maréchal de camp, et le mien pilote ; ici l'avantage décline un peu. Votre père était colonel, le mien était capitaine-propriétaire de son navire ; il y a déjà quelque rapprochement. Vous avez été mousquetaire, et vous avez mangé une partie de votre bien ; moi, j'ai été l'homme de l'État, à qui j'ai prêté des fonds. En temps de paix, j'ai envoyé des flottes marchandes dans les deux Inde? ; en temps de guerre, j'ai armé, j'ai fait respecter le pavillon du roi, et mes facteurs, dans tous les temps, ont fait respecter ma probité aux peuples des deux hémisphèresi J'ai acquis des millions, j'ai fait du bien à tout le monde, je vous en fais à vous, j'en veux faire encore à votre fille, et, tout bien calculé, morbleu ! vous devez savoir gré à M. Botte de vouloir bien être l'égal de l'ex-marquis d'Arancey.

A supposer qu'Augier se soit souvenu de ces deux scènes, sa detl»* envers Pigault-Lebrun ne serait pas

très grande, et il n'est pasbesoin de dire à l'avantagede qui est la comparaison. Mais il faut savoir gré à Pigault-Lebrun d'un autre service qu'il lui a rendue Il lui a facilité Taccès de la Comédie-Française où son nom était connu, où son souvenir était resté vivant. Il y avait fait jouer jadis plusieurs pièces, une entre autres qui est encore au répertoire et s'intitule les Rivaux d'eux-mêmes. Deux très jeunes époux, qui ont été mariés quand madame avait dix ans et que monsieur en avait quatorze, mais qui, au sortir de l'église, s'en sont allés chacun de leur côté, elle avec sa gouvernante, lui avec son gouverneur, vont être enfin réunis. Depuis le jour de leur mariage, six années se sont écoulées sans qu'ils se soient revus : la fillette est presque une femme, le petit garçon est un bel officier qui s'en revient de Fontenoy. Ils se rencontreraient qu'ils ne se reconnaîtraient pas ; et c'est ce qui arrive. Ils se rencontrent à l'improviste et incognito, à un relai de poste. Au premier regard, aux premiers mots échangés, ils se plaisent et plus qu'ils ne le souhaiteraient. Derval, qui avait hâte de rejoindre sa femme, se reproche tout bas de s'éprendre ainsi d'une étrangère; M™e Derval> qui n'était pas moins désireuse de revoir son mari, se veut mal de mort d'écouler avec tant de plaisir les madrigaux d'un étranger. Mais le hasard a pitié de leur embarras; il vient à leur secours, il leur révèle qui ils sont ; et ils se rassurent en constatant qu'ils n'étaient point infidèles, qu'ils n'étaient que < les rivaux d'eux-mêmes ». Ce menu et coquet pastiche de Mari.vaux est un très agréable badinage.

Les romans de Pigault-Lebrun sont de plus haut goût.

Piganll- Lebrun est un homme du xvm» siècle; il est irréligieux, âme sensible et polisson. Mais il n'est point polisson à la façon de Crébillon fils, âme sensible h la façon de Florian, irréli^siieux à la façon de Voltaire; il l'est comme peut l'être un homme qui a porté la carmagnole, qui a fraternisé avec les gardes-françaises le 14 Juillet et avec les poissardes le 5 Octobre. Il est le ("rébillon, le Fltrian et le Voltaire des sans-ci'lotte, amuseur en charge ei bouffon de Sa Majesté le peuple.

Ses romans sont presque invariablement l'odyssée incohérente et burlesque d'un enfant du peuple qui se débrouille et se tire d'affaire à lui tout seul en se moquant des préjugés, boit comme un Suisse, jure comme un charretier, au demeurant le meilleur fils du monde, bon en dépit de sa brutalilé et gai en dépit de ses infortunes. Au dénouement, l'enfant du peuple arrive à la fortune et épouse la fille dlin grand seigneur, et il ne reste plus qu'à crier : Vive l'égalité ! La vie, la vie intense et débordante de la Révolution est là, toute l'ivresse des récentes revanches, toute la joie grossière mais si naïve, si légitime, de ceux qui avaient été longtemps « humiliés et offensés », et qui soudain pouvaient dire, au mépris des vieilles monarchies et de la vieille grammaire : « C'est nous qui sonHesTois. »

