Les Visionnaires (1640), I, 6 ; II
rait trouver étrange le goût qu'il a pour des grotesques ou des maniaques : mais, comme on Ta vu, s'il recherche leurs traits d'extravagance, c'est pour les rapporter ensuite dans les salons et soutenir sa réputation de joyeux conteur. Il veut plaire pour réussir : c'est un homme avisé qui, même dans ses amusements, ne perd pas de vue les intérêts de sa fortune. C'est en faisant rire le financier iEsculan qu'il s'est rendu chez lui indispensable, et il y a gagné d'être associé à une fructueuse opération. Il s'entend d'ailleurs à la finance, ayant fait ses preuves dans les fermes d'impôts. En lui donnant son nom, qu'il a tiré du grec, Sorel a voulu faire entendre qu'un homme comme lui « vaut autant que plusieurs autres », qu'il est « propre à beaucoup de choses et même à tout faire». Ayant « passé les bouillons les plus ardents de la jeunesse», en garde' donc contre les passions et la sotte vanité, il connaît les faiblesses humaines, il les excuse et il en profite. Clairvoyant et pondéré, il donne toujours le conseil le plus sage ; « accommodant au possible », il trouve les formules les plus concihantes pour clore les débats. A l'indulgence, à la raison d'un Philinte il joint des façons un peu inquiétantes d'intrigant ; mais cet intrigant désarme par sa bonne humeur : on le regarde s'amuser de la comédie du monde, et l'on oublie que, sous son air riant, il y joue sérieusement son personnage.
Polyandre intéresse, il pique la curiosité.
Qu'^sculan et Néophile soient le surintendant Émery et le président de Tore, que la belle Aurélie, qu'ils aiment, soit un composé de Geneviève Le Cogneux et de Mme Cornuel, il y avait du mérite à le trouver ^, mais cela, à vrai dire, n'im-