‹ Le roman personnel de Rousseau à FromentinChapitre 7 sur 36 · VII · texte numérisé non relu

VII

sans volonté ». On s'attend à voir arriver ici le systèoK swedenborgien des correspondances : pourquoi Ober mann s'arrête-t-il? c'est qu'il veut demeurer un esprit biei équilibré. Il a toujours eu de l'antipathie pour ceux qu se contentent d'une logique étroite et qui craignent le; aperçus trop vastes : « On raisonne bien sur une ques tion, dit-il dans le Mercure du XIX"" siècle (1826), lorsqu'i n'est rien d'analogue qu'on ne sache ou qu'on ne près sente ». Mais au même moment il se moque de ceux qu (( profitent de quelque infirmité extatique pour créei une science bizarre, une science de l'inconnu ». Les rarei allusions. qu'il a faites à Swedenborg dans quelques ar ticles manquent de bienveillance. Son mysticisme res semble à celui de M""^ de Staël, il se défend de tou compromis avec l'imagination ordinaire. M™® de Staë; disait qu'un sentiment n'est jamais dans toute sa force lorsqu'il peut s'exprimer en images, et Sénancour, sou tenant en 1827 (D que la vraie imagination n'est pas « une faculté vive, mobile et d'ailleurs bornée » adoptait poui conclure cette formule : « Il n'y a de beauté magique que dans le monde intellectuel ». Il s'obstinait à reculer les limites de ce monde intellectuel, mais quand il y échouait. de bonne foi il le reconnaissait. Tel il devait être en 1826. tel à cet égard il est déjà en 1804; ses excursions dans les doctrines esotériques ont un résultat négatif : c'est de le sauver du dogmatisme.

La passion proscrite, la paix obtenue par le renonce ment à la volonté, — Obermann n'aurait été qu'un ascète philosophe s'il s'en était tenu là. Mais ce sont là ses diver tissements : l'homme de Pascal est en lui; déchu des prestigieuses spéculations où il s'était haussé dans l'ivresse de son esprit, il se traîne douloureusement dans la vie mesquine; un travail manuel, la vendange aux bois d'Armand (2)^ des récits de voyages, des œuvres d'histoire le distraient un instant. Mais pour lui les joies de le pensée dans son exercice normal se changent en tristesse

(1) Mercure du XIX* siècle : Un paradoxe.

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