Cette gaieté faubourienne qui anime l'œuvre de Pigault-Lebrun , elle anime aussi d'autres écrits du même temps et peut-êtie nous y plaît-elle davantage. Elle nous platt chez les polémistes, révolutionnaires ou contre-révolutionnaires, il n'importe, qui, de 1789 à 1793, ont vécu en quelque sorte sur la barricade. Chez eux, elle emprunte des conditions même dans lesquelles ils se trouvent placés, du péril qu'ils courent, de la bravoure dont ils font preuve, une indéniable et

étnouTante beauté. Nous aimons le rire de Suleau et de DesinouUns, tout débridé qu'il est. Us meltaient, 1 un au service du roi, l'autre au service de la nation, le même esprit, la même vaillance ; ils étaient tous deux des gamins de Paris, d'héroïques gavroches, et tous deux sont morts en martyrs, l'un le matin du 10 Aoilt, sous le couteau des égorgeurs, l'autre le 15 germinal an II, sur l'échafaud. De même encrTC, quand nous lisons les mémoires d'un soldat de Kellermann ou de Bonaparte, loin d'être choqués de ce que la plaisanterie y peut avoir de trivial et de rude, nous en sommes charmés, parce qu'à travers ces trivialités et ces rudesses passe le souffle de la grande épopée. J'en atteste les Cahiers du capitaine Coignet, de si délectable lecture. Coignet était fils de paysans; il touchait à sa trente-cinquième année quand il apprit à lire et à écrire. Son style est d'un troupier, son comique est celui du corps de garde et de la chambrée. Mais ce qui en fait le prix, c'est que presque à chaque page de glorieuses visions s'évoquent ; c'est qu'avant de nous conter, par exemple, et de fei réjouissante façon, ses amours avec une dame du « grand monde parisien», il nous a conduits à Marengo, il nous a dit les angoisses de la journée, l'armée qui, vers midi, commence à reculer, le premier Consul assis au bord de la route, tenant son cheval par la bride et faisant voltiger de petites pierres avec sa cravache : soudain, un aide de camp accouru au galop annonce la division de Desaix ; et voici que le vieux Coignet, le troupier, le fils de paysans, rencontre sans les chercher des accents dignes de Hugo:

Celte belle division venait l'arme au bras ; c'était comme une forêt que le vent fait vaciller. La troupe arrivait sans courir, «vec une belle artillerie dans les intervalles des

AU XIXo SIÈCLE 81

demi-brigades, et un régiment de grosse cavalerie qui fermait la marche... Sur notre gauche, à gauche de la grande route, une haie très élevée les masquait : on ne voyait même pas la cavalerie, et nous battions toujours en retraite. Le Consul donnait ses ordres, et les Autrichiens venaient comme s'ils faisaient route pour aller chez eux, l'arme sur l'épaule ; ils ne faisaient plus attention à nous, ils nous croyaient tout à fait en déroute. Nous avions dépassé la division du général Desaix de trois cents pas, et les Autrichiens étaient prêts aussi à dépasser la ligne, lorsque la foudre part sur leur tête de colonne... Mitraille, obus, feux de bataillon pleuvent sur eux ; et on bat la charge partout ! Tout le monde fait demi-tour. Et de courir en avant ! On ne criait pas, on hurlait !...

Rien de pareil chez Pigault-Lebrun. Ses récits de batailles ne sont que parades de cirque, et l'héroïsme ne vient pas relever, ennoblir sa verve canaille. Ne la méprisons pas trop, néanmoins. Elle est, par instants, moliéresque et rabelaisienne : elle renoue la tradition de Scarron, de Cyrano et de Sorel. Qu'elle est riche en joyeuses extravigances ! Ce ne sont que poursuites éperdues, dégringolades, évasions par la fenêtre et la cheminée, pugilats nocturnes où résonnent de formidables claques : qui veut se cacher dans un coffre, s'y trouve assis sur une paire d'éperons ; qui «roit saisir un manchon, empoigne à pleine main un hérisson ; et tout cela est débité sans reprendre haleine, en une tumultueuse improvisation de tréteau. La Muse de Pigault-Lebrun ressemble à ses héros qui ne parlent qu'après s'être « corroborés d'un doigt de riquiqui ». Dirai-je jusqu'à quelles folies elle se laisse entraîner ? Dans Mon oncle Thomas, Thomas s'installe à Paris pour dépenser l'argent qu'il a gagné {dans le métier de flibustier et se loge au second étage d'un superbe hôtel, au grand émoi d'un vicomte qui occupe le premier. Au

