T. II, p
et se défend ; il a indiqué d'assez jolis mouvements de comédie. Enfin son agréable histoire, d'allure visiblement picaresque, enfermé, comme tout bon récit picaresque, des renseignements sur les mœurs : elle nous laisse deviner ce qu'étaient, vers le milieu du siècle, cette crédulité à l'égard de tout mystère, cette «passion ou fureur des charlatans » dont devaient se moquer plus tard Molière dans les Amants magnifiques ^, La Bruyère dans le chapitre De quelques usages^, et dont il ne paraît pas que nous nous soyons tout à fait corrigés.
L'autre épisode que nous avons réservé est, à tous les points de vue, d'une bien autre importance ^.
Polyandre, Néophile, Orilan et quelques autres se trouvent réunis dans le salon de la belle Aurélie, lorsqu'un petit laquais vient dire, tout effrayé : « Madame, voici Mme Ragonde qui est au bout de la rue, qui s'approche tant qu'elle peut ! » A ces mots, la maîtresse de maison se trouble ; Phronyme, sa nièce, court dans sa chambre pour cacher VAsirée et la Diane et mettre à la place V Introduction à la vie dévole ; deux ou trois visiteurs gagnent l'escalier.
Mme Ragonde est la grand'mère, « la plus étrange femme de la terre» et la plus rédoutée, qui contrôle tout ce qui se fait dans sa famille « avec une sévérité horrible». Dès qu'on l'entend monter, la conversation s'interrompt ; Aurélie saisit en hâte une quenouille et un fuseau ; sa sœur cadette, Hypéride, se met à ourler du linge, et Phronyme, qui est