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actes. )) — « C'est, lui dit-on, notre auteur ^. » La représentation terminée, les plus honnêtes geûs de la ville montent sur la scène, félicitent les acteurs, courtisent les actrices et leur demandent la permission de les reconduire chez elles. C'est une incommodité de la profession : on en murmure, mais on s'y résigne.
Le tableau le plus large et le plus vigoureux du roman est celui de la prison. Un monde féroce de porte-clefs, de prévôts et de sergents y exploite les malheureux qui arrivent avec quelque argent. L'inégalité des conditions jie se marque nulle part d'une façon plus choquante. Les privilégiés de la fortune sont « couchés à la volupté » et bien nourris à la table du concierge : le tout pour un écu par jour. Pour vingt sous on n'a qu'une chambre étroite, qu'il faut partager avec une douzaine, au moins, de compagnons. C'est le seul luxe que notre Gascon ait pu s'offrir. Il décrit ce taudis puant, sans omettre aucun détail, même des plus odieux ; il dit avec quelles cérémonies les anciens reçoivent un nouveau venu, et combien il lui en coûte pour régaler tout le monde. Le jour où, son pécule épuisé, il n'a plus le moyen de payer pension, le guichetier vient très exactement l'arracher de ce séjour, infesté par la vermine, mais où l'on respirait et où l'on mangeait, et il le précipite dans le cerclé inférieur de cet enfer, dans le cachot des indigents, sinistre bassefosse, où n'arrivent ni l'air ni la lumière, dont l'entrée même est si obscure qu'en y mettant le pied il manque marcher sur un malade qui s'est traîné jusqu'à la porte. Des brutes furieuses se jettent en hurlant sur le compagnon qui leur
arrive, le somment de payer, encore une fois, sa bienvenue et le frappent cruellement lorsqu'il a montré sa bourse vide.
Dans V Aventurier Buscon de Quevedo, qui venait d*être traduit quatre ans auparavant, il y avait une description de prison, avec « la misère et la malice des prisonniers, la tyrannie et mangerie des geôliers et autres officiers^»; mais si Ton relève plus d'un rapport entre les deux tableaux, c'est que le régime des captifs ne différait guère d*un pays à Tautre. Rien ne suggère ici l'idée d'une imitation. Du Bail ajoute d'ailleurs des particularités qui ne sont pas de celles qu'on invente. S'il n'a pas passé par cette épreuve, il a certainement recueilli des impressions de gens qui l'avaient -subie, et il en a composé un chapitre, très inférieur à celui de Quevedo pour la verve et pour l'éclat, mais qui ne porte du moins aucune trace d'exagération plaisante et qui garde à un tel sujet son caractère de laideur et de tristesse.
Il faudrait signaler encore dans le Gascon extravagant, aussi accentué au moins que chez Sorel, un souci de précision minutieuse, qui n'est pas toujours sans intérêt. Ainsi, quand on l'a lu, on n'a plus grand'chose à apprendre sur les modes du temps, sur les mouches des dames, sur leur coiffure nouvelle, dite «à la garcette», qui dispose les cheveux en boucles descendant sur le front, sur leurs collets de dentelle à double étage, sur les « mouchoirs volants» dont elles voilent, très incomplètement, leurs appas. Certain passage ne laisse rien ignorer de l'habillement féminin, et non seulement des robes ou des corps de jupe, mais aussi du linge