‹ Le roman réaliste au XVIIe siècleChapitre 124 sur 188 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Il suffit de nommer le Chevalier hypocondriaque ^. L'imitation du Don Quichotte y est plus précise encore que dans le Berger extravagant, puisque c'est la lecture de VAmadis de Gaule qui achève de tourner la tête de Don Clarazel de Gontamos, puisque ce cavalier s'en va par pays, comme l'hidalgo de la Manche, à la recherche des glorieux hasards, croit combattre, comme lui, des monstres et des géants, et sert, comme lui, de jouet à quelques nobles compagnies. On ne voit là d'autre nouveauté qu'une aventure d'amour assez vive, mais peu croyable, dont le dénouement surtout est plus qu'imprévu. Aucune sorte 'de réalité ne transparaît au travers de cette fiction extravagante. On ne la mentionnerait même pas si elle n'avait pour auteur le dernier* de nos conteurs chevaleresques, ce Du Verdier qui venait de clore dans le Roman des romans la dynastie des Amadis et du Chevalier du Soleil. Ce changement de

1. Le Chevalier hypocondriaque, par le S' du Verdier. Paris. P. BiUaine, 163a. in-8. * *

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front laisse deviner le discrédit où était tombée alors dans le grand public la forme la plus fabuleuse des romans d'imagination.

Une œuvre au moins aussi oubliée, le Gascon extravagant ^y vaut qu'on s'y arrête davantage. Du Bail 2 changeait, lui aussi, en écrivant cette «histoire comique», et de sujet et de manière, n'ayant composé Jusque-là que des histoires galantes et tout dernièrement la moins vraisemblable de toutes^ r Olympe ou la Princesse inconnue ^,

Son titre : le Gascon extravagant, semble annoncer quelque lourde bouffonnerie, dans le genre du Dont Quixote Gascon du comte de Gramail *, où les allures grotesques prêtées, depuis Fseneste, aux cadets de Gascogne s'associeraient à quelque folie plus spéciale comme celle du berger Lysis. Et, de fait, rien n'est plus sot, plus insipide, que le préambule de ce roman.

Un gentilhomme s'ennuie dans un grand château dont il a la garde, lorsque deux étranges personnages rencontrés par hasard viennent lui apporter une distraction inespérée. C'est d'abord une sorte de démente, hystérique ou démoniaque, qu'il a surprise au milieu d'un de ses plus forts accès, échevelée, roulant les yeux, poussant des hurlements épouvantables. L'autre est un homme en costume de matamore, armé de la bourguignotte et du corselet, qui accourt vers lui, brandissant une

1» Le Gascon extravagant^ Histoire comiquey Paris, Cardin Besogne, 1637, in-8, V livres, 580 pages.

2. On se demande pourquoi on a jusqu'ici attribué ce livre à un certain Clerville. U était aisé de découvrir le nom du véritable auteur, puisque Sorel le donne au chapitre ix de la Bibliothèque française {p. 177).

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