A Falconet, 28 septembre 1Ç
22d LE ROMAN RÉALISTE AU XVII^ SIÈCLE.
aurait mieux tenu sa promesse de reproduire au naturel « la manière de vivre et de parler de toute sorte de gens» et mieux justifié sa prétention d'éclipser les auteurs, français ou espagnols, qui s'étaient essayés dans le même genre ^.
Pour conclure sur Sorel, Ton peut dire que des qualités qui font, les bons champions, deux au moins ne lui ont pas manqué : la conviction et la confiance en soi. Très insensible aux beautés de la littérature d'imagination, il l'a combattue pendant la meilleure partie de sa vie, avec une ardeur intempérante d'abord, — avec plus de mesure sur la fin, dans ses livres de critique. Il 3'est flatté de pouvoir ramener beaucoup de personnes à des lectures moins trompeuses et même utiles. Dans ce genre de r« histoire comique», qu'il concevait très bien, un peu d'après les Espagnols^ comme un récit simple, toujours croyable, d'événements assez communs, mais propres à mettre en lumière la variété des conditions et des humeurs, il a cru donner d'excellents modèles. Il s'est persuadé qu'il y faisait entrer presque entière la vie de son temps, tandis que les autres romanciers, en « plus de dix mille volumes d'invention d'esprit », avaient réduit l'activité humaine à l'occupation de faire l'amour 2. On a vu qu'il a été souvent entraîné assez loin de cette vérité qu'il aimait, presque toujours par trop grande envie d'amuser et par incapacité d'amuser raisonnablement. Il faut même ajouter que chez lui, entre les intentions et les résultats, le contraste n'a cessé de s'accen-