‹ Le roman réaliste au XVIIe siècleChapitre 110 sur 188 · DE TRISTAN J^'HERMITE · texte numérisé non relu

DE TRISTAN J^'HERMITE

Il faut maintenant revenir un peu en arrière. La tentative de Sorel n'a pas été isolée. Dans les vingt-cinq ans qui séparent Timpression du Polijandre des preniiers livres du Francion, les tendances réalistes qu'il a mieux qu'un autre affirmées se sont manifestées, plus ou moins nettement, en d'autres oeuvres.

On ne peut attacher un grand prix à ces Fragments d'une Histoire comique dont Théophile n'a écrit que la « première journée ^)).

Le poète avait eu à subir, comme on sait, bien des «assauts de la fortune». A plusieurs reprises, il songea à rapporter « en un gros volume » le détail

1. Ces pape 3 ont paru sous ce titre de Première journée dans la Seconde partie des Œuvres de Théophile (1623).- Elles sont intitulées pour la première fois Fragments d'une histoire comique dans l'édition de 1632 donnée par Scudéry.

ROMANS AUTOBIOGRAPHIQUES ET A CLEF. â'iO

d'une vie fort agitée ^ La maladie et les persécutions Tempêchèrent de donner suite à son projet. Les quelques pages qu'il nous a laissées peuvent le faire regretter. Mais parce qu'il. y représente un combat de politesse entre des convives qui, pour vouloir obstinément se céder le pas, laissent refroidir le dîner, parce qu'il oppose dans une salle de cabaret la civilité démonstrative et complimenteuse d'un groupe d'Italiens à la méfiante gravité de quelques buveurs allemands, il serait naïf de lui supposer l'intention de peindre les mœurs françaises et étrangères. Il lui suffît de raconter avec agrément certaines aventures qui lui étaient arrivées en divers lieux : une visite qu'il avait faite, à Agen, en 1620, à une fille qu'on croyait possédée du démon et dont il montra, à la grande colère des superstitieux, que son cas ne relevait que de la médecine ; le scandale que provoqua à Tours, la même année, son ami Des Barreaux en refusant de se découvrir devant le Saint- Sacrement 2. Il ajoute quelques confidences : sur la sérénité avec laquelle il a supporté son exil (celui de 1619) ; sur cette disposition à tirer de tout du plaisir, qui lui mériterait, comme à la Fontaine, le nom de Polyphile : « Il faut avoir de la passion non seulement pour les hommes de vertu, pour les belles femmes, mais aussi pour toute sorte de belles choses. J'aime un beau jour, des fontaines claires, llaspect des montagnes, l'étendue d'une grande plaine, de belles forêts ; l'Océan, ses vagues, son calme, ses rivages ; j'aime encore tout ce qui

1. Lettres latines à M. de Candale et à M. de la Pigeonnière, citées par M. Fréd. Lachèvre, le Procès du poêle Théophile de

Fiait, t. I, p. 555.

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