I« partie, ch. xii
les éléments d'observation qui font le réalisme de cet ouvrage.
Ce réalisme est de plus altéré par des défauts bien propres à attirer l'attention.
Le premier est le romanesque très conventionnel dont sont remplies non seulement les quatre nouvelles tirées de l'espagnol i, mais aussi la biographie de l'aimable Destin, dont le nom de théâtre semble symboliser ce qu'il y a d'étrange et de fatal dans ses aventures. La demoiselle noble séduite par un seigneur écossais, qui va accoucher, la nuit, dans un endroit désert, entre quatre pans de mur, avec le secours d'un passant attiré par ses plaintes ; le nouveau-né emporté en cachette, avec la bague qui sera un signe de reconnaissance ; la substitution d'enfants qu'on devine, quoique le roman, inachevé, n'ait pas éclairci ce mystère ^ ; le diamant dérobé sur le Pont-Neuf et l'extraordinaire chance qui fait retrouver dans Le Mans les deux voleurs ; le singulier imbroglio nocturne, mi-terrible, miplaisant, où sont entraînés de méprises en surprises Destin, Verville, Saint-Far, Mlle de Saldagne et Mlle de Léry ^ : tout cela était matière de tragicomédie à l'espagnole.
Que l'Étoile, qu'Angélique soient enlevées, cela n'a rien en soi d'anormal : on enlevait bien d'autres filles à cette époque, qui étaient de plus haut rang et mieux surveillées ; des comédiennes qui s'en allaient par les chemins étaient plus que personne exposées à de tels hasards. Ce qui est rare et trop bien arrangé, ce sont les stratagèmes qu'on emploie
1. Les trois premières des Alivios de Casandra de CastiUo Solorzano, la quatrième du recueil de Maria de Zayas.