XII
(2) Id.
(3) Revue des Deux-Mondes. A. Dastre : La Vie de la Matière, 15 octobre 1902.
siinpltvs. ("est pourquoi sa propre peine l'intéresse plus que tout : « Je m'essaie à végéter absolument seul ». Et pourtant, dans son ermitage de Fontainebleau, le sentiment purement social du ridicule ne le quitte pas. Il craint qu'on ne l'accuse de manie littéraire; il défend son caractère d'homme sensible contre les interprétations excessives; il rêve d'un être parfaitement équilibré, maître de soi, virtuose en l'art de mélanger en doses calculées les sentiments contraires, pour s'assurer dans sai sérénité; c'est un sage et un voluptueux. Mais soudain voici reparaître le héros : l'homme sensible comprend le sens secret des apparences, il connaît « les grâces de la douleur ». Il arrive à diviniser sa souffrance : « Indicible extension d'amour... Soutiens et dévore ma vie; que serait-elle sans ta beauté sinistre ? ». Et pas un moment Obermann n'a l'idée qu'il faille du dévouement personnel pour ennoblir la vie et pour l'animer; l'amour tout intellectuel dont il parle ne connaît pas la pitié. Il en veut au monde d'être trop loin de ses utopies, il croit que c'est peu d'en exiger des hommes vrais, un climat fixe (1). Il est artiste et littérateur; la lecture de Phrosine et Mélidor le ravit : « Cette situation sinistre, cette mort nocturne au milieu des voluptés mystérieuses (2)... ». Le sépulcral et le sensuel lui plaisent par leur mélange, il ne faut qu'une page de roman pour lui donner un accès de claivoyance prophétique d'où il s'éveille malheureusement avec une pensée obscurcie et des mots sans forces : « Je parcourais la terre et les siècles, je frémissais de l'œuvre de l'homme... Je reviens à moi, je me trouve dans ce chaos... je pressens les temps futurs... Rochers du Righi ! Si j'avais eu là vos abîmes I ». Le charme de ses peines à son tour lui manque : « Je je n'ai plus de larmes ». C'est la conscience qui se dissout dans l'ennui; il appelle la douleur aiguë : « Je ne souffre pas assez <3) ». Ainsi il n'a pas assez de force