Tristan VUermile, sieur du Soliert
sur tous les points où il a pu le contrôler, la vérité des faits qu'il rapporte. On s'en doutç d'ailleurs, rien qu'à le lire : en maint endroit, au cours du récit, on rencontre, sur des personnages qui passent ou sur des incidents de petite importance, des précisions sans intérêt que le narrateur a enregistrées pour montrer combien sa mémoire est fidèle, mais qu'il n'aurait jamais eu l'idée d'inventer ^. Si, par tant de coups de hasard qui s'y succèdent, l'histoire a un peu l'allure d'un roman picaresque, c'est qu'en effet Tristan a bien paru dans sa jeunesse, comme il le dit, le jouet des astres et des passions.
Nous n'avons pas de raisons de le suivre en ses situations diverses : à la cour d'Henri IV, où il est attaché comme page à la personne du petit Henri de Bourbon, fils de la marquise de Verneuil, où il grandit au milieu des enfants légitimes et des bâtards du roi qui s'élevaient là tous ensemble, sous l'œil résigné de la reine; en Angleterre, où il se réfugie après avoir grièvement blessé un homme dans une résidence royale ; en Ecosse et en Norvège, où le chasse ensuite une très injuste persécution ; au château du Grand-Pressigny, près de Loches, où il est secrétaire du marquis de Villars ; à Bordeaux, où il est secrétaire du duc>de Mayenne ; au siège de Montauban, où il accompagne Louis XHI et où il est atteint par une épidémie de fièvre pourprée. Rapporter ces très réelles aventures, en rétablissant les véritables noms des personnages, à l'aide de la Clef publiée par le frère de l'auteur^
1. Voir, par exemple, les détails sur un vieux gentilliomme (éd. Dietrich, Bi5/. Blzévirienne, p. 350-356), sur les cadeaux que reçoit Tristan à Londres (p. 131, 169, 170), sur la famille et le Ueu d'^on . gine de son serviteur irlandais (p. 255).
ce serait recommencer la biographie de Tristan, qui a été ailleurs parfaitement reconstituée ^.
Il n'y a pas lieu non plus de rassembler ici les renseignements que fournit le narrateur sur les mondes dans lesquels il a vécu : ils appartiennent à Thistoire. Qui voudra connaître les mœurs françaises dans les premières années du xvii® siècle trouvera dans le Page disgracié des indications intéressantes et qui semblent sûres : sur la Gour d'abord, du moins sur ce qu'a pu en observer un enfant, les ennuis et Jes amusements des- petits princes entre leurs précepteurs, leurs gouverneurs, leurs compagnons de jeux et les petites ménageries qu'on leur faisait d'oiseaux et de bêtes curieuses ; sur le groupe turbulent des pages, joueurs, querelleurs, qui n'ont peur de rien, que du fouet ; sur les comédiens de l'Hôtel de Bourgogne, leurs chefs Vautret et Valeran et leur jeune poète à gages, probablement Théophile, qu'un jour, sans égards pour la Muse, ils portent par les pieds et par la tête au travers d'un jardin, parce qu'il n'avait pas voulu jouer à la boule ^ ; sur la vie patriarcale, ennoblie par l'étude, d'un vieil érudit provincial, le vénérable Scévole de Sainte-Marthe; sur sa famille, nourrie, comme lui, dans l'amour des bonnes lettres, puisant, comme lui, dans l'antique sagesse des leçons de douceur et de sérénité ^ ; sur l'existence d'un grand seigneur dans son vaste château de Touraine, sur sa cour de gentilshommes, d'officiers, de bouffons et de nains, sur la quahté de ses plai-
1. N.-M. Bernardin, op. cil. La partie de la biographie qui suit le Page disgracié s'arrête à la fin de 1621 (p. 43-98).