‹ Le roman réaliste au XVIIe siècleChapitre 120 sur 188 · Par Fournel, les Contemporains de Molière, III, p · texte numérisé non relu

Par Fournel, les Contemporains de Molière, III, p

mauvaises actions portent leur dégoût, comme les vins gâtés ont leur déboire.,, ^w. Celles de Lesage sont évidemment plus piquantes ; mais parfois au travers de ces brefs commentaires d*une histoire vécue perce une sensibilité qu'on chercherait vainement dans Gil Blas :

« Ce Seigneur me voulut conter cette histoire en français, et ne savait pas si bien cette langue qu'il n'y fît de grands solécismes et assez fréquents, et toutefois il accompagna ses paroles d'une façon si passionnée que j'y trouvai de la tendresse et ne pus m'empêcher d'en répandre quelques larmes. Il est vrai que ce fut, possible, autant du ressouvenir de mes dernières infortunes que de celles qu'il m'avait contées. Les cœurs blessés en même endroit sont comme les luths qui sont accordés à même ton ; l'on ne saurait toucher une corde en l'un qu'on ne fasse branler celle qui lui répond en l'autre *. ».

La comparaison n*est-elle pas heureuse et le sentiment délicat?

Tristan a d'ailleurs un goût assez marqué pour l'analyse, et le Page disgracié est un des premiers récits d'aventures où l'on voie l'observation morale s'exercer dans un domaine qui n'a rien d'artificiel.

Accueilli à Londres dans une noble famille, le page indique avec finesse les progrès de la sympathie qu'éprouve pour lui la jeune fille de la inaison et les nuancer des menues faveurs par lesquelles elle la lui laisse deviner. Maintes fois il s'étudie lui-même, déterminant, par exemple, les influences qui ont fait glisser son innocente jeunesse vers les «petits libertinages», vers les « postiqueries » auxquelles on s'amuse à la Cour ; notant comment s'insinue en lui, malgré de coura-

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