‹ Le roman réaliste au XVIIe siècleChapitre 126 sur 188 · P. 473 et suiv. ; 477 et suiv. ; 511 et suiv · texte numérisé non relu

P. 473 et suiv. ; 477 et suiv. ; 511 et suiv

qui est dans Taprès-inkli le rendez-vous des gens les plus huppés, il crayonne au passage quelques types : le politique, le nouvelliste, le pédant qui cite du latin « en faisant sonner Vu pour ou», le poète provincial qui retarde et croit encore faire merveille en évoquant le « messager ailé», la « belle Paphienne », le « tonnant Jupiter », les « Danaïdes sœurs ^ ». Il recueille les médisances auxquelles les hommes, aussi bien que les femmes, se complaisent, « épluchant de près » les actions de chaque fille un peu jolie, T « anatomisant en toutes ses parties ».

Dans un château, où il a été invité pendant une de ses périodes de splendeur, il observe les façons de la noblesse du cru, admiratrice superstitieuse de la Cour, mais qui n'y a jamais vécu et ne sait rien du bel usage : les gauches minauderies des dames, la galanterie trop pesante des gentilshommes, le respect dfi la hiérarchie et de l'étiquette, les révérences et cérémonies que Ton fait avant de s'asseoir. Il fait voir par un exemple assez prolongé à quel niveau la conversation s'élève :

« Vraiment, Monsieur, vous avez un rabat bi^n fait. D'où en est le passement? Le galant de votre moustache est parfaitement beau. Sans doute que c'est la couleur de votre maîtresse. N'aurons-nous point Thonrieur de savoir qui elle est?... On dirait que votre pourpoint est collé sur vous.... Vous êtes l'homme le mieux ajusté que j'aie vu, on dirait que vous sortez d'une boîte.... Hé bien! que dites-vous de notre pays? Est-il pas vrai que les dames n'y sont pas si belles qu'au vôtre?... »

Gela appelle des comphments, et le visiteur ne les ménage pas. Ensuite l'on entame le chapitre des lectures :

« Vous lisez sans doute tous les beaux livres. Avez- vous vu la Mariamne et le Cid ? Il y a de ravissantes choses. Pour des romans, nous n'avons plus rien qui vaille. UAstrée est une vieille pièce.... Polexandre embarrasse trop Tesprit : Ariane a été bonne en son temps : mais pour les dames la lecture de V Honnête femme me semble plus agréable que pas une autre... .

«Quoique vous demeuriez à la campagne, je pense que vous ne manquez pas de visites. Vous avez des charmes assez puissants pour attirer ici tous les cœurs de la Province....

« Vous aimez les fleurs, je le juge par ce beau bouquet que vous portez à la ceinture.... Quant à moi, j'aime la violette.... et lorsque j'en ai dans la main, je m'imagine jouir à la campagne des délices dont les bergers jouissaient du temps que Céladon habitait les plaines de Forez ^. »

Ce beau monde de province dont Du Bail n'a pas mal traduit les prétentions et le vain caquetage, c'est bien le même que Molière aura plus tard sous les yeux et qu'il fera revivre dans la Comtesse d'Escarbagnas.

Du temps où le Gascon faisait le métier de comédien il a retenu quelques souvenirs assez curieux. On sait par lui à quelles conditions un acteur nouveau est engagé dans une troupe de campagne, par quels emplois il débute généralement; on voit que sur sa part des recettes la troupe lui retient le prix de ses costumes. On se rend compte que ces pauvres gens ont plus de considération pour leur poète à gages que les grands Messieurs de l'Hôtel de Bourgogne : « Je me mis derrière la tapisserie à un coin du théâtre, et de l'autre je vis un personnage qui était assis dans une chaise comme un vénérable prélat : j'étais en peine de savoir qui était ce Révérend, à qui même je voyais que les principaux acteurs allaient souvent parler en l'oreille avec respect et principalement à la fin des

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