II, ch. XXXI, XXXII
lorsqu'il est devenu « aussi gros qu'un mouton», il lui plaît de le mettre par terre « pour voir quelle serait sa posture, qui fut fort affreuse, ne se pouvant tenir sur ses pattes, et les yeux lui sortant presque de la tête à cause de cet effort ^ ». Un soir, devant toute la compagnie, on improvise une farce sur le sujet d'une femme qui accouche : la maîtresse de la maison est seule à se scandaliser d'un mot plus qu'inconvenant, et l'on juge ses «grimaces» fort ridicules ^. Même à la Cour, où l'on essaie d'imiter la politesse italienne, où toute la jeunesse apprend, récite et compose des vers, nous voyons l'un de ces muguets donner, pour un motif futile, à un homme très respectable « un grand coup de poing dans les dents », et le bon roi Henri l'excuse sans peine d'avoir eu le sang si chaud ^.
Ce qu'il faut retenir, c'est l'art avec lequel Tristan met en œuvre cette matière non inventée. Cet art est plus savant qu'à première vue on ne pourrait croire ; il est très varié dans ses procédés et dans ses moyens.
Il a dans le portrait le trait juste et expressif. S'il parle, par exemple, du duc Henri de Mayenne, gouverneur de Guyenne, il ne se contente pas de donner en une phrase la mesure de ses capacités militaires et politiques *, il suggère d'un mot la lourde obésité par laquelle il ressemblait à son père : « Lorsque l'heure fut venue de se retirer, il se conduisit jusqu'à son appartement, le bras appuyé sur mon épaule, qui pliait parfois sous le faix ^.» Rien de plus vivant que l'image qu'il nous a laissée du