LE nOMAN FB ANC Ali Q

bout de peu de jours, les deux locataires sont en guerre ouverte; le bruit que fait Thomas exaspère le vicomte, qui se venge en jouant toute la nuit du cor de chasse. Thomas, sans se déconcerter, fait venir trois porteurs d'eau et vide leurs seaux dans son appartement. L'eau filtre à travers le plancher et inonde la chambre à coucher du vicomte. Il accourt, hors de lui, et voit Thomas assis sur son lit, ayant à la main une ligne qu'il a confectionnée avec un manche ii balai et la corde de sa malle ; à l'extrémité de la corde, un saucisson tienllieu d'appât. — Que faites-vous? Monsieur ! s'écrie le vicomte. — Vous le voyez, répond Thomas; vous jouez du cor; moi, je pèche. «Tandis que le vicomte le haranguait, mon oncle, l'œil constamment fixé sur sa ligne, n'avait pas l'air de s'apercevoir qu'il y eût quelqu'un avec lui. Tout à coup, la corde de cette ligne est entraînée rapidement dans différents coins de la chambre. Thomas, étonné, tire ni enlève... quoi ? une alose, un saumon, une carpe ? C'est un rat d'eau qui s'est trouvé pris dans un des seaux et que l'odeur du saucisson a attiré... » Et ceci s'ifnprimait en 1799 pour des lecteurs qui lisaient avec un peu de peine, en épelant de temps à autre un mot difficile, pour les ouvriers de Paris, pour la gent taillable et corvéaule dont la Révolution venait de redresser l'échiné ; ceci faisait pouffer de rire, à la caserne ou dans la tranchée, de solides gaillards qui avaient combattu à Valmy ou à Jemmapes et qui allaienl se mettre en route pour Marengo ou Hohenliriden. Non, il ne faut pas trop mépriser les bouffonneries de Pigault-Lebrun.

Le seul de ses romans dont il soit possible d'e-quisser l'analyse est Monsieur Botte. Botte est un type ou plutôt une charge qu'il a dessinée dans plusieurs de ses

ouvrages et qui est bien de la môme époque que le père Duchesne ou que M'"«'Angot. Botte est une force, et une force nouvelle. Il a amasse dans le commerce une colossale fortune. Vieux gnrçon, peu instruit, mais honnête et sensé, bourru bienfaisant, « homme de la nature » et cœur d'or sous les dehors d'un malotru, il rudoie tout le monde, son ami Horeau comme son neveu Charles, et adore ceux qu'il rudoie. Aux « ci-devant » qui affectent de lui parler ?vec mépris, il répond en faisant sonner ses écus dans sa poche. Il symbolise le triomphe du plébéien, et de telle sorte qu'en amusant la plèbe il flatte ses instincts.

Charles, le neveu de M. BoUe, aime M"" d'Arancey. Celle-ci est la fille d'un émigrô qui, en quittant la France après le 10 Août, n'a pu l'emmener aveclui. Elle vit chez un anrien fermier de son père qui l'a recueillie et l'entoure de soins, d'égards. Il a fait plus : quand les terres du marquis ont été déclarées biens nationaux, il les a acquises, en s'endettant beaucoup, afin de les rendre à son maître le jour oîi celui-ci rentrerait en France. Il va de soi que Sophie d'Arancey est un ange et que Charles, qui l'a par hasard aperçue en chassant, n'a pu la voir sans l'aimer. Il serait facile de marquer des rapports entre cette donnée et celle du Marquis de la Seigiière ; mais s'y attarder serait faire tort au talent si fin de Jules Sandeau. Dès que M. Botte découvre que son neveu aime la tille d'ua émigré, il entre en fureur et casse une partie de sa vaisselle. Il demande ensuite à voir Sophie, se rend à la ferme, épouvante le fermier et la fermière, tout en les comblant de ses bienfaits, et après avoir crié, pesté, tempêté, reconnaît que Sophie est digne d'être la femme de Charles. Mais Charles prend à contresens une de ses paroles ; il croit que

M. Botte veut le marier à une autre jeune fille, il se sauve à toutes jambes, et alors com.mence la course au clocher, la partie de cache-cache insensée, sans la quelle il n'y a point de roman de PigauU-Lebrun. Après des péripéties sans nombre, M. Botte rattrape son neveu, le ramène, et rien ne semble plus s'opposer au bonheur des deux jeunes gens, quand le père de Sophie reparaît à l'improviste. Bonaparte vient d'autoriser la rentrée en France des émigrés, et M. d'Arancey n'est pas plus tôt de retour qu'il signifie à M. Botte et à Charles d'avoir à déguerpir d'auprès de sa fille. Il fait le fier parce qu'il s'attend k recouvrer sans difficulté ses anciens domaines : M. Botte, qui les a rachetés en so'is main, lui prouve qu'il est le plus fort et que la résistance est inutile. Les sacs d'écus triomphent des parchemins, et le gentilhomme se résigne à devenir le beau-père d'un roturier qui a un oncle millionnaire.

Qu'on mêle à cela des scènes de tendres^se en style de perruquier sentimental, des scènes villageoises tour à tour cyniques et attendries, avec danses et déjeuner sur 1 herbe; qu'on y mêle de très gros mots, d'épaisses railleries à l'adresse du clergé, d'ineptes turlupinades, une agitation épileplique et une intarissable bonne humeur: on aura une idée de ce que le roman est devenu avec Pigault-Lebrun . C'estbien réellement quelque chose de nouveau qui apparaît ici, c'est une école qui se l'onde; et je me borne k rappeler que les débuts de Paul de Kock datent de 1811.

Mais s'il y avait chez le tiers état vainqueur un débordement d allégiesse, il y avait aussi chez lui un besoin

d'émotions violentes qu'il fallait satisfaire. Tout risquait de paraître fade à des gens qui avaient vu pendaet^e longs mois la guillotine en permanence sur la place de la Révolution. Pigault-Lebrun lui-môme s'en rendait compte ; de temps à autre, dans ses plus folles pantalonnades, Enfant du carnaval ou Barons de FeUheim, il introduisait quelque bonne scène d'horreur, assassinat, pendaison, mystérieux enterrement au fond d'un souterrain, incendie d'une ville prise d'assaut, etc. Ce n'était pas assez; il avait beau barbouiller de sang son masque d'Arlequin, il manquait de sérieux, il ne faisait pas peur, et le public demandait qu'on lui fît peur. D'autres écrivains du même temps s'en chargèrent.

Certains romanciers anglais leur avaient facilité la lâche. Les romans d'Anne Radcliffe ont paru de 1789 à 1797; ceux de ses imitateurs, Lewis et Maturin, ont suivi de près et ont été comme les siens aussitôt traduits en français. On sait dans quelles fantaisies macabres se complaît M""' Radcliffe, et il est sage de ne point lire son chef-d'œuvre, les Mystères du château d'Udolphe, avant de se coucher. Partout la trahison, le crime, d'horribles tueries ; point de chambre qui n'ait une porte secrète, ni de corridor où ne s'entende à minuit un bruit de pas sourds ; des voix qui n'ont rien d'humain s'élèvent tout à coup et viennent troubler le scélérat qui s'apprêtait à commettre un dernier forfait ; dehors l'orage gronde, des éclairs bleuâtres illuminent la façade du vieux donjon, et près du pontlevis un spectre muet passe... Par malheur, après nous avoir bien effray-^s, M™^ Radcliffe nous explique que nous avons été dupes d'une supercherie : ce spectre, près du pont levis, c'était le bon Ludovico qui faisait

sa promenade du soir; c^s voix qui sortaient de dessous terre, c'était la voix de Dupont, officier français, prisonnier au château d'Udoiphe et qui s'amusait à épouvanter son geôiitr. En vain elle avait lu Shakspeare ; en vain elle avait aperçu l'ombre de Banco assise à la table de Macbeth; en vain elle avait entendu le père d'Hamlet crier du fond de la tombe à ceux qui promettent de le venger: « Jurez! Jurez 1 Jurez! » Elle n'a pas compris que le surnaturel de Shakspeare n'est si tragique et si beau que parce qu'il est pour lui-même une réalité, parce que luimême y croit et nous oblige à y croire. Son art nous semble à présent d'une extrême puérilité.

Son succès n'en fut pas moins grand. Elle avait fait du cauchemar un genre litt.'^raire, et peut être pourrait-on retrouver la trace de son influence jusque chez les plus illustres écrivains de l'époque romantique, chez Walter Scott comme chez Hotfmiun, chez M'"" Sand comme chez Hugo. Il y a dans le romantisme un élément de fantasmagorie funèbre qui vient d'elle encore plus que de Shakespeare. En attendant, elle aida Ducray-Duminil à transformer le roman, si voisin de la farce chez Pigault-Lebrun, en gros drame bien noir.

Ducray-Duminil avait reçu de la nature une âme douce et inoffensive. Chroniqueur théâtral aux Petites Affiches en 1790, rien ne lui coûtait plus que d'enregistrer la chute d'une pièce, et s'il y était forcé, il ajoutait invariablement : « La pièce est d'un homme d'esprit qui, nous l'espérons, prendra bientôt sa revanche. » Il avait commencé par imiter Berquin et par composeï des romans à l'usage de la jeunesse, Lolotte et Fan fan, \ 788, Petit Jacques et Georgelte, 1789. En lisant Anne Iladcliffe, il sentit qu'il faisait fausse route ; il renonça à divertir

l'enfance et s'appliqua consciencieusement à terrifier les grandes personnes. Il y réussit à souhait dans Victor ou l'Enfant de la forêt (1796), dans Ccelina ou V Enfant du 7nystère {ilQH) , el ddins unequinzained'autres romans dont le dernier, le Faux Ermite ou les Victimes de la fatalité, est de 1818; vingt années durant, il fit métier de torturer l'âme sensible du petit boutiquier, de donner des insomnies aux portières et des attaques de nerfs aux grisettes.

Un manoir en ruine où s'entendent chaque soir des sons de cloche et des gémissements ; des nuits sans lune où le vent et la foudre font rage ; une pauvre mère séquestrée dix ans dans un caveau « fétide » où elle n'a d'autre nourriture que des œufs d'aigle ; une innocente jeune fille qui, au moment d'épouser celui qu'elle aime, se voit chassée du toit paternel et parcourt les glaciers des Alpes en robe de mariée; uu infortuné à qui ses ennemis ont coupé la langue pour qu'il ne pût les dénoncer et à qui ils ôtent ensuite, en lui cassant le bras droit, jusqu'à la ressource d'écrire ses mémoires; des testaments captés, des eufauts substitués , des chaumières incendiées, des vieillards égorgés ; et à tant de maux, aux souffrances de toute une famille vertueuse, une seule cause, la scélératesse d'un homme, d'un infâme, qui ne doit être démasqué et châtié qu'au dernier chapitre : c'est là ce qui faisait si délicieusement frissonner les lecteurs de Cœlina, onze fois réimprimée de 1798 à 18:25, et c'est ce qui a fait la gloire de Ducray-Duminil. Qu'importait l'absurde invraisemblance de la donnée ou de la péripétie ? Q. l'importait qu'il n'eût ni goût ni esprit ni style, qu'il opposât « les flambeaux de l'hymen » aux « torches de la discorde d, ou qu'il écrivît : « Le corps

de Cœlina était comme un cadavre inan.iné » ? Qu'ils fussent ou non inanimés , les cadavres se comptaieni chez lui par douzaines ; le dialogue n'était qu'une suite d'interjections : « Ciel ! — Grand Dieu I — Grâce ! — Misérable I — Ma mère ! » 11 savait interrompre ses narrations à l'endroit le plus palpitant pour ne les reprendre et ne les achever que cinquante ou soixante pages plus loin; il savait persécuter la vertu dans les quatre premiers tomes et la récompenser au tome V ; enfin, il avait installé dans le roman la figure, désormais classique, du traître : qu'est-ce que les bonnes g< ns des faubourgs ou du Marais auraient pu exiger de plus ? En vérité, son contemporain Pixérécourt, à qui il a fourni tant de sujets de pièces, n'a pas eu grand'chose à faire pour adapter à. la scène son Victor ou sa Cœlina. Décors, action, coups de théâtre, personnages, tout y était déjà conforme à l'esthétique spéciale de l'Ambigu ; sous leur forme primitive. Je Victor et la Cœlina de Ducray-Duminil étaient de purs mélodrames auxquels ne manquait que le trémolo d'orchestre, et on n'est pas surpris d'apprendre que la plupart de ses disciples ont été auteurs dramatiques eu même temps que romanciers.

Le premier est Ducange qui, sous la Restauration, a produit soixante volumes de romans et presque autant de mélodrames, entre autres Trente Ans ou la Vie d'un joueur. Hnsuite sont venus Eugène Sue, Soulié, Dumas père et leurs innombrables émules. Car bien qu'il soit très inférieur à Pigault-Lebrun et encore plus éloigné que lui d'avoir fait œuvre d'art, Ducray-Duminil est comme lui un ancêtre. Ils se complètent : à eux deux ils ont fondé le roman f<>uilleton. Le roman feuilleton n'est pas né en 1844, le jour où Eugène Sue a vendu les

AU XlXe SIECLE 89

Mystères de Paris au directeur du Siècle et où l'alliance s'est conclue entre le roman et le journal : en 1844, il avait près d'un demi-siècle d'existence. 11 était né au lendemain de la Révolution, impudique et rieur avec Pigault-Lebrun, emphatique et lugubre avec Ducray- Duminil, de l'une et de l'autre manière approprié aux goûts d'une démocratie naissaute.

Page 1